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Intrusion au Capitole : l’engrenage de la désinformation et de la radicalisation

Face-à-face tendu entre policiers et manifestants extrémistes pro-Trump à l'intérieur du Capitole, le 6 janvier 2021.
Face-à-face tendu entre policiers et manifestants extrémistes pro-Trump à l'intérieur du Capitole, le 6 janvier 2021.
Mike Theiler / REUTERS
Infox et désinformation sont directement responsables de l’intrusion de militants pro-Trump dans le Capitole, le jour où le Parlement devait certifier l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis. Le conditionnement de ses partisans par Donald Trump a encouragé le passage à l’acte des plus radicalisés d'entre eux.

03'50" - Première diffusion le 08/01/2021

La non-reconnaissance de sa défaite électorale par Donald Trump a pesé lourd dans les événements de ce mercredi 6 janvier au Capitole. Face à cet état de fait, les tardifs appels au calme du président sortant ont sonné aux oreilles de ses militants comme autant d’injonctions paradoxales. 

Ce sont bel et bien les mensonges sur la fraude électorale qui ont conduit certains de ses sympathisants à envahir le Capitole, des militants convaincus par Donald Trump lui-même qu’il s’était fait voler la victoire, et ce depuis des mois.  Le président sortant avait commencé à crier à la fraude bien avant la tenue du scrutin. Ses partisans ont été conditionnés à longueur de tweet, sur des allégations de fraude massive, ne reposant sur aucune preuve tangible, comme en atteste l’échec de toutes les tentatives de recours en justice.

La désinformation s’entretenant d’elle-même, l’invasion du Capitole a ensuite suscité sur les réseaux d’autres mensonges, comme par exemple le fait qu’il y aurait eu parmi les protestataires, non pas des partisans, mais des adversaires de Trump, des antifascistes déguisés, bref des infiltrés.

L’infox de l’infiltration des antifa

Ces infox visent à dédouaner Donald Trump et ses partisans des actions violentes qui ont émaillé cette journée.  Il s’agit d’une réécriture de l’histoire à laquelle participent des sites de désinformation relayés par les trumpistes sur les réseaux sociaux.

A titre d’exemple, le Washington Times, site ultra-conservateur aux antipodes du Washington Post, affirme dès le 6 janvier, avoir repéré un militant « stalinien », en mentionnant le tatouage sur sa main, censé représenter la faucille et le marteau, alors qu’un agrandissement du cliché permet de voir qu’il s’agit en réalité du logo d’un jeu vidéo sans rapport avec l’emblème communiste, comme le précise le fact checker Jeff Yates sur le site de Radio Canada, images à l’appui.

Le journaliste canadien a également identifié – grâce à un selfie pris dans le hall du Capitole - que le personnage photographié aux côtés de ce présumé « stalinien » est un néonazi, bien connu pour avoir participé à l’organisation de la manifestation d’extrême droite de Charlottesville, où une activiste anti-raciste est morte, renversée par un véhicule, en août 2017.

Sur d’autres comptes twitter, circule la photo d’un infiltré présumé, revêtu d’une peau de bête, et présenté comme un défenseur du mouvement Black Lives Matter, parce qu’il avait été vu en queue de cortège lors d’une de leurs manifestations en juin dernier. En réalité il s’agit bien d’un partisan de Trump et du mouvement QAnon. Une journaliste américaine a posté la vidéo le montrant proférant des slogans contre les antifa, et pour la théorie conspirationniste QAnon. Il se déplace dans tous les rassemblements munis de sa pancarte taguée de la lettre Q.

Cette mouvance pro-Trump, apparaît bel et bien comme un point de convergence pour une partie des manifestants qui ont envahi le Capitole ce mercredi 6 janvier 2020 et qui ont pu être identifiés grâce aux photos postées sur les réseaux. La jeune femme tuée ce jour-là, avait également publié des tweets allant dans le sens des partisans de QAnon, antivaccin, anti-masque, qualifiant Joe Biden de violeur d’enfant, l’un des leitmotivs des théories de QAnon. Inconditionnelle adoratrice de Donald Trump, Ashli Babbitt était-elle aussi convaincue de sa victoire aux élections.

L’internationalisation des thèses QAnon

À l’occasion de ces événements se déroulant aux États-Unis, on constate sur les réseaux sociaux à quel point les thèses conspirationnistes de QAnon essaiment à travers le monde. La mouvance séduit un large public en France notamment, sur les réseaux mais pas seulement. Certains présentateurs vedettes de médias aux intonations populistes, comme André Bercoff sur Sud Radio, font écho à ces théories, répondant aux attentes d’un public séduit par les thèses complotistes.

Sur Tweeter, André Bercoff présente ces événements du Capitole comme : « Le début d’un printemps américain. Il y a eu une fraude massive », écrit-il. Il est suivi par près de 110 000 abonnés, sur une ligne conspirationniste faisant la part belle aux antivaccins et à tous ceux qui doutent de la réalité de la pandémie de Covid-19. Il n’est d’ailleurs pas à un paradoxe près, déroulant le tapis rouge aux anti-vax dans ses émissions, et dressant des couronnes de laurier au président Trump, grand partisan du vaccin.

Опубликовано 14/01/2021 - Изменено 15/01/2021 - По Sophie Malibeaux

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