Аудио

France: loi anti « fake news », vraie ou fausse bonne idée ?

Emmanuel Macron lors de ses vœux à la presse au Palais de l’Élysée, le 3 janvier 2018.
Emmanuel Macron lors de ses vœux à la presse au Palais de l’Élysée, le 3 janvier 2018.
Ludovic Marin / REUTERS
Le président Emmanuel Macron a annoncé lors de ses vœux, le 3 janvier 2018, une loi contre les fausses informations. Une loi anti « fake news » qui fait débat, d'autant que la loi sur la presse en vigueur sanctionne déjà la publication de fausses nouvelles.

02'28'' - Première publication le 06/01/2018

Fake news, un terme que l’on entendait jusqu’ici plus souvent dans la bouche de Donald Trump à propos des médias que dans celle d’Emmanuel Macron. Pourtant le jeune président n’a pas oublié qu’il a dû porter plainte après l’apparition d’une fausse rumeur lui imputant un compte caché aux Bahamas, pendant la campagne de l’entre-deux tours et lors du débat face à Marine Le Pen. Les médias russes Sputnik et RT, Russia Today, avaient alors été accusés de colporter en France ce type de fausses nouvelles à travers des comptes Twitter qui leur sont liés, même s’il n’est pas démontré qu’ils ont participé eux-mêmes à leur diffusion.

Mercredi 3 janvier 2018, Macron a donc annoncé avant la fin de l’année une loi anti fake news en période électorale (1) en fustigeant « des bobards inventés pour salir un responsable politique… ». Il demande une loi permettant de saisir le juge en référé, donc en urgence, et de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer un site, de fermer un compte ou de bloquer un accès. De même, les plateformes devraient faire connaître l’identité des annonceurs et limiter les montants consacrés aux contenus sponsorisés. Là encore, l’allusion à RT est patente puisque la télé russe est accusée d’avoir influencé l’élection américaine en adressant 3000 tweets sponsorisés, ce que soutient Hillary Clinton, mais qui n’est pas non plus prouvé.

Emmanuel Macron justifie cette loi dans l’intérêt des médias eux-mêmes alors même que des régimes « illibéraux » - comme il dit -, sont les premiers à utiliser les réseaux sociaux pour faire passer des vérités alternatives. En Allemagne, une loi controversée impose depuis le 1er janvier de fortes amendes – jusqu’à 50 millions d’euros – aux géants qui ne retirent pas très vite de leurs plateformes les fake news ou les contenus haineux.

La loi de 1881 sanctionne déjà la publication de « nouvelles fausses »

Macron estime que le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pourrait retirer leur convention aux chaînes qui laissent ces fausses vérités circuler y compris sur leur site Internet. Pourtant, fin novembre, son président, Olivier Schrameck avait appelé à « aborder ce problème avec une grande prudence, car il s’agit de la liberté de communication ». D’ailleurs, la loi sur la presse de 1881 prévoit déjà de lutter contre la diffusion « par quelque moyen que ce soit » de « nouvelles fausses » sous peine de 45 000 euros d’amende. Enfin, rien ne dit que l’on pourra faire obtempérer des réseaux américains qui ont déjà la plus grande peine à lutter contre la propagation de fake news. Comme le dit l’universitaire Romain Badouard, dans Le Désenchantement d’Internet*, les gens font parfois circuler la rumeur sans y croire, mais « parce qu’ils adhèrent à la vision du monde qu’elle colporte ».

* Le Désenchantement d’Internet, Limoges, FYP éditions, coll. « Présence/Questions de société », 2017.

(1) Mise à jour 26/02/2019. La Loi contre la « manipulation de l'information » en période électorale a été adoptée par l’Assemblée nationale le 20 novembre 2018.

Опубликовано 28/01/2020 - Изменено 27/02/2020 - По Amaury de Rochegonde

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias