L’Espagne est tout près de ce qu’elle craignait depuis longtemps : le «colapso sanitario», comme elle l'appelle, c'est-à-dire la saturation des hôpitaux.
L’Espagne est tout près de ce qu’elle craignait depuis longtemps : le «colapso sanitario», comme elle l'appelle, c'est-à-dire la saturation des hôpitaux.
Sergio Perez/REUTERS
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Face au coronavirus, les hôpitaux espagnols au bord de la saturation

Sur le continent européen, l'Espagne paye un lourd tribut à l’épidémie de Covid-19 qui a fait plus de 10 000 morts à ce jour dans la péninsule, a annoncé ce jeudi 2 avril le ministère espagnol de la Santé. Au total, le pays compte 110 238 cas de contaminations à ce virus. Les hôpitaux sont débordés et ont du mal à faire face.
По RFI -

Avec notre correspondant à Madrid,  François Musseau

L’Espagne est tout près de ce qu’elle craignait depuis longtemps : le colapso sanitario (« effondrement sanitaire »), comme on dit là-bas. Autrement dit, la saturation dans les hôpitaux. C’est le même scénario à Madrid, à Barcelone, en Navarre, en Andalousie, dans la région valencienne. Les centres hospitaliers croulent sous l’arrivée des patients qui sont atteints de symptômes lourds du coronavirus : toux, fièvre et difficulté respiratoires.

Mercredi, le pays a enregistré un record de 864 morts en 24 heures, dépassant les 9 000 victimes au total. 24h plus tard, le ministère espagnol de la Santé fait état de 950 décès supplémentaires, portant le nombre de décès à plus de 10 000 morts à ce jour en Espagne.

Confusion et goulots d'étranglement

Le problème le plus aigu se concentre dans les unités de soins intensifs (USI) où il y a des files d’attente importantes et angoissantes. Les transferts de patients se produisent, certes, vers des villes et des régions moins touchées comme les Asturies ou l’Estrémadure. Mais cela se fait dans la confusion et parfois le chaos, car ce pays très décentralisé qu’est l’Espagne, n’a pas du tout l’habitude de ce genre d’opération. Ce qui fait qu’il y a de nombreux goulots d’étranglement comme dans plusieurs hôpitaux de Barcelone par exemple où les personnes de plus de 70 ans ne sont même plus accueillies dans les services de soins intensifs. On les laisse mourir.

Les experts avertissent que la situation va encore s’aggraver dans les deux semaines à venir. Mercredi, l’Organisation mondiale de la santé a alerté sur la progression « quasi-exponentielle » de la pandémie qui a déjà fait 46 000 victimes dans le monde.

« L’Espagne, l’un des pays qui compte le plus de professionnels de santé infectés »

Le personnel soignant espagnol, en première ligne, est aussi victime de l'épidémie, épuisé, mal protégé, et mal dépisté raconte Jesus Garcia, infirmier et secrétaire du syndicat de personel soignant SATSES, contacté par RFI :

« On atteint nos limites physiques et psychologiques. Certains infirmiers travaillent parfois 11 ou 12 jours d’affilée, bien souvent avec la crainte d’être mal protégés : depuis le début on a un grand problème, le manque de protections individuelles, de masques, de combinaisons, il y a des hôpitaux et des centres de santé qui recyclent les masques, les combinaisons, les tabliers, tout simplement parce qu’il n’en ont pas du tout. Ça manque depuis longtemps. On vit un véritable drame, il y a beaucoup de soignants et de personnel non soignant aussi qui finissent leur journée en larmes. Il faut savoir que l’Espagne est l’un des pays qui compte le plus de professionnels de santé infectés selon les statistiques. Souvent on ne fait pas de test. Beaucoup de tests qu’on a reçus n’offrent pas les garanties de résultat nécessaires, on a beaucoup de faux négatifs, et dans les dernières recommandations, il est indiqué qu’il n’est pas nécessaire de dépister les soignants qui ne présentent pas de symptômes importants. »

► À écouter aussi : Vivre en confinement en Espagne

Опубликовано 15/04/2020 - Изменено 15/04/2020

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