Le général Giap en 1995.
Le général Giap en 1995.
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Vietnam: «Le général Giap a écrit plusieurs pages d’histoire à lui seul»

Le Vietnam rend un dernier hommage au général Giap. Les funérailles nationales de ce héros de l'Indépendance ont commencé ce samedi 12 octobre. Le général Giap, c'est Diên Biên Phu, la chute de Saïgon, l'homme qui a défait à la fois les Français et les Américains. Mais il n'était pas seulement un immense stratège. C'était aussi un homme à l'intelligence brillante, assez charmeur, qu’a pu rencontrer à plusieurs reprises, Claude Blanchemaison. Ambassadeur de France au Vietnam, il est l’auteur d'un livre de mémoires sur le général Giap, « La Marseillaise du général Giap », publié aux Éditions Michel de Maule.
По Juliette Rengeval -

RFI : Claude Blanchemaison, vous le dites, vous avez été assez impressionné lors de votre première rencontre avec le Général. Parce que c'était un monument, un génie militaire ?

Claude Blanchemaison : C’est vrai qu’un personnage mythique du 20e siècle est mort il y a huit jours. A lui seul, il a écrit plusieurs chapitres d’histoire. Son combat s’identifiait complètement à la lutte pour l’Indépendance et l’unité du Vietnam. Quand je suis arrivé en poste comme ambassadeur de France en mars 1989, il était alors vice-Premier ministre. Je l’ai rencontré assez rapidement, parce que je faisais mes visites aux différents membres du gouvernement.

Effectivement, il a bien vu que le jeune ambassadeur était un peu impressionné. Alors il a cherché à le mettre à l’aise. Bien sûr, il parlait français, un français parfait. Et il s’est mis à citer Victor Hugo, les auteurs classiques… Il était aussi dans une opération de charme. Il avait envie d’ouverture. C’était l’époque où le gouvernement vietnamien avait engagé la Doi Moi, c'est-à-dire l’ouverture économique, et il était très désireux que les Européens – et les Français notamment – viennent. Et que surtout les entreprises viennent au Vietnam.

Est-ce qu’il parlait un petit peu de stratégie militaire ? Est-ce qu’il parlait du rôle qu’il a joué en tant que soldat ?

Oui, mais pas lors de cette première rencontre. Je l’ai rencontré beaucoup de fois pendant mes quatre ans de séjour là-bas. D’autant plus que beaucoup de visiteurs, des politiques, des journalistes, voulaient le rencontrer. Donc on allait le voir. Quand il était interrogé sur Diên Biên Phu, il disait : « Mais dans le fond le plan Navarre était bien conçu. Parce que c’était une sorte de hérisson militaire, qui était extrêmement puissant. Et si j’avais lancé des vagues d’assaut successives, un peu comme conseillaient certains Chinois, comme ça a été fait en Corée, probablement on se serait brisés sur ce camp retranché ». Il était donc assez nuancé.

Et finalement, il a adopté une tactique un peu différente qui est une tactique d’approche par des tranchées, par des boyaux. Et bien entendu, il a utilisé l’artillerie, ce qui était une surprise. Il avait réussi à amener des canons d’origine chinoise sur les montagnes qui entouraient Diên Biên Phu.

Il est vénéré au Vietnam, respecté par ses ennemis, parce qu'il est justement un génie militaire. Mais il n’a jamais eu après de carrière politique de premier plan. Pourquoi ça ?

Un génie militaire ? Oui, sans doute. Mais, vous savez, il n’a jamais fait l’école militaire. Il avait beaucoup lu, il connaissait très, très bien les campagnes de Napoléon qu’il appelait Bonaparte, il avait également aussi lu Clausewitz. Il avait aussi lu les stratèges chinois, bien sûr, et il connaissait très bien son histoire sino-vietnamienne. Quand je l’ai connu en 1989, il était vice-Premier ministre, en charge plus particulièrement des questions scientifiques.

Donc il avait un rôle bien sûr ! Il n’était plus membre du bureau politique. Il n’avait été réélu au bureau politique en 1982 et il est resté membre du gouvernement, vice-premier ministre jusqu’à la fin 1991. Pendant mes deux premières années au Vietnam, il était membre du gouvernement et il jouait un rôle. Il n’était pas dans « le Saint des Saints ». Il n’était pas dans le bureau politique. Pourquoi est-ce qu’il n’a pas joué un rôle plus important ? D’abord il était âgé. Quand je l’ai connu, il était très vif, mais il avait déjà 78 ans. Donc il avait quand même un certain âge. Et il y a des courants. Et un courant plus fort l’avait écarté du centre névralgique du pouvoir.

Mais effectivement, il gardait un rôle derrière peut-être en coulisse. Il a effectué un certain nombre de missions à l’étranger, notamment pour le compte du régime.

Bien sûr. Il jouait un rôle important et il rencontrait un très grand nombre de visiteurs étrangers. Même plus tard. J’étais parti en 1995, lorsque les Américains ont levé l’embargo. Mais cette année-là, il a reçu Robert McNamara qui est venu discuter avec lui, justement, de certains détails très précis de la guerre américaine.

Votre livre s'intitule La Marseillaise du général Giap. C'est un peu provocateur comme titre ! Il fait référence à un événement qui s'est produit peu après votre entrée en fonction : le bicentenaire de la Révolution française, le 14 juillet 1989.

Oui, le14 juillet 1989. Toutes les ambassades de France faisaient des grandes festivités,  pour faire écho à ce qui se passait à Paris, pour fêter le bicentenaire de la Révolution française. Et, en effet, quelques heures avant la réception à l’ambassade de France, je reçois un coup de téléphone du ministère des Affaires étrangères vietnamien, qui me dit d’ailleurs un peu surpris que le général Giap, le vice-Premier ministre, avait décidé de venir.

Bien sûr, il était invité ipso facto puisqu’il était membre du gouvernement. Il est arrivé à 6 heures. A 6 heures, dans une vieille Volga noire, en civil – en civil, ce qui était très inhabituel, on le voyait toujours en uniforme d’habitude – et accompagné de son épouse. Je l’ai reçu d’abord à la résidence. On a pris le thé, il s’est mis à parler des auteurs français, à vouloir m’emprunter quelques livres parce qu’il avait du mal à avoir des livres récents, me disait-il.

Et puis, nous sommes allés là où étaient tous les invités. Il y avait près de 2.000 invités sur la pelouse – la chaleur ! – et nous avons écouté les hymnes nationaux, les deux hymnes nationaux, comme c’est la coutume. Il me glisse : « Ecoutez, moi j’aime bien La Marseillaise parce que c’est un chant révolutionnaire. Et si ça ne vous dérange pas, moi j’aimerais bien chanter ». Et alors en effet, je l’ai entendu reprendre un peu le refrain de La Marseillaise – c’était assez surprenant – avant que nous ne fassions les discours

 

Pour aller plus loin :
L'article Le chef de la guerre du Vietnam, le général Giap, meurt, âgé de 102 ans et la chronologie « Vo Nguyen Giap, une vie en dates » 

Опубликовано 08/02/2016 - Изменено 19/01/2018

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