Le futur président tunisien Habib Bourguiba (C) entouré de ses partisans, salue la foule après son retour d'exil en France (1952-1955), à Tunis le 1er juin 1955.
Le futur président tunisien Habib Bourguiba (C) entouré de ses partisans, salue la foule après son retour d'exil en France (1952-1955), à Tunis le 1er juin 1955.
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Заметка

Tunisie: repères chronologiques

Rappel des dates-clés de la Tunisie depuis l’indépendance en 1956 jusqu’à la convocation des élections présidentielle et législatives de fin 2019.
По Tirthankar Chanda -

20 mars 1956 : Proclamation de l’indépendance et abrogation des traités du Bardo et de la Marsa signés le 12 mai 1881 instituant le protectorat tunisien. Rentré d’exil, Habib Bourguiba, fondateur du Parti du Néo-Destour (« Constitution »), devient Premier ministre.

25 mars 1956 : Election d’une assemblée constituante et promulgation le 13 août du code du statut personnel qui instaure l’égalité juridique entre hommes et femmes, à l’initiative de Bourguiba.

Les années Bourguiba

25 juillet 1957 : Abolition de la monarchie et proclamation de la République, avec Habib Bourguiba élu président de la République tunisienne par l’Assemblée constituante. Bourguiba est soutenu par l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), fondée en 1946.

1er juin 1959 : Adoption de la Constitution qui instaure un régime présidentiel.

19-23 juillet 1961 : Crise de Bizerte. De violents affrontements entre l’armée française et la population autour de la base militaire française de Bizerte font entre 600 et 2000 morts. Évacuation de la base par la France le 13 octobre 1963.

Août 1963 : Assassinat à Francfort de Salah Ben Yousef, principal opposant à Bourguiba. Détérioration des relations entre le régime tunisien et son opposition, dont témoigne l’interdiction du Parti communiste. Instauration d’un régime de parti unique.

19 octobre 1964 : Nationalisation des terres coloniales et mise en place d’une économie planifiée. Le 22 octobre, ouverture à Bizerte du VIIe congrès du Néo-Destour, qui adopte le socialisme comme doctrine et prend le nom du Parti socialiste destourien (PSD).

12 janvier 1974 : Décision par Habib Bourguiba et son homologue libyen le colonel Kadhafi de fusionner leurs deux pays, mais cette décision n’est pas mise en œuvre.

Statue équestre de Bourguiba

Statue équestre de Bourguiba | rais67/wikimedia.org

3 novembre 1974 : Réélection de Bourguiba à la présidence et modification de la Constitution par le chef de l’État, qui se fait proclamer président à vie par l’Assemblée nationale.

26 janvier 1978 : Organisation par le syndicat UGTT d’une grève générale qui tourne à l’émeute à Tunis. La répression militaire fait près de 200 morts. Instauration de l’état d’urgence.

1er novembre 1981 : Ouverture pluraliste du régime, avec le Parti communiste à nouveau autorisé. Émergence du Mouvement de la tendance islamique (MTI). Tenue, le 1er novembre, des premières élections législatives pluralistes depuis l’indépendance. Face à la crainte d’une victoire de l’opposition, le président Bourguiba fait arrêter et condamner les principaux dirigeants du MTI.

Août 1982 : Installation à Tunis du siège de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

27 décembre 1983 – 6 janvier 1984 : Émeutes du pain. Des émeutes éclatent à travers le pays pour protester contre l’augmentation du prix des céréales et du pain. Le gouvernement décrète l’état d’urgence lorsque les violences s’étendent à Tunis et Sfax. L’augmentation des prix est annulée.

2 août 1987 : Attentats dans quatre hôtels de Monastir et de la région de Sousse, revendiqués par l’organisation du jihad islamique.

2 octobre 1987 : Devenu secrétaire d’État à la Sécurité nationale dans la foulée des émeutes de la faim de janvier 1984, puis ministre de l’Intérieur depuis 1986, le général Zine El-Abidine Ben Ali est nommé Premier ministre.

Règne sans partage de Ben Ali

7 novembre 1987 : Déposition pour des raisons médicales de Habib Bourguiba par le Premier ministre Ben Ali, qui lui succède.

27 février 1988 : Changement de nom pour le Parti socialiste au pouvoir, rebaptisé Rassemblement constitutionnel démocratique.

7 novembre 1988 : Signature du Pacte national entre le pouvoir et les principales forces politiques à l’exception des islamistes.

Janvier/février 1989 : Renaissance de l’islamisme. Le Parti islamiste MTI devient le Hizb Ennahda (« Parti de la renaissance ») et demande sa légalisation, qui lui est refusée.

2 avril 1989 : Élections truquées. Zine Abidine Ben Ali, candidat unique, est élu président de la République avec 99,27 % des voix (premier mandat). Il sera réélu quatre fois de suite (1992, 1999, 2004 et 2009), avec chaque fois des taux de votes favorables supérieurs à 95 %.

Le président Zine el-Abidine Ben Ali, le 7 novembre 1987, à Tunis.

Le président Zine el-Abidine Ben Ali, le 7 novembre 1987, à Tunis. | AFP

28 août 1992 : Condamnation à la prison à vie de trente-cinq des principaux cadres d’Ennahda, dont Rached Ghannouchi, chef du mouvement qui avait déjà quitté le pays.

6 avril 2000 : Décès de l’ancien président Habib Bourguiba à Monastir.

26 mai 2002 : Adoption d’un référendum constitutionnel qui supprime la limite du nombre de mandats présidentiels. L’année 2002 est aussi marquée par des attentats islamistes contre une synagogue à Djerba qui causent la mort de quinze personnes, des touristes allemands pour la plupart.

Révolution et après

17 décembre 2010 : Début d’un mouvement protestataire, suite à l’immolation par le feu à Sidi Bouzid, dans le centre-ouest du pays, d’un jeune diplômé au chômage, dénommé Mohamed Bouazizi. Le 5 janvier, à l’annonce du décès de dernier, la vague de protestations s’étend à l’ensemble du pays. La Tunisie s’enflamme.

14 janvier 2011 : Départ de Ben Ali. Confronté à de milliers de manifestants qui se rassemblent à Tunis et en province aux cris de « Ben Ali dehors », le président tunisien prend la fuite pour se réfugier en Arabie saoudite, après 23 ans de règne sans partage. Il est le premier dirigeant d’un pays arabe à quitter son pays sous la pression de la rue.

Un portrait géant de Mohamed Bouazizi, le jeune vendeur ambulant qui s'était immolé le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid.

Un portrait géant de Mohamed Bouazizi, le jeune vendeur ambulant qui s'était immolé le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid. | AFP/Fethi Belaid

27 février 2011 : Poursuite de la mobilisation populaire entraînant la démission du gouvernement de transition mis en place par le Conseil constitutionnel tunisien. Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi est remplacé par Beji Caïd Essebsi, vétéran de la vie politique tunisienne.

1er mars 2011 : Légalisation du mouvement islamiste Ennhada. Son chef, Rached Ghannouchi, est revenu à Tunis après 22 ans d’exil à Londres.

7 et 9 mars 2011 : Suppression de la direction de la sûreté de l’État et dissolution du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), parti de Ben Ali. Le 28 juillet, l’ancien président est condamné par contumace à 66 ans de prison au total, pour complicité de meurtres de manifestants. La sentence contre Ben Ali sera transformée en condamnation à perpétuité suite à un nouveau procès en juillet 2012.

23 octobre 2011 : Élection de l’Assemblée nationale constituante (ANC). Le parti Ennahda arrive en tête, avec 41,4 % des suffrages et 89 sièges sur 217. Loin derrière, le Congrès pour la République (gauche nationaliste) de Moncef Marzouki obtient 8,4 % des voix et 30 élus, et le Forum démocratique pour le travail et les libertés (social-démocrate) de Mustapha Ben Jaafar 6,3 % des voix et 21 élus. La troïka va diriger le pays jusqu’à l’adoption de la nouvelle constitution en 2014.

Décembre 2011 : Troïka au pouvoir. Moncef Marzouki, un laïc et militant des droits de l’homme, est élu président de la République par l’ANC. Le nouveau président nomme Hamadi Jebali, secrétaire général du parti islamiste au poste de Premier ministre, alors que Mustapha Ben Jaaafar est élu président de l’Assemblée.

6 février 2013 : Début d’une période de turbulences avec l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd, chef du Mouvement de patriote démocrates unifiés, formation d’opposition appartenant à la coalition du Front populaire (gauche radicale). Cet assassinat provoque de violentes manifestations dans le pays, visant essentiellement le parti Ennahda au pouvoir. Ce parti est de nouveau pointé du doigt lorsque le 25 août, le député de l’opposition de gauche, Mohamed Brahmi, proche du Front populaire (gauche radicale) est assassiné à Tunis.

5 octobre 2013 : Sous les pressions conjuguées de la rue, de l’opposition et la société civile, Rached Ghannouchi , le président d’Ennahda, signe une feuille de route de sortie de crise, qui prévoit le remplacement du gouvernement à dominante islamiste par un cabinet de personnalités indépendantes.

Des partisans de Chokri Belaïd scandent des slogans anti-islamistes devant la cour de Tunis où s'est ouvert le procès de l'assassinat du militant politique, perpétré en 2013.

Des partisans de Chokri Belaïd scandent des slogans anti-islamistes devant la cour de Tunis où s'est ouvert le procès de l'assassinat du militant politique, perpétré en 2013. | AFP PHOTO / FETHI BELAID

9 janvier 2014 : Démission du gouvernement. Il est remplacé par un nouveau gouvernement non-partisan et dirigé par un technocrate, Mehdi Jomâa. Ce dernier est chargé d’organiser de nouvelles élections législatives.

26 janvier 2014 : Avènement d’une nouvelle République. Au terme de deux années de débats, l’Assemblée constituante adopte la nouvelle Constitution, avec 200 voix pour, 12 contre et 4 abstentions. Le 7 février une quarantaine de chefs d’État et de gouvernements participent à Tunis, à une cérémonie solennelle célébrant l’adoption de la nouvelle Constitution et l’instauration de la IIe République.

26 octobre 2014 : Tenue des premières législatives depuis la révolution. Avec 85 sièges contre 79 pour Ennhada, le parti anti-islamiste Nidaa Tounès, fondé en 2012 par Beji Caïd Essebsi, arrive en tête. Le second tour de la présidentielle qui se tient le 21 décembre, est également remporté par Beji Caïd Essebsi, avec un score de 57 % contre 42 % pour son principal adversaire, le président sortant Moncef Marzouki.

2 février 2015 : Entrée en fonction du nouveau gouvernement, avec à sa tête le Premier ministre Habib Essid, nommé en janvier par le nouveau président.

18 mars et 26 juin 2015 : Débuts sanglants pour le premier gouvernement post-révolutionnaire, avec deux attentats islamistes qui frappent le pays coup sur coup, fragilisant un peu plus son économie. Le 18 mars, des terroristes attaquent un bus de touristes en visite au musée du Bardo (à côté du parlement) faisant 22 victimes, dont 21 touristes étrangers. C’est le premier attentat de cette ampleur à frapper l’un des hauts lieux du tourisme tunisien. Le 26 juin, un terroriste ouvre le feu sur des touristes sur la plage de Souss (140 km au sud de Tunis), tuant 38 personnes, en majorité des touristes anglais.

Juillet 2015 : Instauration de l’état d’urgence par le gouvernement pour faire face aux violences terroristes. La décision prise par les pouvoirs publics, au lendemain de l’attentat terroriste dans la station balnéaire de Souss, de fermer quelque quatre-vingts mosquées rattachées à la mouvance salafiste, suscite des controverses.

9 octobre 2015 : Attribution du prix Nobel de la paix au Quartette, composé de l’Union générale tunisienne du travail (centrale syndicale), de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (patronat), de la Ligue des droits de l’homme et de l’Ordre des avocats. Ces organisations sont récompensées pour leur rôle déterminant de médiation entre la classe politique et la société civile qui a contribué à la réussite de la transition démocratique dans le pays, suite à la révolution de 2011.

24 novembre 2015 : Terrorisme. Un attentat-suicide vise un bus de la garde présidentielle, faisant au moins 12 morts.

7 mars 2016 : Terrorisme (suite). Plusieurs dizaines d’hommes armés liés à l’organisation État islamique (EI) attaquent des positions de l’armée, de la police et de la garde nationale à Ben Gardane, ville proche de la frontière libyenne. Les combats font plus de 50 morts, dont 36 terroristes. Les jours suivants, une dizaine d’autres jihadistes sont tués lors d’opérations de l’armée à la frontière.

3 août 2016 : Désignation de Youssef Chahed, membre du parti Nidaa Tounès, pour former un nouveau gouvernement, suite à la chute du gouvernement Essid, mis en minorité au parlement.

8 janvier 2017 : Manifestation dans les rues de Tunis, à l’appel d’un mouvement citoyen, pour protester contre l’éventuel retour dans le pays de jihadistes partis combattre en Syrie, en Irak ou en Libye. Selon l’ONU, quelque cinq mille cinq cents Tunisiens auraient rejoint les rangs d’organisations jihadistes à l’étranger.

8 janvier 2018 : Non à l’austérité. Des affrontements avec la police éclatent à Tunis et dans plusieurs villes lors de manifestations suscitées par les hausses de prix intervenues le 1er janvier. Les manifestants protestent contre l’adoption par le gouvernement d’un budget d’austérité pour 2018 qui prévoit notamment des hausses d’impôts et de taxes. Pour beaucoup de Tunisiens, la situation économique de leur pays a empiré comparé à l’époque de Ben Ali.

10 mars 2018 : Manifestation à Tunis en faveur de l’égalité des sexes en matière de succession. Selon la loi en vigueur, issue des préceptes du Coran, la femme n’hérite que de la moitié de la part de l’homme du même degré de parenté. Dans un discours solennel prononcé à l’occasion de la Journée de la femme en Tunisie, le président Béji Caïd Essebsi appelle le Parlement à se saisir du dossier, en tenant compte des recommandations contenues dans le rapport publié par la Commission des libertés individuelles et de l’égalité mise en place en août 2017. L’égalité des sexes est un sujet sensible en Tunisie dans le contexte de la montée du conservatisme religieux. Le parti islamiste Ennahda qui s’est imposé comme l’une des principales forces politiques du pays propose le maintien du statu quo en matière d’héritage.

Le président tunisien Beji Caid Essebsi lors d'une conférence de presse au Palais Carthage à Tunis, le 25 octobre 2018.

Le président tunisien Beji Caid Essebsi lors d'une conférence de presse au Palais Carthage à Tunis, le 25 octobre 2018. | REUTERS/Zoubeir Souissi

24 septembre 2018 : Convocation d’élections générales en décembre 2019 sur fond de bisbilles entre le président Béji Caïd Essebsi et son Premier ministre Youssef Chahed. Le parti présidentiel Nidaa Tounès dont est issu ce dernier est affaibli par le conflit qui oppose son directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, qui n’est autre que le fils du président, et le Premier ministre, soutenu par Ennahda. La tension s’est exacerbée entre les deux hommes, alors qu’Ennahda, membre de la coalition gouvernementale, est devenu le premier parti du pays à la faveur des élections municipales du 6 mai. Soutenu pour sa part par l’Union générale du travail tunisien, principal syndicat du pays, Hafedh Caïd Essebsi dénonce le bilan économique et social du gouvernement.

27 janvier 2019 : Lancement du parti Tahya Tounès (« Vive la Tunisie ») par les partisans du Premier ministre Youssef Chahed. Ce nouveau parti est né après des scissions survenues au sein du parti présidentiel Nidaa Tounès, lancé en 2012 et qui avait permis au président Béji Caïd Essebsi d’accéder au pouvoir. Tahya Tounès soutient le Premier ministre qui est en conflit ouvert avec Hafdeh Caïd Essebsi, le fils du président Béji Caïd Essebsi, qui dirige Nidaa Tounès depuis janvier 2016.

Опубликовано 04/07/2019 - Изменено 08/07/2019

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