Saisie écran du documentaire « Les lapins à la berlinoise » réalisé en 2009, du cinéaste polonais Bartosz Konopka.
Saisie écran du documentaire « Les lapins à la berlinoise » réalisé en 2009, du cinéaste polonais Bartosz Konopka.
© Bartosz Konopka
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Pologne : le Mur de Berlin est tombé à Varsovie

À chaque anniversaire de la chute du Mur de Berlin, les festivités en grande pompe remplissent les rues de la capitale allemande. En même temps, à 600 kilomètres plus à l’est, à Varsovie, les Polonais ont un autre point de vue sur cet événement qui a marqué l’histoire.
По Maya Szymanowska -

De notre correspondante à Varsovie,

Pourtant, vu de Paris, la Pologne, le plus grand pays de l'ancien bloc de l'Est, devrait être émue au même titre que les voisins allemands de cet anniversaire. La capitale allemande n'est qu'à 5h30 de train de Varsovie. Et l'Allemagne, second pays d'émigration de jeunes Polonais, est le principal investisseur dans ce pays.

Cependant, les questions sur « comment votre vie a changé après la chute du Mur » rencontrent en Pologne surtout un silence poli. Et il ne sert à rien de chercher dans la presse polonaise des souvenirs vibrants de cette époque. Il faut aller à la page 35 de Gazeta Wyborcza de ce week-end, le plus grand quotidien du pays pour trouver un billet sur la chute du Mur. « Encore ces Allemands qui nous volent la vedette ! » s'exclame ironique Roza Thun, aujourd'hui députée européenne, il y a 25 ans militante de Solidarnosc. L'ancienne activiste exprime bien le sentiment des Polonais d'avoir été injustement mis au placard de l'histoire.

« Table ronde » sur l'avenir du pays

Effectivement, c'est en Pologne que chavirent d'abord les fondements du régime communiste. Quand le Mur de Berlin tombait, Varsovie essayait depuis quelques mois à la démocratie. La Pologne a réussi une rare prouesse : celle de mettre à bas, sans aucune violence, la dictature communiste. Un changement de régime pacifiste, sans affrontements et sans victimes. Il y a eu en 1980 la naissance de Solidarność, le premier syndicat libre à l'est du « Rideau de fer », mais il a fallu attendre le début 1989 pour l'événement qui allait mettre fin à la dictature communiste et à la main mise de Moscou sur Varsovie : la « Table ronde ». De février à avril 1989, autour de cette table ovale les anciens bourreaux et les anciennes victimes se sont assis côte à côte pour discuter ensemble de l'avenir du pays. Cela a permis en juin 1989 d'organiser les premières élections législatives semi-libres qui ont mené à la victoire de Solidarność, l'élection d'un Premier ministre issu de l'opposition, Tadeusz Mazowiecki et l'introduction des réformes libérales. Mais, regrette Roza Thun, les Polonais ont mis eux-mêmes la « Table ronde » au placard.

Depuis peu, pour la voir, il faut aller visiter le palais présidentiel à Varsovie, mais aucun musée ni exposition ne lui sont consacré. Les Polonais dénigrent plutôt leurs symboles et ne sont pas d'accord sur l'interprétation de cet héritage. Les conservateurs attaquent aujourd'hui les négociateurs de la « Table ronde », leur reprochant d'avoir protégé les anciens apparatchiks, et vont jusqu'à accuser Lech Walesa, le leader de Solidarność, d'avoir été à la solde des services secrets communistes. L'ancien électricien de Gdansk, s'il reste un symbole pour certains, est honni pour une partie de la population. Il récolte plus d'honneurs en dehors des frontières que dans son pays.

Le Mur inspire les artistes polonais

Et ce sont les artistes qui s'emparent de ces symboles, loin des commémorations et d'anniversaires, loin aussi des chamailleries politiques. Le réalisateur Andrzej Wajda vient de tourner un biopic sur Lech Walesa qui montre le courage et le sens politique de cet ancien ouvrier des chantiers navals de Gdansk. Lech Walesa sera d'ailleurs présent le dimanche 9 novembre 2014 à Berlin, pour faire un trait d'union entre la chute du Mur de Berlin et la mise à bas du régime communiste en Pologne.

Le Mur a inspiré les jeunes réalisateurs polonais, par exemple Bartosz Kolodko. Son documentaire (nominé aux Oscars) Le lapin à la berlinoise, raconte d'une manière cocasse, avec force images d'archives, l'histoire de l'Europe de l'Est vue par les lapins qui vivaient dans le no man's land entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Les lapins qui vivaient près du Mur apparaissent aussi dans le film d'animation Estrehazy d'Izabela Plucinska. Mais aucun film ne s'est encore inspiré de la « Table ronde ». Comme si la Pologne, tiraillée par des divergences politiques de plus en plus fortes, avait honte de son plus fort symbole de l'union pacifique.

Опубликовано 16/09/2019 - Изменено 25/11/2019

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