Détail de la couverture du livre de Philippe Mellot : Paris en guerre, 1914-1918
Détail de la couverture du livre de Philippe Mellot : Paris en guerre, 1914-1918. Le quotidien des femmes, des enfants, des vieillards, des « embusqués » et des profiteurs, publié aux éditions Omnibus.
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« Paris en guerre, 1914-1918 », le quotidien des Parisiens

Même un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale apparaissent toujours des documents inédits, dénichés dans des greniers, chez des collectionneurs ou des chercheurs. Paris en guerre, 1914-1918, publié aux éditions Omnibus, recense sur plus de 300 pages illustrées et avec 600 documents d’époque, jour après jour, ces quatre années de guerre subies dans la capitale française. Entretien avec l’auteur, Philippe Mellot, un passionné de l’histoire de la ville de Paris.
По Catherine Fruchon-Toussaint -

RFI : Que s’est-il passé le 11 novembre 1918 à Paris ? La capitale française était-elle en liesse ?

Philippe Mellot : Paris était en liesse comme jamais. Dès que le tocsin retentit à travers toute la France, et à Paris en particulier, toute la ville descend dans la rue, tous les travaux s’arrêtent, les patrons disent aux travailleurs : allez courir dans la rue, allez fêter cette victoire qui nous a tant coûté.

Pendant que la liesse va avoir lieu dans la rue, combien de gens sont encore là à pleurer leurs enfants, leur cousin ou autre ? Mais, au milieu de tout cela, c’est avant tout 24 heures de folie. Je me suis beaucoup amusé à retrouver un témoignage, quelqu’un qui décrivait cette scène, heure par heure. Évidemment, on suit cette personne-là, il y en avait sans doute des dizaines et des dizaines qui ont observé et noté à ce moment-là ce qui se passait à chaque coin de la capitale.

Il y a une folie, les gens achètent tout ce qui leur tombe sous la main, ils mangent ensemble sans se connaître. Ces instants, comme cela aura lieu plus tard, en 1945, sont des instants qui sont vécus chez les vainqueurs partout en Europe. Sans doute aussi un peu chez les vaincus. Même chez les Allemands, à mon avis, même s’il y a une grande tristesse, le seul fait de voir arrêter cette énorme boucherie, il devrait y avoir une certaine satisfaction.

En quoi Paris était-elle l’une des capitales les plus marquées par cette Première Guerre mondiale ?

Elle a été très brutalement marquée par le fait qu’elle a été très proche du front. Elle a donc subi toutes les avanies liées aux premiers bombardements aériens, puisque Paris était la première ville à avoir subie un bombardement aérien – c’était des « bombinettes », disons-le, mais, dès le 28 août 1918, la guerre moderne se déclenche avec déjà les premiers avions – qui jusque-là étaient un peu réservés aux sportifs et autres – qui deviennent des instruments de mort.

Donc Paris était au cœur de ce conflit. Vous dites que les Parisiens mènent plusieurs guerres à la fois pendant ces quatre ans.

C’est d’abord la guerre face à l’ennemi dont la présence se manifeste à travers de tous les combats dont tous les Parisiens entendent parler, même s’il y a une censure de fer qui va les empêcher de voir les véritables rapports sur tout cela. Mais c’est aussi une guerre contre la faim, puisque, assez rapidement, la nourriture va commencer à manquer, surtout à partir de 1917, mais même avant, les choses sont difficiles.

Il y a aussi une guerre psychologique, puisque tous les jours les trains et les ambulances déversent sans cesse des blessés. Donc les Français, et les Parisiens en particulier, qui voient les rapports dans lesquels la guerre se passe plutôt bien, constatent le nombre invraisemblable de blessés et de mutilés qui arrivent sur la capitale. Paris n’est qu’une vaste ambulance. Il y a des dizaines et des dizaines d’hôpitaux qui sont installés partout.

Votre album est sous-titré : « le quotidien des femmes, des enfants, des vieillards, des embusqués et des profiteurs ». Que faut-il comprendre par cet intitulé un peu provocateur ?

Un peu provocateur ? Oui et non, dans le sens ou d’abord la population parisienne est surtout composée de femmes et d’enfants et de vieillards, sans les appelés entre 20 et 48 ans. Toutes les forces vives sont sous les drapeaux. D’autre part, il y a les embusqués qui se partagent entre plusieurs personnes : tous ceux qui ont réussi, d’une manière ou d’une autre, à éviter d’être sur le front, pour des questions de maladie, de pseudo maladie ou autre…

Il y a la notion de protection : le pouvoir va protéger beaucoup de gens, toutes les femmes, les enfants qui voient passer des mecs de 30 ans qui ne sont pas sous un uniforme ou une autre se demande : pourquoi celui-là ne va pas se battre sur le front ? Les explications sont souvent un peu tristes, parce que ce sont justement des « planqués ». Et les profiteurs sont tous ces gens qui s’enrichissent et s’affichent d’une manière effrontée et épouvantable les gains de leur petit commerce avec l’État.

 

 

 

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Philippe Mellot : Paris en guerre, 1914-1918. Le quotidien des femmes, des enfants, des vieillards, des « embusqués » et des profiteurs, de éditions Omnibus, 344 pages, 37 euros.

Опубликовано 09/09/2015 - Изменено 30/01/2017

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