Kadhafi dans la vallée de la Syrte en 1973
Colonel Kadhafi dans la vallée de la Syrte en octobre 1973
Geneviève Chauvel/Getty
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Mouammar Kadhafi: Au nom du peuple

Le colonel Mouammar Kadhafi a dirigé d’une main de fer la Libye, ancienne colonie italienne, depuis quarante-deux ans - bien qu’il ait officiellement cédé le pouvoir au peuple dès 1977 à travers les comités révolutionnaires et populaires, se contentant du titre de « guide suprême de la révolution ». Il a publié à cette époque le Livre Vert, mélange confus de théories socialistes et musulmanes qui pose les principes de la « Troisième théorie universelle », devenue la base de la société libyenne, et il a proclamé la Jamahiriya arabe populaire et socialiste – ou État des masses.
По Marie Joannidis -

Le fantasque colonel qui affectionne les tenues de bédouin du désert mais aussi de militaire d’opérette se promène avec sa tente, y compris à l’étranger, et s’est entourée d’une garde militaire féminine surnommée « les amazones », n’a toutefois jamais hésité à se débarrasser, souvent de manière violente, de ses opposants comme le démontrent les dernières attaques aériennes et de chars contre les insurgés actuels, y compris civils, qui rejettent son régime.

 

S’abriter derrière la volonté populaire pour justifier les exactions

 

Ainsi, pendant les années 1980, recevant à de nombreuses reprises la presse occidentale, il s’est abrité derrière la volonté populaire pour justifier les exactions qui n’ont pas ménagé les islamistes, auteurs de plusieurs tentatives de coups d’Etat contre lui. Mais, à la tête d’un pays à la vaste superficie et aux importantes ressources pétrolières mais avec une population d’à peine un peu plus de 6 millions d’habitants, il a toujours vu échouer ses rêves de grandeur : tentatives d’union avec l’Egypte ou la Syrie, rôle majeur en Afrique subsaharienne et menace pour les Etats-Unis et Israël, en passant par une aide substantielle aux mouvements terroristes pré-Qaeda, qu’ils soient d’ailleurs de gauche ou de droite.

Les bombardements américains contre Tripoli en avril 1986 (en anglais) , comme l’adoption de sanctions internationales puis l’intervention américaine en Irak pour renverser Saddam Hussein ont finalement eu leur effet. Il a tenté de se réconcilier avec tout le monde avant le dernier épisode qui secoue l’Afrique du nord et qui conteste les dictateurs.

Si l’opération américaine Eldorado Canyon a été menée en représailles d’attentat à la bombe, en 1986, contre une discothèque de Berlin fréquentée par des militaires américains, les sanctions ont été progressivement appliquées, d’abord par les Américains puis toute la communauté internationale à la suite notamment de deux attentats attribués à des Libyens contre un avion américain de la Panam et un appareil français d’UTA. L’ONU a ainsi adopté en 1992 une résolution prévoyant un embargo militaire et aérien international suivi en 1993 du gel des avoirs financiers et d’un embargo sur les biens d’équipement pétroliers.

La Libye a ainsi été mise au ban des organisations internationales à l’exception notable de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) qu’il a contribué à transformer en Union africaine (UA) - même si son rêve de voir la création des Etats-Unis d’Afrique ne s’est jamais matérialisé. En fait, les Africains ne lui en ont pas vraiment voulu pour son intervention dans le nord du Tchad, contrée avec l’aide de la France, ni pour son soutien à l’ancien dictateur ougandais Idi Amine Dada, ni pour des interventions intempestives à travers le continent.

La Libye est redevenue « fréquentable » depuis suspension, en septembre 2003, de l’embargo imposé par l’Onu en avril 1999. Elle avait auparavant décidé d’indemniser les victimes des deux attentats d’avion et celui contre la discothèque. Elle a aussi renoncé officiellement, en 2003, à ses programmes d’armes de destruction massive et accepté des contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Tout le monde a alors applaudi à la volonté libyenne de se doter du nucléaire civil : Américains, Européens de l’Ouest ou de l’Est, y compris les Russes, Chinois, Indiens, Japonais et autres, se sont disputés les nouvelles concessions de pétrole et de gaz que Tripoli a décidé d’ouvrir à la concurrence internationale depuis janvier 2005. Membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la Libye produit près de deux millions de barils par jour. Le brut libyen est léger, de bonne qualité et se trouve proche des principaux marchés européens. La Libye dispose également d’énormes réserves de gaz naturel et son économie a profité largement de la remontée de la production de pétrole après des années d’embargo.

 

Reste à voir si la population suivra son Guide

 

Mouammar Kadhafi avait annoncé dès juin 2003 sa volonté de privatiser les entreprises d’Etat, pourtant nationalisées depuis sa prise de pouvoir en 1969. Cette ouverture a été favorisée par la libération de six infirmières bulgares, obtenue grâce aux efforts de l’Union Européenne (UE) mais aussi aux bons offices de la France, qui avait envoyé sur place Cécilia, l’ancienne épouse du président Nicolas Sarkozy, avant un passage éclair à Tripoli de celui-ci, fin juillet 2007.

Si Kadhafi tient tous les leviers du pouvoir, il a créé à travers le pays des comités populaires et révolutionnaires, élus dans tous les secteurs, obligeant même dans le passé les hommes d’affaires étrangers à participer aux Congrès pendant lesquels il vient donner la leçon. Ce qui n’empêche pas les services de sécurité d’être omniprésents et de surveiller aussi bien les journalistes étrangers que les opposants éventuels, en particulier les intellectuels.

Grâce à ses pétrodollars, la Libye dispose d’un armement substantiel surtout face à des insurgés peu ou mal armés. Elle a recruté dans le passé de nombreux conseillers militaires mais aussi des Africains utilisés dans le cadre de la légion islamique crée et voulue par Kadhafi. Plus récemment,le dirigeant libyen a utilisé la carte du contrôle de l’immigration clandestine pour répondre aux inquiétudes des pays européens et jouer un rôle actif dans le dialogue euro-africain.

La population libyenne, qui avait joui de bonnes conditions de vie, a cependant été pénalisée par les sanctions successives. Il reste à voir si elle suivra son Guide en cas de nouveaux embargos qui risquent de faire souffrir avant tout le peuple.

Опубликовано 18/01/2017 - Изменено 17/03/2017

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