Le président chinois Mao Zedong (1893-1976) passe en revue l'armée de la Grande révolution culturelle à Pékin, le 3 novembre 1967.
Le président chinois Mao Zedong (1893-1976) passe en revue l'armée de la Grande révolution culturelle à Pékin, le 3 novembre 1967.
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Mao, un personnage controversé

Mao Ze Dong est mort à minuit, le 9 septembre 1976. Trente ans après sa disparition, le mythe qui s’est créé autour de lui et qu’il a contribué à entretenir dure encore. Son portrait trône toujours sur les murailles de la Cité interdite et le souvenir du Grand Timonier est toujours vivace dans toute la Chine. Le Petit livre rouge, les montres à son effigie ou les statues en faïence s’arrachent dans les marchés populaires ou dans les magasins de souvenirs de Pékin et de Shanghai.
По Any Bourrier -

Cet homme qui pendant vingt-sept ans a détenu un pouvoir absolu sur un quart de la population de la planète échappe à toute critique en Chine. Un grand silence sur les années troubles du Grand Bond en avant ou de la Révolution culturelle a été imposé au pays après sa mort et le pouvoir communiste ne permet pas que son œuvre soit mise en question, au moins pour l’instant. Mais en Occident, son image est de plus en plus écornée. Dans le passé, des intellectuels comme Simon Leys n’ont pas hésité à dénoncer ses crimes. En 1994, les mémoires de son médecin Li Zhisui ont révélé au monde la face cachée de l’homme accusé d’être à l’origine de la mort, en temps de paix, de plus de 70 millions de personnes, soit davantage qu’aucun autre dirigeant du 20e siècle. Comme le dieu grec Janus, Mao avait deux visages : un monstre pour ses détracteurs, un génie, un chef incontestable qui a su rendre la fierté au peuple chinois pour ses admirateurs.

Certains l’ont décrit comme « le suprême despote totalitaire ». D’autres l’ont élevé au rang de « champion des atrocités ». C’est le cas notamment de Jon Halliday et Jung Chang, les auteurs d’une monumentale biographie intitulée Mao, l’histoire inconnue (1). Le Grand Timonier y est décrit comme un monstre dont le mépris pour la vie humaine n’a pas d’égal dans l’histoire des dictatures. Leur thèse centrale est simple : le seul objectif de Mao a été de se ménager un pouvoir sans partage, au niveau du parti puis à celui de la Chine toute entière. Pour cela, il aurait employé mieux que n’importe quel despote toute son énergie, sa brutalité, son cynisme et son goût de la destruction.

Certains sinologues jugent que le bilan du Grand Timonier ne se réduit pas à ses crimes. Pour l’historien Jean-Louis Margolin, « Mao a réunifié la Chine, a jeté les bases indispensables à son développement ultérieur et a su quand même réfréner ce penchant autodestructeur qui a emporté le régime de son admirateur Pol Pot ». En dépit de la controverse, Mao Ze Dong reste une image forte aussi bien pour le peuple chinois, dont une grande partie continue de le vénérer, que pour le reste du monde. Quoi qu’il en soit, il faut sans doute attendre une évolution démocratique en Chine pour pouvoir cerner au plus près la complexité de cette grande figure du 20e siècle.

 

(1) Mao, l’histoire inconnue, Jung Chang, Jon Halliday, éditions Gallimard, 2006

Опубликовано 18/09/2019 - Изменено 04/10/2019

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