La cérémonie du 70e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, en Pologne, le 27 janvier 2015.
La cérémonie du 70e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, en Pologne, le 27 janvier 2015.
REUTERS/Laszlo Balogh
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L'Europe commémore la Shoah

C'est le mardi 27 janvier 2015 qu'était commémoré le 70e anniversaire de la libération d'Auschwitz-Birkenau, le plus grand camp d'extermination nazi situé en Pologne, où plus d'un million de personnes sont mortes pendant la Seconde Guerre mondiale, des Juifs à 90 %.
По RFI -

Les anciens prisonniers d’Auschwitz ont été mis à l’honneur. La plupart d’entre eux ont maintenant plus de 90 ans. Trois anciens détenus ont prononcé un discours, tout comme le président polonais Bronislaw Komorowski. Tous ont plaidé pour le respect des droits de l’homme et contre toutes les formes de discriminations raciales.

La prière juive, le kaddish, a ensuite été récitée et chantée par plusieurs rabbins, ce qui a suscité une vive émotion parmi les survivants, témoigne notre correspondant sur place, Damien Simonart. Les délégations internationales ont ensuite traversé sous la neige l’immense camp de Birkenau en longeant la voie ferrée qui va de l’entrée du camp jusqu’aux chambres à gaz. Là-bas, près du monument aux morts, les représentants de près de 50 pays, dont notamment François Hollande, ont déposé des bougies et ensuite ont fait le chemin en sens inverse, mettant fin à une journée d’anniversaire historique, car c’est peut-être le dernier anniversaire auquel autant d’anciens prisonniers ont pu assister.

Soixante-dix ans après, Auschwitz, un camp immense, long de plusieurs centaines de kilomètres situé dans le sud-ouest de la Pologne, incarne à lui seul le symbole du génocide nazi. Les soldats de l'armée rouge encore vivants témoignent encore de la découverte, le 27 janvier 1945, du plus grand camp d'extermination construit par le IIIe Reich. Près d'1,1 million de personnes y ont été tuées entre 1940 et 1945, dont plus de 90 % de Juifs.

Le discours du président Gauck 

Ces commémorations revêtent une dimension particulière en Allemagne. Le souvenir du nazisme appartient à l'histoire de ce pays. Alors, avant de rallier le camp d'Auschwitz pour la cérémonie, le président allemand Joakim Gauck s'est exprimé devant le Bundestag :

« Il n'y a pas d'identité allemande sans Auschwitz. La mémoire de l'Holocauste reste le devoir de tous ceux qui vivent dans notre pays. Tant que je vivrai, je continuerai à souffrir du fait que la nation allemande, malgré son héritage culturel remarquable, a été capable des crimes les plus horribles contre l'humanité. Aucune interprétation, aussi convaincante soit-elle, ne permettra jamais à mon coeur et à mon esprit de connaître le repos après cette histoire. Une rupture s'est imprimée dans la texture de notre identité nationale, suscitant une douleur immuable dans nos consciences. »

« L'antisémitisme, une blessure que la République doit soigner »

Parmi les dirigeants européens présents à Auschwitz, figurait aussi François Hollande. Avant de se rendre en Pologne, le chef de l'État a d'abord présidé ce matin des commémorations au Mémorial de la Shoah à Paris. Il a tout d’abord échangé avec cinq survivants des camps et cinq lycéens et a souligné l’importance de la « transmission ». Il a salué l’action de ces anciens déportés qui pendant toute l’année se rendent dans des écoles pour témoigner de ce qu’ils ont vécu. « Un travail plus que jamais nécessaire », a ajouté le président de la République dans son allocution devant 150 autres déportés.

Car forcément, cette cérémonie de commémoration était marquée par les attentats des 7, 8 et 9 janvier et les quatre morts de l'Hyper Cacher. « La montée de l’antisémitisme depuis plusieurs années en France, c’est une blessure que la République doit soigner, a martelé le président français, en garantissant la sécurité de la communauté juive. Ce sont ces forces de l’ordre et ces militaires postés devant les écoles juives et les lieux de culte et qui le resteront aussi longtemps qu’il le faudra. » François Hollande a redit aux Français de confession juive que leur place était en France.

Vous Français de confession juive, votre place est ici chez vous. Et si le terrorisme vous conduisait à vous éloigner de la terre de France, de la langue française, de la culture française, de la République française qui a émancipé les juifs, alors le terrorisme aurait atteint son but. »

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 L'ancien président François Hollande, au Mémorial de la Shoah, le 27 janvier 2015 - par Florent Guignard (01'01")

François Hollande entend aussi lutter contre la diffusion des thèses « complotistes » qu’il juge génératrices de haine, notamment sur les réseaux sociaux. Un cadre juridique reste à créer, selon lui, pour responsabiliser les sites et les opérateurs ; un cadre au niveau européen qu’il évoquera ce même mardi avec ses homologues en marge de la cérémonie de commémoration au camp d'Auschwitz-Birkenau.

Enfin, le gouvernement présentera d’ici à la fin février un plan global de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

 

À Moscou, une commémoration aux accents ukrainiens

Tandis que la plupart des chefs d’État et gouvernement européens étaient présents à Auschwitz pour commémorer le 70e anniversaire de la libération du camp par l’armée rouge, le président russe Vladimir Poutine a préféré rester à Moscou, où il a pris part à une cérémonie au musée du Judaïsme. Le président russe en a profité pour dresser un parallèle avec la situation du conflit ukrainien. Avec notre correspondante à Moscou, Murielle Pomponne.

En rendant hommage aux six millions de victimes juives de l'holocauste, le président Poutine a mis en garde contre les tentatives de réécrire l'histoire. Mais dans le choix des faits qu'il qualifie d'indéniables, il utilise lui-même cette histoire en insistant par exemple sur le rôle du nationaliste ukrainien Stepan Bandera pendant la guerre : « Il est incontestable que les banderistes et autres collaborateurs des partisans de Hitler ont participé eux-mêmes à l'extermination du peuple juif, à l'extermination des Juifs de Lvov, Odessa, Kiev et autres villes d'Ukraine. Des nazis des pays baltes ont effectué des purges ethniques, à Vilnius, Riga, Kaunas et Tallin. »

À son habitude, le président russe évoque donc les événements historiques pour les utiliser dans un contexte actuel, en faveur de la politique étrangère de la Russie : « L'histoire montre à quelle tragédie peuvent mener les prétentions à la domination mondiale, à quelle tragédie peuvent mener les tentatives de pression sur les Etats souverains. Et bien sûr nous savons tous à quel point sont dangereux et meurtriers les doubles standards et l'indifférence au destin des autres. Comme par exemple aujourd’hui, dans le cas de la tragédie dans le sud-est de l'Ukraine où, depuis plusieurs mois, on a abattu de sang-froid la population civile du Donbass. »

Les commémorations de l'holocauste n'auront pas échappé au contexte de tension entre la Russie et les autres pays européens.

Опубликовано 14/11/2019 - Изменено 21/11/2019

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