Les rues de Kinshasa à l'arrivée du corps du défunt président Laurent-Désiré Kabila depuis Lumumbashi, le 21 janvier 2001.
Les rues de Kinshasa à l'arrivée du corps du défunt président Laurent-Désiré Kabila depuis Lumumbashi, le 21 janvier 2001.
Desirey Minkoh / AFP
Заметка

L'assassinat de Kabila n'a pas été élucidé

Plus de trois mois après le meurtre de Laurent-Désiré Kabila, la commission chargée de l'enquête a publié mercredi 23 mai un pré-rapport qui met en cause l'Ouganda, le Rwanda et les rebelles du RCD-Goma (qui ont tous rejeté ces accusations). Mais passe sous silence les complicités éventuelles de nombreux officiers congolais, en fuite (comme le major Bora Uzima) ou au cachot depuis fin février (comme le colonel Eddy Kapend).
По Elio Comarin -

« L'assassinat (de Laurent-Désiré Kabila) n'est pas un acte isolé. Il fait partie d'un Coup d'Etat préparé. L'Ouganda, le Rwanda et le RCD-Goma (mouvement rebelle pro-rwandais) ont travaillé ensemble ». Plus de trois mois après l'assassinat de l'ancien chef d'Etat congolais, le président de la commission chargée de l'enquête, le procureur général de la RDC Luhonge Kabinda Ngoy a présenté mercredi soir une version très «langue de bois» d'un événement qui a secoué toute la région et remis à l'ordre du jour des accords de paix jamais appliqués jusque-là.

Selon le procureur Ngoy « des collaborateurs des services » des rebelles du RCD-Goma et de leurs alliés « étaient présents à Kinshasa et dans des pays voisins » au moment du meurtre. C'est la seule indication concrète fournie de façon officielle à Kinshasa, qui admet tout de même que toute la lumière n'a pas été faite sur cet assassinat. « Il y a des zones d'ombre que la commission n'a pu élucider » a précisé le procureur, avant de confirmer que certaines personnes arrêtées sur ordre de cette commission s'étaient « évadées ». Au total 155 personnes avaient été arrêtées ou entendues dans les jours qui ont suivi la mort de Kabila, et 104 sont toujours en prison, selon le procureur. 

Dès le début du conflit qui a opposé, à partir du mois d'août 1998, le Rwanda et l'Ouganda au gouvernement central de Kinshasa, «des groupes hostiles ont été constitués, dans le pays comme à l'étranger, pour fomenter un coup d'Etat» a ajouté le procureur Ngoy, selon qui « des collaborateurs de l'entourage du défunt président ont été recrutés par ces groupes ». Ces « groupes hostiles » sont aussi responsables, toujours selon le procureur, de l'assassinat, après le meurtre du chef de l'Etat, de onze ressortissants libanais vivant à Kinshasa pour « effacer des traces ».

Quel a été le rôle de l'Angola ? 

Cette version officielle, très attendue à Kinshasa comme dans les différentes diasporas congolaises, n'apporte aucune explication convaincante sur l'assassinat de l'ancien président Kabila. Elle ne cite même pas les deux personnages clé de l'affaire. Le premier est le colonel Eddy Kapend, chef d'état-major particulier du président assassiné, qui avait littéralement exécuté le garde du corps - le commandant Rashidi - qui venait d'ouvrir le feu sur Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier dernier au palais présidentiel. Considéré comme « le fidèle parmi les fidèles » de l'ex-président mais aussi « très proche de l'Angola », Eddy Kapend avait pris la parole à la télévision congolaise aussitôt après le meurtre et avait vraisemblablement écarté de la succession l'homme fort du moment : le ministre de l'intérieur, Gaëtan Kakudji. Sans toutefois tenter de se hisser lui même sur le fauteuil présidentiel désormais vacant. Eddy Kapend a été vite soupçonné d'avoir laissé des jeunes gardes du corps s'en prendre au président, coupable à leurs yeux d'avoir ordonné l'exécution de leur chef militaire, le général Anselme Masasu, en novembre 2000, au Katanga. Mais ce n'est que plus d'un mois après les faits qu'il a été mis aux arrêts, d'abord à Kinshasa et ensuite à l'est du pays. Question : a-t-il « parlé » ? Si oui, a-t-il confirmé les soupçons qui pèsent sur ses « amis » angolais, alors que ceux-ci sont aussi d'importants alliés de Joseph Kabila ? Aucune réponse n'a été fournie à Kinshasa par une commission d'enquête qui a disposé d'importants moyens, y compris celui d'arrêter des suspects.

Le deuxième personnage clé est le major Bora Uzima, lui aussi jeté au cachot fin février, mais qui a pu s'évader grâce à des complicités haut-placées et se trouve actuellement en Belgique. Il serait le véritable cerveau du complot. Selon le quotidien kinois Le Palmarès il aurait même admis sa participation à l'assassinat ; mais lors de son audition par la commission d'enquête il aurait « chargé » les éléments de la garde rapprochée, en ces termes : « J'avais demandé aux petits kadogos (jeunes militaires du Kivu qui ont soutenus Kabila dès le début de la révolte contre le président Mobutu) de ne pas en arriver jusqu'à tuer Kabila ; mais ils n'avaient pas voulu m'écouter ». Le gouvernement congolais aurait en vain tenté d'obtenir l'extradition de Belgique du major Bora Uzima. 

L'absence du major Bora Uzima a vraisemblablement rendue vaine toute tentative sérieuse d'aboutir à des conclusions probantes. Mais, dès sa mise en place, la commission d'enquête avait peu de chances de faire « toute la lumière » sur cet assassinat, et surtout d'examiner d'éventuelles complicités angolaises, pour une raison toute simple : créée par Joseph Kabila, elle compte en son sein des représentants de tous les alliés du régime de Kinshasa, à savoir le Zimbabwe, la Namibie et surtout l'Angola.

Опубликовано 12/02/2018 - Изменено 21/02/2019

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