Le président bolivien Evo Morales (G) lors de la commémoration du 40ème anniversaire de la mort du « Che », le 08 octobre 2007 à Vallegrande en Bolivie.
Le président bolivien Evo Morales (G) prononce un discours lors de la commémoration du 40ème anniversaire de la mort du leader révolutionnaire Ernesto «Che» Guevara, le 08 octobre 2007 à Vallegrande en Bolivie.
Aizar Raldes/AFP
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La récupération du « Che »

Il est de bon ton de couvrir l’ancien révolutionnaire Ernesto Guevara de véritables louanges. C’est en tout cas vrai pour les chefs de gouvernement latino-américains qui ont redécouvert le socialisme. Soigner, voire enjoliver la mémoire du « Che », fait aujourd’hui partie du répertoire obligatoire de leurs discours politiques. De Cuba au Venezuela, de la Bolivie à l’Argentine en passant par l’Équateur - la pensée du héros populaire est omniprésente. Cette nouvelle gauche a pourtant beau se parer de ses idées révolutionnaires, l’Amérique latine d’aujourd’hui n’est plus à l’ère guevariste.
По Stefanie Schüler -

Hugo Chavez n’hésite pas à servir l’image d’Ernesto Guevara à toutes les sauces, même les plus incongrues : ce lundi 8 octobre par exemple, le président vénézuélien a fait appel à l’icône rebelle pour lancer une campagne contre le vice sous toutes ses formes, à commencer par l’alcool. « Nous sommes l’un des pays au monde où l’on consomme le plus de whisky par tête d’habitant. Nous devrions être honteux ».

Déterminé à combattre ces « fléaux capitalistes », Hugo Chavez a donc décidé une augmentation significative des taxes sur les alcools importés. Son but, explique-t-il, est d’encourager ses « compatriotes à adopter le profil-type d’un homme nouveau », révolutionnaire bolivarien, aussi droit qu’intègre. Une référence explicite à Che Guevara. L’Amérique latine se trouve en pleine commémoration du 40ème anniversaire de la mort du «Che », et les mesures radicales passent mieux si on les justifie par la mémoire commune.

« Nous sommes guevaristes, socialistes, révolutionnaires ! »

Les temps où le « Che » servait politiquement avant tout à la légitimation du régime Castro à Cuba, sont bel et bien révolus. Depuis la fin des années 1990, l’héritage guévariste est aussi largement récupéré par certains leaders de la nouvelle gauche latino-américaine. Le maître absolu dans cette discipline est incontestablement Hugo Chavez. Mais ce n’est pas seulement le président vénézuélien qui puise dans l’image d’Ernesto Guevara une constante inspiration.    

Dans la même veine, le chef d’État bolivien Evo Morales a voulu marquer les esprits lors de son entrée en fonction en 2006 : en rappelant que le légendaire révolutionnaire a justement été assassiné en Bolivie, il a lancé le crédo de son mandat « Maintenant nous allons terminer la bataille que le ‘Che’ a commencé ».

Ce lundi 8 octobre 2007, le président de la Bolivie est arrivé tout vêtu de noir à la cérémonie de commémoration du 40ème anniversaire de la mort de « Che » Guevara à Vallegrande. C’était une nouvelle occasion pour Evo Morales de se poser en héritier du grand héros : « Je ne vois pas pourquoi occulter le fait que nous sommes guevaristes, socialistes, révolutionnaires. La lutte héroïque du ‘Che’ continuera jusqu’au changement des modèles économiques, je veux parler du capitalisme sauvage et inhumain », a-t-il lancé.

C’est en effet le combat contre « l’empire américain », contre lequel le « Che » s’insurgeait, qui unit aujourd’hui les leaders de la gauche latino-américaine aux tendances pourtant multiples.

« L’époque a changé »

Malgré toute la vénération portée à la mémoire d’Ernesto Guevara, certains leaders sud-américains se montrent toutefois plus prudents quand il s’agit de son appel à la lutte armée.   

« Dans les années 1960 et 1970, les gens ont pris les armes, avec raison, pour changer un système, un modèle, en quête de justice et d'égalité. Mais l’époque a changé », a tempéré récemment le président Evo Morales interrogé sur l’héritage du « Che ».

Même son de cloche en Équateur. Lors de sa victoire aux élections présidentielles en décembre 2006, Rafael Correa avait clamé le célèbre slogan du révolutionnaire « hasta la victoria siempre » (jusqu’à la victoire toujours) devant la foule de ses partisans enthousiastes. Cette semaine, le nouveau président équatorien a bien chanté en public des chansons en hommage du guérillero mais a déclaré en même temps que son gouvernement était d’abord préoccupé par les problèmes actuels, qui sont aujourd’hui bien loin des luttes des années 1960.

« Le Che est l'un des plus grands Latino-Américains de l'histoire, mais la nôtre est celle du socialisme du XXIe siècle », a souligné le président Evo Morales avant d’ajouter : « Nous ne croyons pas à la lutte des classes et au matérialisme dialectique. Nous sommes convaincus qu'il est possible d'apporter des changements profonds, radicaux, socialistes en s'appuyant sur les structures existantes et les moyens démocratiques ».

« Il est toujours le symbole du changement radical »

Malgré ces bémols apportés à l’importance de l’héritage du révolutionnaire dans la politique contemporaine, le « Che » continue à exercer une influence non négligeable sur la société de certains pays latino-américains : « En Amérique latine, le nom d’Ernesto Che Guevara entraîne encore aujourd’hui une véritable mobilisation politique. Pour des millions de personnes il est toujours le symbole du changement radical. Et pour cela, les gens n’ont plus besoin de croire en tout ce qu’il représentait autrefois », conclue l’un des plus connus biographes de Ernesto Guevara, John Lee Anderson.

Опубликовано 05/10/2017 - Изменено 05/10/2017

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