François Mitterrand, le 24 octobre 1984.
François Mitterrand, le 24 octobre 1984.
Keystone/Getty
Заметка

François Mitterrand, un parcours si français

Trente ans. Une génération. Le temps d’oublier pour beaucoup et la volonté de se souvenir pour les autres. Le 10 mai 1981 donc, la France passait à gauche, comme on passe à l’ennemi diront ceux qui jamais n’auraient cru cela possible. Et c’est François Mitterrand, un homme pétri des valeurs traditionnelles de la droite française, qui fera faire le grand saut à gauche à une France dirigée par la droite depuis des décennies.
По Claire Arsenault -

François Mitterrand est entré dans la vie politique « professionnelle » comme élu de la Nièvre en 1946, il a alors tout juste 30 ans. Il devient ministre des Anciens combattants l’année suivante dans le gouvernement du socialiste Paul Ramadier. Sous cette IVe République, il collectionnera les portefeuilles et notamment ceux de l’Intérieur sous Pierre Mendès France en 1954 et de la Justice en 1956 sous Guy Mollet au moment où les militaires reçoivent les pleins pouvoirs à Alger, ce qui en fait un acteur majeur de la guerre que mène la France en Algérie. Une période de sa vie dont les retombées compliqueront singulièrement les relations entre les deux pays durant les deux mandats de président qu’exercera Mitterrand entre 1981 et 1995.

À partir de 1958, François Mitterrand revêt, tel un pèlerin, les habits de l’opposant : à l’avènement de la Ve République d’abord, puis à celui qui l’incarne, Charles de Gaulle. Sa traversée du désert durera sept ans pendant lesquels il s’enracinera dans la Nièvre. Retour en première ligne, en 1965, où il fait sa première campagne présidentielle ; il parvient à mettre de Gaulle en ballottage. Puis en 1974, à la tête d’un nouveau Parti socialiste, il échoue une nouvelle fois de peu avant de remporter enfin la magistrature suprême en 1981 qu’il conserve jusqu’en 1995.    
 
Le parcours de François Mitterrand apparaît alors comme une ligne directe de la gauche à la gauche. Pourtant, ses origines familiales font de lui un jeune homme de droite qui a reçu une éducation totalement conforme aux valeurs de ce milieu « petit bourgeois » de province. Catholique évidemment, bon élève, de sa Charente natale il « monte » à Paris en 1934 son bac en poche, pour mener de front des études de lettres, de droit et de sciences politiques. Il loge chez les Pères maristes au 104 de la rue de Vaugirard ; on y assiste à la messe, on y fait des retraites…
 
Des amis de jeunesse  
 
C’est dans les rues de la capitale, alors agitée par de très violentes manifestations, que François Mitterrand entre en contact avec l’extrême droite. Très logiquement il adhère aux Croix de Feu du colonel de La Rocque, une organisation de droite, nationaliste, antiparlementaire et anti-communiste mais ni fasciste, ni antisémite. Longtemps niée par le futur candidat de la gauche socialiste, il ne reconnaîtra que bien tardivement cette embardée aux confins de la droite, jusque chez les partisans de l’Action française…
 
Ces années troubles feront l’objet d’un ouvrage signé de Pierre Péan, Une jeunesse française. François Mitterrand (1934-1947). À la même époque François Mitterrand et plusieurs jeunes gens logés comme lui chez les maristes au  « 104 », fréquentent des membres de La Cagoule, surnom d’une organisation secrète d’extrême droite bien teintée de fascisme. Mais si cet intérêt porté par le jeune Mitterrand à La Cagoule ne s’est pas transformé en adhésion, il en a tout de même conservé de solides relations tout au long de sa vie.  
 
Deux versants du même homme
 
« Je ne suis pas né à gauche, encore moins socialiste. Il faudra beaucoup d'indulgence aux docteurs de la loi marxiste, dont ce n'est pas le péché mignon, pour me le pardonner », disait de lui François Mitterrand dans Ma part de vérité aux éditions Fayard en 1969. Les années « Vichy » ne contribueront pas davantage à ancrer Mitterrand à gauche. Mobilisé en 1940, blessé, fait prisonnier puis évadé, il file à Vichy et rejoint l’administration où il s’occupe de la réinsertion des prisonniers. 1943 sera l’année où il reçoit la Francisque des mains du maréchal Pétain, pour lequel il avoue son admiration, et celle où il rejoint la résistance sous le nom de « Morland » ; deux versants du même homme…
 
Toute sa vie, l’homme politique Mitterrand serpentera ainsi entre l’ombre et la lumière, créant des alliances avec les uns ignorées des autres. Tous ceux qui l’ont côtoyé évoquent la force des réseaux agissant autour de François Mitterrand et dont la principale caractéristique était l’étanchéité. Il y avait ceux du rocher de Solutré, ceux de la Nièvre, ceux d’Epinay et puis tous ceux dont l’origine se perdait dans les méandres d’une vie politique aussi longue que  féconde et compliquée. « Je crois aux forces de l’esprit », disait encore, énigmatique, François Mitterrand lors de ses derniers vœux présidentiels le 31 décembre 1994, « et je ne vous quitterai pas ». Une ultime façon de redire son appartenance à ses racines familiales et philosophiques, en somme bien éloignées de la politique.

Опубликовано 23/09/2015 - Изменено 11/01/2018

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias