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Centrafrique : «Le bilan de l'indépendance est très mitigé»

Henri Maïdou.
Henri Maïdou.
Fiacre Vidjingninou / AFP
Le 13 août 1960, la Centrafrique devient officiellement indépendante. À la tête de ce long chemin, on retrouve Barthélémy Boganda qui meurt dans un accident d’avion en mars 1959 ou encore David Dacko qui devint le premier président du pays. Henri Maïdou a alors 18 ans, il est enseignant à Mobaye dans le sud-est du pays. Il prendra plus tard des charges importantes en Centrafrique. Il fut notamment Premier ministre du pays et vice-président du pays. Il est un témoin majeur de l’histoire politique centrafricaine et il pose son regard sur cette période.

03'24'' - Première diffusion le 13/08/2020

Le 13 août 1960, la République centrafricaine proclame son indépendance. Quel souvenir avez-vous de cette journée ?

Henri Maïdou : Je n’ai pas de très grands souvenirs de ce jour-là, j’étais en brousse. Mais à ce que je sais, la cérémonie a été assez restreinte. Elle était surtout officielle et limitée au niveau du gouvernement.

Vous étiez professeur, vous faisiez déjà partie d’une élite intellectuelle. Comment avez-vous accueilli l’annonce de cette indépendance ?

C’était une très bonne chose que le pays soit libéré. Libéré, c’est peut-être trop dire, mais a obtenu son indépendance. On était content, on avait le sentiment d’appartenir à une entité différente de ce qu’on avait été jusque-là. Mais, l’indépendance pour moi était une très bonne chose, parce que cela nous permettait de nous épanouir en toute chose. Pendant la colonisation, il n’y avait qu’un seul ou deux établissements secondaires, parlant de l’enseignement. Donc à l’indépendance, on avait la possibilité d’agir par nous-mêmes et de planifier nos actions en tant qu’instituteur à l’époque, c’est à cela que je pense. Sur le plan politique, il n’y a pas de difficulté particulière. Nous simples citoyens, on n’a pas pu prendre une part active. A cette époque, c’était le président Barthélémy Boganda, Abel Goumba et autres qui ont joué ce rôle. Moi, j’étais très jeune encore à l’époque, j’avais 18 ans. Je n’avais pas très grande conscience de cela. Le changement a été, disons, un changement, je ne veux pas dire de surface, mais c’est un changement de nom. On est devenu indépendants. Nous, on avait conscience qu’une chose, qu’une mutation s’était opérée. Mais sans plus.

Quel était l’état d’esprit ?

Un bouillonnement, surtout au niveau des élites, mais pas la grande masse. La grande masse, ce qu’elle appréciait c’était d’être devenue libre, parce qu’elle n’était plus soumise aux travaux forcés, aux arrestations arbitraires, etc. Le changement pour la population, c’était de ne plus être arrêtée par l’administration et de subir des sévices comme dans le passé. Avec l’indépendance, c’était fini : les travaux forcés pour aller faire du coton, ramasser un certain nombre de choses, des kilos de caoutchouc à ramener à la maison et de donner à l’administration. C’était cher payé d’un point de vue personnel, physique.

En 1960, à quoi ressemblait la présence française ici ?

C’était la France qui administrait tout. Donc elle était présente dans toutes les administrations, dans toutes les structures, que ce soit dans la santé, dans l’enseignement, dans l’agriculture. C’était la France. Donc, c’était des assistants techniques français.

Et après la signature de l’indépendance, est-ce que cela a changé ?

Les Centrafricains ont pris la place comme administrateurs dans les provinces, dans les services. Il y avait un gouvernement composé de Centrafricains. Le grand changement, c’était surtout la présence d’un gouvernement national.

À cette époque, il reste de nombreux conseillers français qui épaulent à la fois le gouvernement, les administrations. Comment c’était perçu ?

Il y avait beaucoup d’administrateurs, parce qu’il n’y avait personne pour faire le travail qu’ils faisaient. Il n’y avait pas de Centrafricains qui soient en mesure de faire le travail qu’ils faisaient. Donc leur présence était admise, tout à fait naturellement. Et le gouvernement avait besoin d’eux pour faire ce qu’ils avaient à faire.

Est-ce que vous diriez que l’indépendance a rebattu les cartes des relations bilatérales entre la France et la Centrafrique ?

Pas tellement de mon point de vue. On fait encore appel à des Français ou à d’autres pour faire ce qu’on aurait pu aujourd’hui faire nous-mêmes.

Nous célébrons les 60 ans de l’indépendance. Quel bilan, faites-vous ?

Très mitigé, pour ne pas dire négatif. Pour moi, surtout la Centrafrique n’a pas subi un grand changement, une grande mutation depuis 60 ans. On n’a pas fait ce que les autres pays voisins ont pu faire. Il manque tout. Il manque les infrastructures scolaires, sanitaires, agricoles et sociales. Nous n’avons pas su faire face à nos charges de manière correcte.

Vous n’estimez pas que la France a sa part de responsabilités aussi dans tout cela ?

Oh, je ne peux pas le dire. Si nous-mêmes, nous avions pris la responsabilité de nous prendre en charge… La situation d’aujourd’hui ne peut pas incomber aux étrangers ou à d’autres personnes qu’à nous-mêmes comme responsables de notre situation.

Est-ce que les pays voisins de la Centrafrique possèdent des choses que la Centrafrique n’a pas ?

Les autorités de ces pays gèrent mieux peut-être que nous ici. On ne peut pas impliquer cela à autre chose qu’une mauvaise gestion. Et puis, il y a les guerres permanentes. Nous avons eu l’indépendance la même année que tous les pays de l’ancienne AEF. On ne comprend pas que la République centrafricaine qui est nantie de ressources naturelles importantes, plus que ces pays dans certains cas, soient aussi en retard. Dans le même contexte. Ils n’étaient pas plus avancés que nous. Cela me rend triste, très triste.

Qu’est-ce qu’il faut selon vous pour rattraper tout cela ?

Il faut prendre de bonnes résolutions de bonne gouvernance. Il n’y a que ça qu’on puisse dire.

Опубликовано 14/08/2020 - Изменено 14/08/2020 - По Charlotte Cosset

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