Un responsable électoral congolais de la CEI explique le processus de vote dans le district central de Kinshasa, le 30 juillet 2006. Gianluigi Guercia / AFP
Un responsable électoral congolais de la CEI (Commission électorale indépendante) explique le processus de vote dans le district central de Kinshasa, le 30 juillet 2006.
Gianluigi Guercia / AFP
Хронология

2003-2006: La transition vers les élections

25,6 millions de Congolais sont appelés aux urnes le 30 juillet 2006 dans quelque 50 567 bureaux de vote. 33 candidats se présentent à la présidentielle et 9 707 se disputeront 500 sièges aux législatives qui se déroulent le même jour. Les cinq années de guerre régionale se sont soldées par au moins 300 000 morts et par la destruction du peu d’infrastructures qui avaient survécu à quarante ans de mobutisme. Les effets indirects de la guerre ont été plus lourds encore, en pertes en vies humaines, mais aussi parce que s’est organisé le pillage des ressources naturelles du pays. Ce pillage protéiforme s’est poursuivi pendant les trois années d’âpres négociations qui ont vu les anciens seigneurs de la guerre se partager le pouvoir dans une transition politique. Celle-ci s’achève pour eux sur des perspectives inégales dans un Congo toujours hypothéqué par l’insécurité qui perdure.
По Monique Mas -

2003
7 avril : Consacré président de la transition, Joseph Kabila prête serment sur la nouvelle Constitution qui organise le partage du pouvoir jusqu’aux élections. La transition est conduite par un attelage composé du président et de quatre vice-présidents.
14 avril : À l’issue de pourparlers engagés le 4 avril avec les factions rebelles, la Commission de pacification de l’Ituri institue une « administration spéciale intérimaire de l’Ituri ».
24-26 avril : Le retrait des troupes ougandaises s’accélère. Plus de 1 600 soldats s’envolent de l’aéroport de Bunia pour Entebbe. D’autres partent par la route.
29 avril : Des fusillades opposent entre eux les représentants des milices (lendu et hema) et de l’UPC (hema) qui composent la police militaire des Forces armées congolaises (FAC) chargée de sécuriser Bunia.
12 mai : L’UPC de Thomas Lubanga reprend Bunia, chef-lieu de l’Ituri.
16 mai : Sous l’égide de Joseph Kabila, cinq milices tribales signent un cessez-le-feu à Dar Es-Salaam : l’UPC (à majorité hema) de Thomas Lubanga, le Front des nationalistes et intégrationnistes (FNI, à majorité lendu) de Justin Gopa Lobo, les Forces armées du peuple congolais (FAPC), les Forces populaires pour la démocratie au Congo (FPDC) et le Parti pour l’Unité et la sauvegarde de l’intégrité du Congo (PUSIC).
26 mai : Le RCD-Goma suspend sa participation au Comité de suivi des Accords de Sun City en invoquant « un blocage et la mauvaise foi du gouvernement » sur la question de l’armée. Il exige le commandement de l’état-major de l’armée de terre.
30 mai : Le RCD-Goma obtient gain de cause et revient au Comité de suivi.

Une force européenne, Artémis, en Ituri

5 juin 2003 : Au Luxembourg, les ministres de l’Union européenne entérinent l’envoi d’une force commune en RDC dans le cadre d’une opération baptisée Artémis, placée sous le commandement français du général Jean-Paul Thonier et déployant 1 700 hommes dont 900 Français. L’objectif est de rétablir la sécurité à Bunia, chef-lieu de l’Ituri. Le budget d’Artémis est entièrement à la charge des pays participants. Sa durée est limitée à trois mois, jusqu’au 1er septembre, un contingent supplémentaire de la Monuc devant être déployé d’ici août 2003, avec des soldats sud-africains en renfort des 700 Uruguayens déjà sur le terrain.
6 juin : Arrivée à Bunia (250 000 habitants) de quelques dizaines d’éléments précurseurs français, d’une soixantaine de Canadiens et d’une douzaine de Belges pour sécuriser l’aéroport et assurer la logistique de l’opération Artémis.
6 juin : Le président ougandais Yoweri Museveni limoge le commandant en chef de l’armée ougandaise, le major-général James Kazini. L’Onu accusait ce dernier d’orchestrer le pillage de la RDC. Kazini est remplacé par le major-général Aronda NyakaYirima qui commandait les forces déployées au nord de l’Ouganda contre les rebelles de l’Armée de résistance du seigneur, LRA.
10 juin : Les premières troupes de combat d’Artémis arrivent à Bunia, via l’aéroport d’Entebbe qui dessert la capitale ougandaise, Kampala.
11 juin : Tandis que des Mirages 2000 de l’opération Artémis survolent Bunia, en Ituri, le Conseil de sécurité exige « l’arrêt immédiat des combats dans les deux Kivu », où les affrontements ont repris entre RCD-ML et RCD-Goma.

Kabila et ses quatre vice-présidents

Abdoulaye Yerodia Ndombasi (mouvance Kabila), Azarias Ruberwa (ex-rebelle RCD), Arthur Zahidi Ngoma (opposition non-armée), Jean-Pierre Bemba (ex-rebelle MLC).

Les quatre vice-présidents du gouvernement de transition (G à D): Abdoulaye Yerodia Ndombasi (mouvance Kabila), Azarias Ruberwa (ex-rebelle RCD),
Arthur Zahidi Ngoma (opposition non-armée), Jean-Pierre Bemba (ex-rebelle MLC). I AFP

30 juin 2003 : Sun City a fixé l’anniversaire de l’indépendance du Congo comme date butoir pour l’installation du gouvernement de transition. Le président Joseph Kabila nomme son gouvernement et ses quatre vice-présidents : Abdoulaye Yerodia Ndombasi, issu de sa mouvance, Jean-Pierre Bemba du MLC, Azarias Ruberwa, président du RCD-Goma et, pour l’opposition politique, non point le père-fondateur de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, mais Arthur Zahidi Ngoma, chef d’un micro-parti de circonstance.
17 juillet : Les quatre vice-présidents de la transition prêtent serment et sont investis dans leurs nouvelles fonctions à Kinshasa.
18 juillet : Les 35 ministres et les 25 vice-ministres de la transition ne viennent pas tous prêter serment à Kinshasa. Les représentants des ex-rébellions du MLC et du RCD-Goma manquent à l’appel.
25 juillet  : Plusieurs dizaines de personnes, en majorité hema, sont massacrées par des miliciens lendu dans des villages situés à 80 kilomètres au nord de Bunia.
28 juillet : La résolution 1489 double les effectifs militaires de la Monuc pour atteindre 10 800 hommes. La résolution 1493 prononce un embargo sur les armes à destination du Nord et du Sud-Kivu.
Nguza Karl i Bond meurt à Kinshasa à 65 ans. Il s’était retiré des affaires politiques en 1995 après une attaque cardiaque qui l’avait laissé amnésique.
1er septembre : Une brigade de 3 800 casques bleus de la Monuc prend la relève de l’opération Artémis dans l’Ituri.

2004
14 mai : Six des sept groupes armés opérant en Ituri signent un «acte d’engagement de Kinshasa», promettant de déposer les armes.
16 mai : Le gouvernement de transition s’entend sur la nomination des gouverneurs et des vice-gouverneurs des onze provinces.

L'Est toujours à feu et à sang

26 mai-2 juin : Deux chefs de guerre issus de la communauté des Banyamulenge et dissidents du RCD-Goma, le général Laurent Nkunda et le colonel Jules Mutebusi disputent le contrôle de Bukavu (Sud-Kivu) au commandement militaire des nouvelles Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc). Ces dernières sont chassées de la cité lacustre le 2 juin.
9 juin : Sur des pressions internationales, les soldats dissidents quittent Bukavu.
13 août : Des rebelles hutu basés en RDC massacrent 159 Banyamulenge réfugiés dans le camp burundais de Gatumba, à la frontière du Sud-Kivu. Accusant Kinshasa d’être impliqué dans la tuerie, le président du RCD-Goma, vice-président de la transition congolaise, Azarias Ruberwa, suspend pendant dix jours sa participation aux institutions de transition.
1er octobre : La résolution 1565 place la Monuc sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies (1). Son effectif maximum en personnels en uniforme est porté à 17 175 hommes.

2005
14 février : La Monuc installe à Kisangani un état-major chargé de coordonner l’action de quelque 12 000 casques bleus en Ituri et dans les provinces des deux Kivu et du Katanga toujours en proie à l’insécurité.  
25 février : Neuf casques bleus du Bangladesh sont tués près de Bunia, en Ituri, dans l’attaque d’un convoi de la Monuc par des miliciens lendu du Front des nationalistes intégrationnistes (FNI).
30 mars : Sous les auspices de la communauté catholique italienne de San Egidio, les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) demandent l’ouverture de pourparlers de paix. Ils seraient entre 10 et 15 000 toujours actifs en RDC.
18 avril : La résolution 1596 du Conseil de sécurité étend à tout le pays l’embargo sur les armes frappant les deux Kivu.
16 mai : Le Parlement de transition adopte la Constitution de la Troisième République.
30 juin : Manifestations et répression sanglante marquent le report des élections générales initialement programmées à cette date et reportées de douze mois. Etienne Tshisekedi continue de dénier toute légitimité aux institutions de transition dont il boycotte les préparatifs électoraux.
14 décembre : Le Parlement prolonge officiellement la transition jusqu’au 30 juin 2006.
15 décembre : Une plate-forme politique, la Coalition des démocrates congolais (Codeco) désigne un ancien ministre de Mobutu, ancien gouverneur de la Banque centrale et ex-patron de la Gécamines, Pierre Pay Pay, comme son candidat à la présidentielle de 2006.

Nouvelle Constitution et calendrier électoral

18 décembre 2005 : La Constitution concoctée par les institutions de transition est adoptée par référendum à plus de 84% des suffrages exprimés, avec un taux de participation de 62%.

2006
23 janvier :
 Huit casques bleus du Guatemala sont tués dans l’est lors d’un accrochage imputé à des rebelles ougandais.
18 février : Joseph Kabila promulgue la nouvelle Constitution.

Etienne Tshisekedi (ici en 2001) appelle au boycott des élections 2006. AFP/Etienne Ansotte

Etienne Tshisekedi (ici en 2001) appelle au boycott des élections 2006. I Etienne Ansotte/AFP

9 mars : La date des différents scrutins est promulguée. Etienne Tshisekedi maintient son mot d’ordre de boycott de l’UDPS.
1er juin : Les députés allemands votent l’envoi de 780 soldats en RDC dans le cadre de la force Eufor-RDC dont les quelque 1 600 hommes appuieront la Monuc pendant les élections.
6 juin : Joseph Kabila déclare à Kamina que la date des élections est « irréversible ».
10 juin : L’Afrique du Sud livre à Kinshasa un premier lot de 42 tonnes de bulletins de vote dont elle est chargée de l’impression.
12 juin : L’UE confie à l’Allemagne le commandement de l’opération Eufor dont 450 éléments seront basés à Kinshasa et 1 100 stationnés au Gabon.
17 juin : 23 partis politiques et plusieurs centaines de candidats aux législatives forment un Regroupement des nationalistes congolais (Renaco) qui outre le chef du MLC, Jean-Pierre Bemba, rassemble nombre d’anciens mobutistes.
22 juin : À l’initiative de l’UDPS, qui a décidé de boycotter les scrutins, une cinquantaine de partis et d’associations se regroupent dans un Front pour la défense du Congo (FDC) et réclament des « concertations politiques et un calendrier électoral plus réaliste ». Parmi eux, Joseph Olengakhoy, candidat du Fonus à la présidentielle et plusieurs centaines de candidats aux législatives. La Commission électorale indépendante (CEI) déclare recevables 13 371 candidatures aux élections provinciales.
24 juin : 31 partis se regroupent dans une Alliance de la majorité présidentielle (AMP) chargée de soutenir la candidature de Joseph Kabila à la magistrature suprême. L’ancien secrétaire général du MLC de Jean-Pierre Bemba, Olivier Kamitatu, en devient le porte-parole.
27 juin : Dans la cité minière de Kolwezi (Shaba), la société publique Gécamines passe officiellement la main à la société mixte Kamoto Copper Company (KCC) détenue à 75% par le groupe privé belgo-canadien Kinross Forest Limited (KCC). Une cérémonie organisée par la mouvance Kabila marque le redémarrage de l’exploitation du cuivre et du cobalt laminée par la décrépitude de la Gécamines. Celle-ci a été dépecée en une trentaine de joint-ventures depuis le début de la transition en 2003.

La campagne électorale démarre

29 juin : La campagne officielle pour les élections en RDC démarre à minuit. Elle s’achèvera le 28 juillet à minuit. Le porte-flambeau du Parti lumumbiste unifié (Palu), l’octogénaire Antoine Gizenga, appelle les nationalistes de l’UDPS à voter pour lui.
30 juin : 10 personnes trouvent la mort à Matadi, près de Kinshasa, à l'embouchure du fleuve Congo, lorsque les forces de l’ordre tirent sur une manifestation organisée par un mouvement politico-religieux partisan de l'autonomie de la province du Bas-Congo. À Kinshasa, scandant qu'il n'y aura « pas d'élections sans Tshisekedi », des militants de l'UDPS s’affrontent à des partisans du Parti lumumbiste unifié (Palu) d'Antoine Gizenga.
2 juillet : Après plusieurs jours de combats contre l’armée congolaise, des miliciens des Forces de résistance patriotique en Ituri (FRPI) reprennent leur ancien bastion de Tchei, à environ 80 kilomètres au sud-ouest de Bunia, chef-lieu d'Ituri.
Deux hélicoptères d'attaque de la Monuc essuient des tirs d'armes légères. Les combats font 30 à 50 000 déplacés de plus dans la région.
4 juillet : Une vingtaine de « petits candidats » à la présidentielle dénoncent «l'impression de plus de 5 millions de bulletins de vote excédentaires, reconnus par la Commission électorale indépendante» ainsi que « l'enrôlement frauduleux de 60 000 étrangers aux frontières sud-ouest du pays ».

Carte des provinces de la République démocratique du Congo en 2006

 

(1) Le chapitre VII prévoit que le Conseil de sécurité peut, en dernier recours, décider « des actions armées par air, mer ou terre autant que nécessaire pour maintenir ou restaurer la paix et la sécurité internationales»

Опубликовано 14/02/2019 - Изменено 21/05/2019

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