La Grande Mosquée Djenné (1907) à Mopti au Mali. DeAgostini / Getty Images
La Grande Mosquée Djenné (1907) à Mopti au Mali.
DeAgostini / Getty Images
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Soundjata : aux sources de l’épopée

La nouvelle version de l’épopée du Mali, proposée par Drissa Diakité, est le fruit de toute une carrière de recherches. Elle renouvelle et précise les connaissances sur l’histoire de l’ancien Empire du Mali, tout en amplifiant le récit, devenu classique depuis les premières publications des années 1960.
По Thierry Perret -

On connaît le personnage de Soundjata, fondateur au XIIIe siècle de l’Empire du Mali. Historiquement, son nom évoque les temps fastueux d’une Afrique précoloniale et de royaumes prospères, puissants, organisés, dont la mémoire survit encore aujourd’hui.

Dans sa thèse sur Soundjata, Jan Jansen rappelle que « la célébrité de ce personnage ne se manifeste pas seulement dans les manuels d’histoire. Des millions de personnes en Afrique occidentale font remonter leur origine jusqu’à Soundjata ou l’un de ses proches… Elles sont conscientes et fières de la “charge” historique que Soundjata leur a conférée. » 

Cette histoire est véhiculée par les griots, détenteurs des récits qui se sont préservés au long des générations sur les hauts faits de Soundjata, lesquels constituent l’épopée mandingue. Djibril Tamsir Niane en a donné une transcription littéraire en 1960 qui, souligne Liliane Kesteloot dans son Histoire de la littérature négro-africaine, fut immédiatement considérée comme un classique et intégrée aux programmes littéraires. « On prit conscience qu’il existait réellement une grande littérature orale de type médiéval en Afrique », précise-t-elle.

Une version au carrefour de multiples versions

Maintes versions de l’épopée, souvent de simples traductions des récits de griots produites par des chercheurs, ont depuis été proposées. Il fallait donc être bien armé pour oser en proposer une nouvelle qui est, de fait, une lecture profondément rénovée de l’épopée mandingue : le Kuyatè de Drissa Diakité est sans doute appelé à faire date, comme l’indique en préface Moussa Sow, car il s’agit à la fois d’un travail de compilation exceptionnel permettant, sur bien des points, une complète réinterprétation de ce récit fondateur ; et d’une composition littéraire donnant un nouveau souffle à la légende.

Drissa Diakité est historien, et c’est en historien qu’il s’est préoccupé d’élargir les sources de l’épopée, grâce à un recensement systématique de ses très nombreuses versions. Il peut ainsi, grâce à ce travail patient et méthodique, mettre en lumière le rôle de personnages et de clans, de catégories sociales, d’institutions peu évoqués dans les récits classiques, mais dont les témoignages annexes regorgent. 

C’est aussi en historien qu’il s’est attaché à proposer un texte épique respectueux de la verve et des procédures oratoires des griots, tout en apportant chaque fois qu’il le jugeait nécessaire des éclaircissements propres à réduire la part énigmatique de tant de passages. Il aboutit ainsi à un récit à la fois rythmé, scandé, où l’éloquence continue à dominer, mais complété d’abondantes précisions factuelles et de développements didactiques, sous une forme généralement équilibrée dont on se doute qu’elle a été longuement élaborée.

Drissa Diakité, ancien doyen de la faculté des Lettres et sciences humaines de Bamako, et qui fut aussi un militant actif du renouveau démocratique au Mali, détaille dans son avant-propos la large moisson qui fut la sienne, en une trentaine d’années de recherches sur le terrain et de lectures, pour parvenir à une épopée mandingue qui est « à la convergence de toutes ces versions ». Le titre de son ouvrage témoigne de l’approche qui fut la sienne : Kuyatè, plutôt qu’un « Soundjata » de plus, pour mettre l’accent sur les paroles des traditionnalistes et notamment ceux du clan Kuyate, ces premiers griots du Manden (mandingue en bambara). Mais aussi, pour l’historien, afin de délivrer un message : « les croisés contre la tradition orale » sont de retour, s’émeut-il. Or celle-ci, démontre par l’exemple Drissa Diakité, ne demande qu’à être encore et toujours explorée, dans toute l’étendue de ses richesses.

Kuyatè, la force du serment, aux origines du griot mandingue, par Drissa Diakité. Préface de Moussa Sow. Éditions L’Harmattan (coédition La Sahélienne).

À noter : Soundiata de Djibril Tamsir Niane est disponible aux Éditions Présence africaine. Liliane Kesteloot a elle-même publié en édition jeunesse un Soundiata, l’enfant-lion (Éditions Casterman).

Опубликовано 17/05/2019 - Изменено 17/05/2019

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