Le Premier ministre indien Manmohan Singh arrive pour rencontrer son homologue népalais Sher Bahadur Deuba à New Delhi le 09 septembre 2004.
Le Premier ministre indien Manmohan Singh arrive pour rencontrer son homologue népalais Sher Bahadur Deuba à New Delhi le 09 septembre 2004.
Ravi Raveendran / AFP
Заметка

L'Inde reprend son aide militaire

Première à sanctionner le roi Gyanendra pour avoir renversé le gouvernement élu et s’être arrogé les pleins pouvoirs, l’Inde a opéré un brusque revirement lundi en annonçant une prochaine livraison d’armes au régime de Katmandou. Cette décision, qui intervient à la suite d’une rencontre le 23 avril 2005 entre le Premier ministre indien, Manmohan Singh, et le souverain népalais, en marge du somment Afrique-Asie de Djakarta, a provoqué une polémique en Inde où plusieurs partis d’opposition de gauche ont accusé le gouvernement d’apporter son soutien au pouvoir autoritaire du roi Gyanendra.
По Mounia Daoudi -

L’Inde avait exigé du régime de Katmandou le rétablissement de la démocratie avant toute nouvelle aide militaire destinée à soutenir l’armée régulière de ce petit royaume himalayen engagée depuis 1996 dans une guerre civile sans merci contre la rébellion maoïste. Une guerre fratricide qui en moins de dix ans a fait plus de 11 000 morts et des dizaines de milliers de réfugiés. Mais il semblerait bien que cette exigence, dont le but était de faire plier le régime en place, ne soit plus aujourd’hui à l’ordre du jour et que le gouvernement de New Delhi se soit résigné à ne plus faire pression sur le roi Gyanendra pour qu’il lève l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis son coup de force du 1er février et qu’il rétablisse les droits fondamentaux. La décision de lever l’embargo sur les armes à destination du Népal a en effet été annoncée à un groupe de journalistes par le ministre indien des Affaires étrangères, Natwar Singh, au retour du sommet Afrique-Asie qui s’est achevé en Indonésie. Elle a été confirmée par un haut responsable indien qui a précisé que « l’Inde allait très bientôt reprendre ses livraisons
d’armes
».

Durant le week-end du 23 et 24 avril 2005, le roi Gyanendra avait déjà laissé entendre, en personne, que le gouvernement de New Delhi allait rapidement infléchir sa position. À l’issue de sa rencontre qualifiée de « franche et cordiale » avec Manmohan Singh –première du genre depuis le renversement du gouvernement élu, elle a duré près de quarante-cinq minutes–, le souverain avait en effet annoncé que la livraison de fournitures militaires indiennes allait se poursuivre. « Nous sommes tombés d’accord sur certaines choses et avons reçu l’assurance que les livraisons militaires continueraient », avait-il déclaré. Le monarque avait même sous-entendu que le changement d’attitude du grand voisin indien n’était en rien imputable à un engagement quelconque de Katmandou de rétablir l’état de droit. Comme on lui demandait quand il lèverait l’état d’urgence, Gyanendra a en effet rétorqué : « nous avons déjà demandé des élections municipales, la question de l’état d’urgence viendra en son temps ». Selon lui, la situation sur le terrain est en train d’évoluer progressivement à l’avantage des forces gouvernementales et l’organisation, d’ici un an, d’un scrutin local doit être considérée comme un premier pas dans la restauration de la démocratie au Népal.

Éviter une extension du conflit

Ce revirement de New Delhi est loin d’être anodin. Premier soutien militaire du petit royaume himalayen avec qui elle partage plus de 1 700 kilomètres de frontière terrestre –Katmandou a reçu quelque 68 millions de dollars d’aide ces cinq dernières années– l’Inde craint en effet une expansion de la guérilla maoïste sur son territoire. Et si elle a été la première à réagir pour condamner le coup de force du roi Gyanendra et imposer des sanctions à son régime dans l’espoir de le voir rétablir l’état de droit, elle pouvait difficilement maintenir cette position face à la recrudescence des violences au Népal. Et cela d’autant plus que son voisin et rival pakistanais s’est empressé de proposer au nouvel homme fort de Katmandou de lui fournir des armes et que la Chine, où le monarque népalais s’est arrêté de retour d’Indonésie, pourrait bien faire de même.

Dans ce contexte, New Delhi, dont les relations avec Islamabad et Pékin ont connu ces dernières semaines une brusque embellie, ne pouvait qu’assouplir sa position à l’égard du régime népalais. Mais cette nouvelle attitude ne signifie toutefois pas que le gouvernement de Manmohan Singh abandonnera ces pressions pour un retour de la démocratie chez son petit voisin himalayen. Lors de sa rencontre avec le roi Gyanendra, le Premier ministre a en effet une nouvelle fois insisté sur l’importance qu’il y avait à prendre des mesures rapides en vue d’une restauration de l’état de droit.

Ce revirement des autorités indiennes n’a pas surpris l’ancien général indien Ashok Mehta, également expert des relations entre les deux pays. « Cela devait arriver tôt ou tard », a-t-il en effet affirmé soulignant que New Delhi, qui s’est engagé à moderniser l’armée royale népalaise, pouvait difficilement maintenir un embargo sur les fournitures militaires à son voisin. Il a cependant émis des doutes quant au fait que le Premier ministre Manmohan Singh ait accepté de reprendre les livraisons d’armes sans contrepartie concrète du roi Gyanendra. « Si c’est le cas alors on peut considérer qu’il s’agit d’un échec pour notre diplomatie. Un échec d’autant plus cinglant qu’il concerne le Parti du Congrès qui a traditionnellement défendu une position de fermeté à l’égard de la monarchie népalaise », a-t-il ajouté. Le dimanche, plusieurs partis d’opposition de gauche, dont le Parti communiste indien –allié clé du Parti du Congrès– ont violemment condamné la décision du gouvernement de reprendre sa coopération militaire avec Katmandou la jugeant « mauvaise et injustifiée ».

Опубликовано 06/07/2017 - Изменено 11/07/2017

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