Le port de Nuuk, ville où se tient la réunion.
Le port de Nuuk, ville où se tient la réunion.
Creative Commons / Wikimedia
Заметка

Les routes de l’Arctique au cœur d'une réunion ministérielle

La 7e réunion ministérielle du Conseil de l'Arctique se déroule le 12 mai 2011 à Nuuk, au Groenland. Les enjeux stratégiques et la répartition des richesses du sous-sol arctique sont au menu des discussions. Le Conseil de l'Arctique comprend huit pays : le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Russie, la Suède et les États-Unis. Sont-ils capables de s’entendre sur la gestion de l'Arctique ?
По Agnieszka Kumor -

Dans sa quête des réserves d'hydrocarbures, le monde se tourne aujourd'hui vers le Grand Nord. L’Arctique regorge de ressources naturelles et son exploration ne date pas d’hier. Les Américains exploitent le pétrole en Alaska depuis le début du XXe siècle. Des gisements gaziers ont été mis en exploitation par les Norvégiens et les Russes en mer de Barents. Il s'agit ici surtout de l’exploitation des zones côtières. Or, l’actuelle fonte des glaces a donné accès à de nouvelles ressources énergétiques situées en mer, ressources qui sont l'objet de nombreuses convoitises.  

D’après l’Institut américain d’études géologiques (USGS, en anglais), l’Arctique renfermerait 30 % des réserves de gaz et 13 % des réserves de pétrole non encore découvertes dans le monde. Antoine Dubreuil, doctorant à l'Université Panthéon-Assas et spécialiste de l’Arctique, précise : « Il existe des gisements potentiels d’hydrocarbures qui seraient encore à découvrir à l’ouest du Groenland, en mer de Beaufort entre le Canada et l’Alaska, et dans l’Arctique russe, au nord de la Sibérie ». Il s’agit de zones encore gelées, mais leur accessibilité n’est qu’une question de temps. Le sol contient aussi de  l'argent, de l'or, du fer, du cuivre, et même des diamants.

Les autoroutes maritimes

L'accélération de la fonte des glaces a aussi libéré des passages maritimes. La route vers la Chine ou le Japon est beaucoup plus courte par le pôle Nord que par le canal de Suez ou de Panama. C’est un aspect attractif en apparence, mais qui laisse les armateurs dubitatifs, car ces routes ne sont praticables qu’en été. Dans l’Arctique le temps de trajet est conditionné par la météo. Les risques de délais, dus à la prise de glace précoce, seraient plus importants que les gains perçus, comme en témoigne Frank Dedenis, président de Maersk France : « Il n’est pas sûr que ce passage soit navigable prochainement. D’abord, parce que plusieurs endroits sont trop étroits, ensuite parce que les conditions climatiques sont très compliquées pour la navigation, et enfin, il faut considérer un manque actuel d’infrastructures concernant la possibilité de réparer ou d’assister les navires en difficulté ».

 Les reliques de la guerre froide
 
Le Conseil de l'Arctique (en anglais) est pratiquement la seule instance de coopération stratégique dans cette partie du monde. Il doit gérer à la fois le futur et le passé de l'Arctique. Ainsi, la plupart des missiles du temps de la guerre froide ont été démantelés, mais il en reste encore trop. Les États-Unis ont développé, sous l’administration Bush, une politique de bouclier antimissile. L’un d’eux a été installé en Alaska, et le second au nord du Groenland dans la base américaine de Thulé. D’après Antoine Dubreuil, il est plus difficile d’obtenir les informations de la part du gouvernement russe « notamment sur tout ce qui concerne l’ancienne base soviétique de Mourmansk. Avec la fin de l’URSS, la plupart des sous-marins nucléaires ont été laissés à l’abandon. Un risque écologique persiste dans l’Arctique russe – entre les missiles qui ont été démantelés, mais qui sont peu ou pas surveillés, et des sous-marins nucléaires dont certains sont à l’abandon et rouillent à quai ».

Quant à la délimitation des frontières, chacun y va de sa propre logique. Le Danemark, le Canada et la Russie revendiquent la dorsale de Lomonossov au fond de l’océan Arctique comme l'extension de leurs territoires. Les Russes sont allés le plus loin en déposant à 4 200 mètres de profondeur une capsule de titane contenant le drapeau russe en guise de symbole de leur revendication sur la région.

Explorer ou protéger

Finalement, on explore plus que l'on protège l'Arctique. Au grand dam des écologistes qui réclament un moratoire sur toutes les activités industrielles dans la zone aujourd’hui couverte de glace.

Ce qui pourrait toutefois freiner les grandes compagnies, c'est le coût des opérations. « C’est très difficile techniquement d’aller chercher du pétrole ou du gaz dans cette zone-là et de le ramener sur les marchés consommateurs. Ça ne peut se faire que si le prix du pétrole est durablement très élevé », soutient Philippe Copinschi, professeur à Sciences-Po et spécialiste des énergies.

La réunion du Groenland pourrait quand même être historique. Les ministres des Affaires étrangères des pays membres s'apprêtent à signer un accord sur le sauvetage en mer. Ce serait le tout premier accord liant l'ensemble des huit pays riverains autour de la gestion de l'Arctique.

Опубликовано 06/06/2019 - Изменено 20/09/2019

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias