Le président russe Dmitri Medvedev (g) et le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg à Oslo, le 26 avril 2010.
Le président russe Dmitri Medvedev (g) et le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg à Oslo, le 26 avril 2010.
Cornelius Poppe/Scanpix Norway/Reuters
Заметка

L’Arctique : accord et désaccords

Un pas important a été fait pour résoudre les conflits qui opposent les cinq pays frontaliers de l’Arctique, supposée riche en hydrocarbures. La Norvège et la Russie ont signé un accord mettant fin à un différend sur une zone qu’elles se disputent depuis 40 ans.
По Piotr Moszynski -

Pendant des siècles, l’Arctique était perçue comme un vaste désert de glace, presque inaccessible à l’homme, fréquenté uniquement par des aventuriers et par des chercheurs particulièrement passionnés. Beau et exotique, mais pas vraiment exploitable, donc inintéressant du point de vue économique.

La donne a changé avec l’apparition de deux nouveaux facteurs : le réchauffement climatique et le progrès technologique. Le recul graduel de la banquise, associé aux nouvelles méthodes et aux nouveaux outils de recherche et de forage, permet d’envisager tout à fait raisonnablement une exploitation de plus en plus intense des richesses cachées sous le sol arctique.

90 milliards de barils

Or celles-ci attirent de plus en plus de convoitises. Et pour cause : selon l’US Geological Survey (en anglais), l’Arctique pourrait receler 90 milliards de barils de pétrole et 30 % des réserves de gaz supposées de la Terre. Longtemps considérée comme lointaine, inamicale et inutile, la région est devenue presque du jour au lendemain l’objet d’un conflit international impliquant les grandes puissances. La course effrénée pour apposer son sceau de propriété sur les territoires arctiques frôlait parfois le ridicule. Les Russes sont allés jusqu’à envoyer un robot sous-marin à 4 000 mètres de profondeur pour y planter leur drapeau et marquer ainsi leur souveraineté sur le pôle Nord, revendiqué par ailleurs par le Canada et le Danemark.

Plus généralement, il y a cinq pays riverains de l’Arctique qui se disputent le contrôle de la région : le Canada, le Danemark (via le Groenland), les États-Unis, la Norvège et la Russie. Les deux dernières négociaient depuis 1970 un accord concernant une zone de 176 000 km² à cheval sur leurs zones économiques respectives en mer de Barents et dans l’océan Arctique. Les négociations étaient tellement longues et infructueuses que tout espoir de trouver un compromis semblait vain.

Accord surprise

À la grande surprise des observateurs, les deux pays viennent de signer un accord. Au bout de quarante ans de querelles, ils ont décidé d’appliquer une solution de simple bon sens : chacun prend la moitié de la zone. Ce qui permettra enfin, à chacun de son côté, de cartographier les fonds sous-marins pour déceler la présence éventuelle de pétrole ou de gaz naturel. Comme il est hautement improbable que les limites de celle-ci veuillent bien correspondre aux frontières nationales fixées dans le nouvel accord, le président russe Dmitri Medvedev a jugé utile de prévenir d’emblée que l’« on pourrait découvrir des gisements qui pourraient nécessiter un développement en commun ».

Les autres pays actifs dans la région ont tout de suite salué l’accord russo-norvégien. Le secrétaire américain adjoint à la Défense, Alexander Vershbow, l’a qualifié de « percée historique ». Pour lui, l’accord « constitue un signe d’espoir de plus que la politique russe dans l’Arctique va se fonder sur la coopération et la recherche des intérêts mutuels ». Il a ajouté qu’il fallait « bien entendu encourager cette approche ».

Il est vrai que la Russie donne depuis un certain temps l’impression d’être arrivée à la conclusion que la politique poutinienne de retour aux ambitions impériales et dominatrices manifestées d’une manière très directe touche à ses limites. Moscou semble avoir changé de tactique et lui préférer maintenant une politique plus axée sur la séduction. On a pu voir les symptômes de ce changement dans sa politique envers les pays Baltes, la Pologne, l’Ukraine et maintenant la Norvège. Les objectifs n’ont peut-être pas beaucoup changé, mais la méthode, si, certainement.

Présence militaire renforcée

Les quatre autres pays présents autour de l’Arctique font tous partie de l’OTAN, mais cela ne veut pas dire que leurs désaccords sur le contrôle de la région sont moins aigus que ceux avec la Russie. Le Canada et les États-Unis divergent sur le statut du passage maritime du Nord-Ouest qui permet de raccourcir considérablement les distances entre océans Atlantique et Pacifique. Le Danemark et le Canada, eux, se disputent la souveraineté de l’îlot désert Hans. Il y a deux ans, ils se sont engagés, tous les cinq, à résoudre leurs différends territoriaux par la négociation. Mais, conformément au bon vieux principe « si tu veux avoir la paix, prépare la guerre », ils ont en même temps tous renforcé leur présence militaire dans la région.

Toutefois, avant de se battre pour contrôler les richesses du sol arctique et avant d’en profiter, il vaudrait certainement mieux s’occuper d’abord de nettoyer le terrain et de le dépolluer, surtout du côté russe. Selon une étude commandée par Moscou et effectuée entre 1995 et 2005, environ 250 000 fûts contenant entre 40 000 et 60 000 tonnes de produits pétroliers, ainsi que de la ferraille en grande quantité, dont des avions et des stations radar, ont été abandonnés sur l’archipel François-Joseph dans l’océan Arctique après la chute de l’URSS en 1991. Vladimir Poutine appelle lui-même à un « nettoyage général » de l’Arctique. Avant que la politique dans la région ne devienne plus propre, on peut donc s’attendre au moins à une politique de la propreté.

Опубликовано 06/06/2019 - Изменено 13/09/2019

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