La Russie a d’autres priorités que d’envahir les pays baltes
En novembre, les forces de l'Otan se sont entraînées en Pologne sur un scénario d'invasion des pays baltes par la Russie.
RFI/ Olivier Fourt
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La Russie a d’autres priorités que d’envahir les pays baltes

Un an après le début de la guerre en Ukraine, Appels sur l’actualité répond aux questions des auditeurs sur l’inquiétude des pays baltes, qui craignent que ce conflit soit le début d’une extension de l’influence russe dans la zone. En clair, ils ont peur d’être, eux aussi, la cible d’une invasion russe. Ces craintes sont-elles justifiées ? Eléments pour une analyse.
По Anastasia Becchio -

Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014, l’inquiétude grandit en Estonie, en Lettonie et en Lituanie. Dans ces trois ex-républiques soviétiques, on redoute que, dans la foulée des événements meurtriers de l’est de l’Ukraine, le Kremlin n’entreprenne une opération de déstabilisation des pays baltes. Après le rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie, la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, avait estimé que le comportement de la Russie constituait une menace directe pour la sécurité régionale des pays baltes et que toutes les mesures nécessaires devaient être prises pour y parer.

En janvier, le ministère lituanien de la Défense a même fait distribuer une publication donnant des consignes pratiques sur la marche à suivre en cas d’hypothétique attaque du grand voisin. En Estonie, l’inquiétude semble moins perceptible : 5% seulement de la population estiment possible que la Russie mène une opération militaire contre le pays.

Consignes en cas d’attaque

Dans les trois Etats baltes, les manœuvres militaires qui se sont déroulées récemment sur le territoire russe ont largement été couvertes par les médias et sont, le plus souvent, vécues comme des provocations. Ces derniers mois, les incidents se sont multipliés entre militaires russes et forces de l’Otan en Europe. Les responsables européens ont relevé de nombreuses violations de l’espace aérien par les avions de l’armée russe, des pays baltes, mais aussi en Finlande.

Et pour répondre aux hypothétiques menaces, les pays baltes ont décidé d’augmenter leurs budgets militaires et d’acquérir des armes et du matériel militaire auprès des pays occidentaux. Les politiques de défense ont été revues. En Lituanie, la conscription a été partiellement rétablie.

Minorités russophones

Les raisons de s’inquiéter ne manquent pas, l’Ukraine, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie partageant une frontière avec la Russie. Ce sont d’anciennes républiques de l’URSS, qui comptent d’importantes minorités ethniquement russes (25% en Estonie, 26% en Lettonie et 5,8% en Lituanie).

Avec l'indépendance de ces Etats en 1991, le russe a été banni des institutions et la minorité russe s’est retrouvée parfois mise à l’écart. Or, la question du statut des minorités russophones est restée une source de préoccupation pour le Kremlin. En Lettonie, par exemple, 15% de la population appartient à la catégorie des « non citoyens » catégorie des « non citoyens » qui n’ont pas accès à certains emplois ou n’ont pas le droit de vote. Une situation que les télévisions russes dénoncent fréquemment.

EM Image: Estonie - Lettonie - Lituanie - Rail
Rail Baltica: un projet de ligne de chemin de fer reliant les trois pays baltes. | Flickr/Hans Splinter

L’enclave de Kaliningrad constitue une autre source d’inquiétude. Cette région russe, coincée entre la Pologne, la Lituanie et la mer Baltique, accueille des missiles opérationnels et tactiques Iskander le long de la frontière russe avec les pays baltes. Un déploiement présenté par la diplomatie russe comme une réponse au projet de « bouclier antimissile » américain en Europe.

Les risques réels d’une attaque armée classique contre les trois pays baltes par la Russie restent toutefois très faibles. La plupart des experts sont d’accord sur ce point : la Russie a d’autres priorités que d’envahir les pays baltes. Le Kremlin cultive, certes, l’idée de la défense du « monde russe » et entend travailler à l’accroissement de la sphère d’influence russe, mais une conquête militaire présenterait plus d’inconvénients que d’avantages, d’autant que la Russie a noué des liens économiques importants avec ces pays : les compagnies russes ont investi massivement dans les banques ou le secteur de l’immobilier.

Bras de fer avec l’Otan

Pour autant, la Russie veut faire comprendre qu’elle est une puissance qui continue à compter dans la région, même si ses voisins sont entrés dans l’Union européenne et ont rejoint l’Otan, alors même que Moscou avait, dans le passé, obtenu la garantie que l’Otan ne s’étendrait pas plus à l’Est. Les Russes veulent aussi éviter qu’il y ait une présence armée permanente de l’Otan sur le territoire des pays baltes, comme l’avait notamment réclamé l’Estonie. Quelque 150 soldats de l'Alliance transatlantique sont actuellement stationnés dans ce pays, mais de manière provisoire, un accord signé entre la Russie et l'Otan en 1997 interdisant le déploiement de troupes permanentes. Ces démonstrations de force des Russes sont aussi à usage interne : un message envoyé à l’opinion publique nourrie ces derniers de temps de patriotisme et de discours sur la grandeur de la Russie.
 
Article 5
 
Mais les pays baltes ne sont pas l’Ukraine. A la différence de cette dernière, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie sont membres de l’Union européenne et de l’Otan, et, par conséquent, protégés par l’article 5 de la charte de l’Alliance atlantique qui prévoit qu’en cas d’agression contre un État membre de l’organisation, tous les autres viendront à sa rescousse militairement, ce qui peut aussi avoir un effet dissuasif pour Moscou.

En tout état de cause, pour rassurer les dirigeants de ces pays, les Etats-Unis ont entamé le 9 mars dernier, pour une durée de trois mois, une opération conjointe de l’Otan avec les 3 pays baltes. L’opération implique quelque 3 000 soldats américains et des dizaines de chars et d’hélicoptères blindés. Parallèlement, l’Otan a renforcé la défense de son flanc oriental avec la création d'une nouvelle force de réaction ultrarapide de 5 000 hommes et la mise en place d’un centre de commandement en Bulgarie.

Опубликовано 30/11/2016 - Изменено 16/12/2016

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