Des manifestants, portant un vêtement blanc en signe de solidarité, marchent en silence pour protester contre le racisme, le 26 mai 2006 à Anvers.
Des manifestants, portant un vêtement blanc en signe de solidarité, marchent en silence pour protester contre le racisme, le 26 mai 2006 à Anvers.
Jacques Collet/ AFP
Jeudi 11 mai 2006, avant midi, un skinhead belge de 18 ans a tiré sur plusieurs personnes dans les rues d’Anvers. Une femme turque de 46 ans a survécu à ses blessures, mais une Malienne de 24 ans a été tuée, de même que la fillette belge de 2 ans dont elle avait la garde. Le raid meurtrier a été perpétré par le neveu d’une élue du « Vlaams Belang » (Intérêt Flamand), un parti d’extrême droite.
По Sabine Cessou -

De notre correspondante à Anvers,

La marche silencieuse organisée le 12 mai à Anvers a réuni moins de 300 personnes. Belges, mais surtout Turcs, Marocains et Africains originaires du sud du Sahara, ils n’ont pas été très nombreux à manifester, après le dernier d’une longue série de crimes racistes perpétrés dans la seconde ville de Belgique.

La veille, juste avant midi, des coups de feu ont retenti dans le Schipperskwartier, un quartier du centre-ville situé à deux pas de la cathédrale. Occupée à lire sur un banc public, Songul Koç, une femme d’origine turque de 46 ans, a été blessée par balle au thorax.

L’agresseur, un jeune au crâne rasé, longue mèche de cheveux derrière la nuque, habillé en noir, a poursuivi son chemin. Quelques rues plus loin, dans Zwartezuster Straat, il a abattu à bout portant une jeune Malienne, Ndoye Yatassaye, 24 ans, et Luna Drowat, 2 ans, la fillette belge dont elle était la nourrice depuis un an.

Un skinhead issu d’une famille d’extrême droite

Repéré par un policier en civil, le meurtrier a été abattu dans le même quartier, après avoir refusé de déposer son arme, un fusil automatique Winchester acheté le matin même dans une armurerie d’Anvers. Blessé au ventre, il a été hospitalisé et n’a pas encore été interrogé par les enquêteurs.

Les mobiles racistes de Hans van Temsche ne font guère de doute. Neveu de Frieda van Temsche, députée du parti d’extrême droite Vlaams Belang et fils de Peter van Temsche, un militant de la première heure du même mouvement, le jeune skinhead portait sur lui des signes celtiques et des tracts néofascistes.

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À l’internat de l’institut d’agronomie où il résidait, la police a par ailleurs trouvé de la littérature d’extrême droite, ainsi qu’un plan détaillé de son attaque, qui visait à faire plus de victimes. La mort de la petite Luna Drowart, fille d’un restaurateur d’Anvers, a choqué les Anversois. « Elle aurait pu être ma fille », s’exclame Pape Touré, un père de famille d’origine sénégalaise, bouleversé.

Une litanie d’agressions racistes

« Nul ne peut désormais ignorer ce à quoi l’extrême droite peut mener », a déclaré peu après les faits Guy Verhofstadt, le Premier ministre belge, dénonçant des « crimes horribles et lâches ». Le chef du gouvernement a mis en garde contre « une spirale de violence », faisant allusion à la série d’incidents racistes qui se sont produits ces derniers jours en Belgique.

Le cadavre de Mohammed Bouazza, un Marocain de 23 ans, a en effet été retrouvé le 10 mai dans le fleuve Escaut. Il avait disparu dix jours plus tôt, après une dispute « raciste », selon sa famille, devant une discothèque d’Anvers.

Dans la nuit du 8 au 9 mai, la maison de la famille Ouassou, d’origine marocaine, a été incendiée dans la localité de Heule, à l’ouest de la Belgique flamande.

A Bruges, le 6 mai, cinq skinheads ont passé à tabac un Français d’origine africaine qui se promenait avec un ami belge non loin d’un bar skinhead, De Kastelein. Alors que la victime se trouve toujours dans le coma, le bar a été temporairement fermé, le 11 mai, par la mairie.

« Il y a un vrai problème à Anvers »

La presse belge s’interroge sur le lien entre cette vague de crimes racistes et la mort de Joe van Holsbeeck, un Belge de 17 ans tué le 12 avril pour son baladeur MP3 par deux jeunes Polonais, dans la gare centrale de Bruxelles. À Anvers, bastion du Vlaams Belang (33 % des suffrages lors des municipales de 2000), des immigrés regrettent pour leur part que la police et les médias aient d’abord parlé d’un agresseur « nord-africain » dans cette affaire.

« Il y a un vrai problème à Anvers », estime Bouhala Zoheir, un informaticien d’origine algérienne. « À partir de 18 heures, je n’ose plus sortir, dit-il. Ou alors avec la peur au ventre. » La Ligue arabe européenne (LAE), une petite association de nationalistes arabes, a lancé ses propres patrouilles dans les rues de la ville, en 2003, pour surveiller le comportement de la police, suspectée de racisme.

Quelques mois plus tôt, le 26 novembre 2002, Mohamed Achrak, un enseignant marocain, était abattu devant chez lui par un voisin belge. La répression par la police d’une manifestation de jeunes marocains contre ce crime avait ensuite provoqué trois jours d’émeutes. Une agitation que la ville s’étonne de ne pas connaître à nouveau aujourd’hui. 

Опубликовано 04/12/2020 - Изменено 15/01/2021

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