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Penda Mbow: la Francophonie peut « jouer un rôle de modèle »

Penda Mbow: la Francophonie peut «jouer un rôle de modèle»
Penda Mbow.
Serigne Diagne/CC/Wikimedia Commons
Que pense le Sénégal de l’arrivée d’une Canadienne à la tête de la Francophonie ? Le président Macky Sall a-t-il été de ceux qui ont fait pencher la balance en faveur de Michaëlle Jean lors de la féroce bataille de dimanche dernier (30 novembre), en clôture du sommet de Dakar ? L’historienne Penda Mbow a longtemps été une grande figure de la société civile sénégalaise. Depuis deux ans, elle est la représentante personnelle du président Macky Sall auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Elle répond aux questions de Christophe Boisbouvier, l’un de nos envoyés spéciaux à Dakar.

Première diffusion le 3 décembre 2014

RFI : Comment réagissez-vous à la désignation de Michaëlle Jean ?

Penda Mbow : Je réagis de manière tout à fait positive. Je crois que l’on ne peut pas prôner l’égalité homme/femme depuis plusieurs décennies, en faire un point central de sa politique, sans envisager un seul moment l’élection d’une femme à un poste aussi important et aussi stratégique. Je pense que la Francophonie va jouer un rôle de modèle. On se situe dans une période où dans beaucoup de continents, dans beaucoup de pays, nous avons des femmes chefs d’Etat, de valeur inestimable, reconnues de tous et qui jouent un rôle de premier plan. Donc, je suis tout à fait satisfaite de l’élection de madame Jean. C’est une leçon que nous donnons au reste de l’humanité.

Alors il y avait quatre candidats pour l’Afrique, mais il y avait surtout Henri Lopes, qui était fortement soutenu par le président Sassou et ça s’est terminé aux forceps, on a failli aller au vote, le consensus a été très difficile a trouvé. Qu’est-ce que vous retenez de cette bataille de ce dimanche ?

C’est regrettable. Je connais monsieur Lopes qui est un homme de grande valeur, d’une dimension intellectuelle incontestable. Mais je pense aussi que, à un moment donné, il faut se rendre à l’évidence, c'est-à-dire passer la main, en se disant : « J’appartiens à une génération qui a eu à jouer un rôle au moment de l’indépendance, qui a participé à la construction de l’Afrique, je dois maintenant accompagner les nouvelles générations pour relever de nouveaux défis. » Monsieur Lopes est quelqu’un de remarquable et je crois que le président Sassou a raison en pensant que jusque là le Congo n’a pas pu obtenir ce qu’il cherchait depuis très longtemps, c'est-à-dire de placer un fils, valeur du Congo, sur la scène internationale dans les organisations. Mais je pense que ce n’est que partie remise.

Est-ce que l’ambassadeur Henri Lopes n’a pas été handicapé par le fait qu’il représente un pays où il est question de changer la Constitution afin de permettre au président Sassou de se représenter ?

Je crois que sans qu’on le dise, il y a toute cette donne, cette ambiance aujourd’hui, parce que les peuples africains ont besoin de changement, ils ont simplement besoin d’être dans la modernité, de vivre dans des sociétés démocratiques. Et je crois, peut-être, cela conforte l’idée de ceux qui luttent pour la montée de nouvelles générations, de ceux qui luttent pour l’installation définitive de la démocratie dans tous les pays, mais aussi du respect des Constitutions.

Voulez-vous dire qu’après la révolution du Burkina Faso, il était difficile qu’un représentant du Congo-Brazzaville prenne la direction de la Francophonie ?

Je ne les dis pas en ces termes là, mais vous savez à l’ère d’Internet, des réseaux sociaux, de la télévision, des nouvelles technologies, c’est très difficile de contenir les aspirations des populations africaines vers la démocratie.

Est-ce que vous avez senti sur ce sommet de la Francophonie, le souffle des événements du Burkina, voir des évènements de juin 2011 au Sénégal ?

Absolument ! Le sommet est un très grand sommet, c’est un sommet qui permet aujourd’hui d’avoir une réflexion, et je souhaite qu’il y ait un prolongement de cette réflexion sur les transitions démocratiques en Afrique, sur les Constitutions en Afrique mais aussi, tout simplement, sur le renouvellement du personnel politique en Afrique. C’est devenu une nécessité de mon point de vue.

Que pensez-vous de cette petite phrase du président ivoirien Alassane Ouattara disant que les Africains n’ont pas de leçons à recevoir, que la France n’a pas à se comporter de manière paternaliste, comme, peut-être, l’a été François Hollande pendant ce sommet ?

Mais d’un autre côté, en temps de crise, certains n’hésitent pas à faire appel à la France. Peut-être c’est le fait que la France intervienne dans les crises qui explique les prises de position du chef de l’Etat français par rapport à certaines situations. C’est la raison pour laquelle, à mon avis, nous devons être très cohérents, nous Africains, par rapport à nous même.

Опубликовано 09/03/2016 - Изменено 10/03/2016 - По Christophe Boisbouvier

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