Göran Persson, le premier ministre suédois, ici en 2006.
Göran Persson, le premier ministre suédois, ici en 2006.
Martin Olsson/CC BY-SA 3.0
Заметка

«Nej» à l’euro

Les électeurs ont été 56,1% à rejeter l’adoption de la monnaie unique, tandis que 41,8% l’approuvaient. La victoire du «non» est sans surprise, mais elle est plus massive que prévu et traduit la défiance des Suédois à l’égard d’une zone euro qui n’a fait la démonstration ni de sa rigueur économique et financière, ni de sa volonté de préserver un modèle social original.
По Georges Abou -

La très vive émotion provoquée par l’assassinat de la ministre des Affaires étrangères, Anna Lindh, n’a pas eu de conséquences sur le vote des Suédois. Il n’y pas eu de phénomène de «vote de sympathie», attestant que la passion ne l’a pas emporté sur la raison dans cette affaire. Les électeurs se sont en effet non seulement prononcés à une très forte majorité contre l’adoption de la monnaie unique, mais de surcroît avec un taux de participation de 81,2% qui ne laisse planer aucun doute sur la mobilisation de l’électorat.

C’est un rude coup porté au gouvernement suédois et à la politique europhile de son Premier ministre Goeran Persson dont l’équipe, et notamment sa défunte ministre des Affaires étrangères, n’avait pas ménagé sa peine pour tenter de convaincre leurs concitoyens. Son autorité politique en sort affaiblie, écrivait en substance la presse suédoise de ce lundi. A Stockholm, les premiers commentaires estimaient que le choix des électeurs constituaient un désaveu pour la classe politique et les élites économiques du pays, observant que les partisans du «oui», qui disposent d’une majorité de 80% des sièges à l’assemblée, devaient néanmoins continuer à gouverner malgré le problème de légitimité que pose désormais le scrutin de dimanche.

Les réactions au sein de l’Union sont soit embarrassées, soit ironiques, voire triomphantes. En effet, dans les pays de l’Union où le passage à l’euro n’a pas encore eu lieu, la décision des Suédois conforte les opposants dans leur position et déconcerte les partisans. Il est probable que la position adoptée dimanche par les Suédois ne sera sans conséquence sur les prochaines étapes de la mise en place de la monnaie unique au sein de l’Union. Les opposants Danois (qui ont déjà rejeté la monnaie unique en 2000) et Britanniques pourraient ainsi voir s’éloigner la perspective d’un référendum aux résultats incertains. D’autre part, le «non» suédois conforte les partisans d’une adhésion mesurée à l’Union, à géométrie variable en quelque sorte.

Un test pour la zone euro

Le président de la Commission a exprimé sa désagréable surprise. «Je ne peux pas nier que c’est un résultat pire que celui que j’attendais», a reconnu Romano Prodi. A Bruxelles, tout comme dans les capitales les plus impliquées dans la construction européenne, on minimise la portée de la décision des électeurs. Selon le commissaire en charge du commerce extérieur ce choix relève «plus de la psychologie que de l’économie». «L’identité politique», la «tradition d’indépendance» sont au cœur de l’explication. La question du mauvais exemple donné par les «moteurs» de l’Europe, la France et l’Allemagne, qui s’exonèrent de leurs engagements en creusant sans vergogne leurs déficits est à peine évoquée, tandis que le président de la Banque centrale européenne s’empresse d’affirmer que «le résultat de ce référendum n’aura de conséquences ni sur la politique de la Banque centrale européenne, ou sur son fonctionnement, ni sur la position de l’euro». La presse autrichienne, elle, évoque les dégâts collatéraux de l’attitude française et allemande. Cependant si ce référendum a valeur de test, il démontre surtout que la zone euro n’est pas un ensemble économique attractif pour un pays développé qui, comme la Suède, peut encore compter sur ses propres ressources sans avoir à brader les acquis de son modèle social, gravement remis en cause dans les pays «d’Europe continentale».

Dimanche matin, la zone euro comptait douze pays-membres. Dimanche soir, les électeurs suédois avaient décidé que, tout compte fait, l’économie au sein de la zone euro n’était finalement pas de nature à leur apporter davantage de prospérité et pouvait bien rester en l’état. Même si l’espace communautaire absorbe 40% des exportations suédoises.

 

 

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 L'invité Europe, Per Gahrton, Député vert suédois par Dominique de Courcelles (2:46).
 

 

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 L'invitée de la mi-journée : Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes par Lionel Gendron (7:23).

Опубликовано 29/12/2015 - Изменено 17/02/2016

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