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Sphinx

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Au Mali, un procès vient de s’ouvrir. Et il oppose un journal satirique, le Sphinx et une radio, à un fils de président, Boubakar Keita. Procès très politisé donc. Boubakar Keita s’estime diffamé : son nom a été cité par des journalistes, à la suite de la disparition de l’un d’entre eux, Birama Touré en janvier 2016, qui précisément travaillait pour le Sphinx. Son nom a été cité dit-on, assez prudemment. C’est en effet l’expression qu’on retrouve et qui est suffisamment floue. On ne dit pas qu’il est au centre de l’affaire, qu’il l’a organisée, commandée commanditée. Mais quand on dit que « son nom est cité », c’est qu’il est soupçonné d’y être mêlé. Autre euphémisme. Cela peut signifier qu’il a eu une responsabilité quelconque, directe ou indirecte dans ce qui s’est passé.

Mais le plus intéressant est le nom du journal qui est au centre du procès : Le Sphinx. Ce qui pose problème : est-ce un bon titre de journal ? Non ! Pas si on réfléchit à l’écho du mot en français contemporain. Le Sphinx, en général, c’est celui qui sait des choses, qui les devine, peut-être même qui connaît l’avenir. A priori c’est un bon titre. Mais pourtant lorsqu’on dit de quelqu’un que c’est un sphinx, cela implique qu’il ne dit rien à personne de ce qu’il sait : il demeure impassible, on ne peut rien en tirer. On ne peut même pas deviner ce qu’il sait à son expression, particulièrement impénétrable ! Mais le mot fait quand même rêver, et on peut comprendre qu’un journal satirique s’en soit emparé.

Alors d’où vient-il, ce Sphinx ? De plusieurs mythologies, l’égyptienne et la grecque. En Égypte, on le représente comme une créature mythique, incarnant la force et la sagesse : un corps de lion, une tête de roi, de pharaon d’ailleurs : on le reconnaît à sa barbe et à sa coiffe.

Et en Grèce c’est tout différent. D’abord c’est presque toujours une figure féminine, corps de lion ou de lionne, mais ailes d’oiseau, poitrine et visage de femme. Et là aussi, elle est impassible. Techniquement on parle d’une sphinge, mais la forme est peu courante en français.

Et son succès, c’est à Freud qu’elle le doit. Un mot sur le mythe de la sphinge qui est aussi celui d’Œdipe, qui mystérieusement est presque toujours prononcé Eudipe, alors qu’à l’origine, on dit Edipe. À sa naissance, on a prédit qu’il tuerait son père et épouserait sa mère. Son père Laïos, apprenant cela l’abandonne dans la nature, mais il est recueilli par un berger qui le confie au roi de Corinthe. Lorsqu’il apprend la prédiction, Œdipe quitte le foyer paternel pour y échapper. Mais à un carrefour, il se prend de querelle avec un inconnu qu’il tue. Vous avez deviné qui était la victime : Laïos bien sûr. Il arrive ensuite à Thèbes, mais ne peut entrer dans cette ville, un monstre terrible, le Sphinx en défend l’entrée et pose des questions auxquelles nul ne sait répondre. Et il tue les incapables. Œdipe arrive ! Quel est l’anima qui marche sur quatre pattes, puis deux, puis trois ? C’est l’homme répond Œdipe, à quatre pattes quand il est bébé, à deux pattes quand il est plus grand, à trois, avec une canne, quand il est vieux. De rage la sphinge se jette su haut des remparts de la ville. Œdipe y entre et finit par en épouser la reine : Jocaste, sa mère. Il en aura quand même quatre enfants avant de découvrir la vérité et de se crever les yeux de culpabilité. Mieux vaut être aveugle que voir ça !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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