#Французский язык в новостях

Prud'homme

mots-actu_p.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La meilleure défense, c’est l’attaque, pense Carlos Ghosn, qui vient de porter plainte contre Renault devant le Tribunal des Prud’hommes. En effet les prud’hommes sont chargés de rendre la justice en matière de droit du travail : il s’agit de litiges c’est-à-dire de désaccords pouvant se régler au tribunal qui opposent des gens sur des problèmes liés à ce travail. Presque toujours, il s’agit de problèmes qui opposent employés et employeurs, salariés et patrons. Alors bien sûr, on est surpris de cette nouvelle : Ghosn était bien patron, de Renault. Mais en tant que patron, il était bien salarié de l’entreprise, et donc, rien ne s’oppose à ce qu’il se retourne contre cette entreprise, s’il se sent lésé. D’ailleurs, dans l’esprit des gens, cette juridiction des Prud’hommes est essentiellement comprise comme devant défendre les employés. Le patron, ou plus généralement la direction de la société, est souvent considéré comme puissant, susceptible de profiter de sa position pour exploiter ceux qu’il embauche, en les payant trop peu, en les faisant trop travailler, en leur refusant des avantages sociaux, en leur imposant des conditions de travail qui ne correspondent pas aux règlements en vigueur… Bref les employés sont souvent considérés comme ceux que la loi doit protéger dans un rapport de force qui peut être en leur défaveur. Bien sûr, la relation peut être inversée et un patron peut engager une procédure contre un de ses salariés, mais on sait que c’est nettement plus rare.

Donc l’expression « aller aux prud’hommes » ou « devant les prud’hommes » est courante, pour dire qu’on ne va pas se laisser faire et qu’on va attaquer la direction.

Mais le mot de base est intéressant. Inhabituel d’abord par son orthographe, avec cette apostrophe en plein milieu, qui montre bien qu’il s’est formé il y a longtemps et qu’il a gardé quelques traces de cette ancienneté.

Première fausse piste à écarter : prud’homme ne signifie pas homme prudent. Ce n’est même pas la contraction de cette expression. Ce « prude » renvoie à preux et non à prudent. Et même si ces deux mots sont très lointainement de même origine, ils dérivent en français de deux mots latins différents. Le prud’homme est donc au départ, l’homme preux. Et cet adjectif est par excellence celui qui représente l’époque médiévale, et même l’idéal de la chevalerie : l’expression preux chevalier est restée dans la mémoire du français moderne, comme un symbole. Il s’agit donc du chevalier courageux, vaillant, dont Roland, le héros de la célèbre Chanson, neveu de l’empereur Charlemagne, est un bon exemple.

Les prud’hommes apparaissent dans le paysage juridique dès le 13e siècle, pour régler les conflits entre artisans, puis tous ceux qui pouvaient apparaître sur les marchés et les foires. Les conseils de prud’hommes se répandent donc en France avec des spécialités diverses durant tout l’ancien régime, et à Lyon, pour servir de médiation entre les ouvriers de la soie, les célèbres canuts et leurs employeurs, s’invente le premier conseil de prud’hommes dont la fonction est très proche de leurs homologues modernes.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias