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Molière

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La clause Molière fait parler d’elle abondamment depuis quelques jours. Il s’agit d’une disposition qui vise à imposer la langue française sur les lieux de travail, notamment dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, sur les chantiers, ainsi que dans bien d’autres environnements professionnels.

Cette clause n’est pas toute récente : elle a un an puisqu’elle est née en mars 2016 à Angoulême. Et ce nom de clause Molière est celui qu’on a donné à ce qui s’appelle d’abord clause de langue française. Pourquoi cette appellation ? Parce que derrière ce nom de Molière apparait cette expression langue de Molière. Et communément, quand on dit la langue de Molière, c’est une périphrase, une expression pour dire le français.

Alors en français, on trouve d’autres expressions composées sur le même calque pour désigner d’autres langues : la plus courante est la langue de Shakespeare, pour renvoyer à l’anglais. Mais presque aussi couramment, on dit la langue de Goethe, pour l’allemand. Et plus rarement, on applique le même processus à d’autres langues : la langue de Cervantès pour l’espagnol, la langue de Dante pour l’italien. On a compris le principe : on désigne une langue d’après l’un des écrivains les plus connus qui l’a utilisée. Mais pas n’importe lequel : un auteur incontestable, mais un auteur assez ancien, dont la renommée est indiscutable.

Alors pourquoi Molière pour le français ? On aurait aussi bien pu avoir Victor Hugo : ce sont les deux auteurs qui dans l’imaginaire de la culture française, représentent le plus la culture et la littérature française.

Ce qui est étonnant c’est qu’il n’y a pas vraiment de langue de Molière : ses styles sont multiples selon les personnages qu’il fait parler : Scapin ne parle pas comme Dom Juan, ni comme Tartuffe. Mais Molière écrit un peu après 1650, et il représente bien cette époque qu’on appelle classique.

Et bien sûr quand on parle de la langue de Molière, c’est une image. Il ne faut pas la prendre au pied de la lettre : si par quelque magie, on pouvait entendre Molière parler, on ne comprendrait pas grand-chose ! L’accent du français, son vocabulaire ont trop changé en trois siècles et demi.

Mais quand on emploie cette expression, on a quand même à l’esprit qu’il s’agit du français et souvent du bon français, du bon usage : on dit qu’il ne faut pas écorcher la langue de Molière, qu’il faut la défendre…

Mais qu’est-ce que c’est que ce nom de Molière ? Celui que se donna Jean-Baptiste Poquelin. On prenait très souvent des pseudonymes chez les gens de théâtre à l’époque, plus encore qu’aujourd’hui. Mais pourquoi Molière. L’écrivain n’a jamais voulu le dire, même à ses meilleurs amis, parait-il. En tout cas, c’est ce que rapporte Grimarest, qui écrivit la première biographie de l’auteur.

On a donc un mystère de ce pseudonyme, qu’on écrit avec un accent, étrangement, alors que Molière lui-même, l’a toujours écrit sans !

 

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