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Guide

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le Gault & Millau, guide culinaire de grand renom, n’est désormais plus français, mais russe. Une information récente, qui peut retenir l’attention parce que s’il y a bien un secteur de la production française qui semble bien français « par excellence », c’est celui de la gastronomie. On mentionne donc dans les médias que ce guide de la bonne cuisine en France appartienne maintenant à des investisseurs russes. Mais son nom reste bien français, et sa célébrité se mesure à l’article qui précède le nom de l’ouvrage, et qui vient de ses deux fondateurs. On dit « le » Gault et Millau, comme on dit le Michelin, ou le Larousse, ou le Robert. Alors je mets sur le même plan tous ces ouvrages qui ne sont pas semblables : le Larousse, le Robert, sont des dictionnaires, le Michelin, le Gault et Millau sont des guides. Mais ils ont ce point commun d’être des documents qu’on consulte : on ne les lit pas de bout en bout. Et les entrées, c’est-à-dire les articles, sont classées, soit par ordre alphabétique, soit par région, ville, spécialités. C’est donc un type d’ouvrage dans lequel on va chercher une information ou une confirmation, ou un conseil. Et on ouvre le Gault et Millau si on veut un avis sur une bonne table, c’est-à-dire un bon restaurant, ses spécialités, son style, ses prix, et l’avis des experts que sont les fondateurs, ou aujourd’hui de ceux qui travaillent dans leur sillage.

Et c’est là qu’on retrouve le sens du mot guide ! Il sert à donner un conseil, une opinion éclairée, à quelqu’un qui l’est moins. On a d’abord eu, au début du 20e siècle les premiers guides touristiques. Le plus célèbres, et qui lui date même du 19e, est d’origine allemande, le Baedeker, bien oublié aujourd’hui en tout cas en France. Le touriste par définition, va dans un pays qu’il ignore, et qu’il veut découvrir. Il est donc a priori plein de désir et d’ignorance : le guide lui sert de médiateur et parfois d’initiateur. On a donc des guides de la Bretagne ou du pays Dogon. Et le mot sert donc aussi depuis longtemps a désigné un livre qui ne s’adresse pas à un connaisseur, pour lui faire découvrir un domaine réputé difficile, où l’on a peur de s’aventurer sans aide. On peut donc avoir un guide de la peinture espagnole, un guide de la musique baroque, un guide des salles de musculation, etc.

Mais avant d’être un livre, le guide est un humain : celui qui vous accompagne pour vous renseigner, vous faire visiter, avec des explications bienvenues, un château, une vieille ville, un musée. Mais le guide vous évite également de vous perdre, ou de vous retrouver dans des situations difficiles ou dangereuses : on pense là aux guides de haute montagne, des alpinistes chevronnés qui vous emmènent là où il serait périlleux de se retrouver sans appui.

Enfin, ce même mot a été utilisé de manière tout à fait figurée, dans le vocabulaire politique ou historique. De même qu’on représentait sur un célèbre tableau de Delacroix, au 19e siècle, la liberté guidant le peuple, le mot a été utilisé pour se substituer au mot-chef, dans des circonstances historiques très différentes : le guide peut être celui qui fait avancer le peuple, donc que le peuple doit suivre. Une idée donc qui ne provient pas du tout d’une pensée démocratique, et qui souvent est une manière de faire accepter l’image d’un pouvoir absolu. C’est le guide, mais on n’a pas le droit de ne pas le suivre. Mao Tse Toung était ainsi dénommé le Grand Timonier, celui qui mène la barque, qui connaît la direction. Ce n’est pas exactement l’image du guide, mais on n’en est pas très loin. Quant à Hitler, c’est exactement l’image qu’il avait utilisée : le Führer c’est bien le guide. 

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