#Французский язык в новостях

Geste barrière

mots-actu_g.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

On l’a bien vu, on le vérifie tous les jours, la crise que nous traversons actuellement fait naître quantité d’expressions, de manières de parler de tics de langage qui ont un sens aujourd’hui alors qu’elles n’en auraient pas eu hier. Ou en tout cas pas un sens partagé par tant de monde. Hélas on pourra y revenir dans les jours qui viennent, mais on peut pour commencer noter le mot geste barrière. Et je parle de mot parce que c’en est presque un. Techniquement il y en a bien deux mis l’un à côté l’un de l’autre. Et le deuxième est ce qu’on appelle en grammaire une apposition. On comprend bien pourquoi : il est apposé, posé à côté du précédent sans que les deux soient liés par une préposition par exemple. Et pourtant on a un rapport logique entre les deux mots ; le deuxième précise le premier : un geste qui sert de barrière, qui fonctionne comme une barrière. A la limite un geste qui est lui-même une barrière. Et ce genre de construction se multiplie, bien sûr sous l’influence de l’anglais : dans cette langue c’est une tournure très courante ! Et ce genre de syntaxe se répand en français, à tel point qu’on n’y voit nullement une imitation ou une contagion. Rouge baiser, pochette plastique, tire-bouchon De Gaulle, effet Larsen…

Ce qui est étonnant bien sûr, c’est de voir que ces gestes barrières fonctionnent dans deux sens symétriques : pour empêcher qu’on attrape la maladie, mais aussi pour empêcher qu’on la propage. Si l’on maintient une distance d’un mètre avec autrui, c’est autant pour ne pas attraper ses miasmes que pour ne pas lui communiquer les nôtres. Si l’on élève des écrans entre les caissiers et les clients, c’est pour protéger les uns comme les autres. Une barrière est donc une séparation matérialisée entre deux espaces : pour délimiter deux champs par exemple. Mais depuis longtemps la barrière a un sens figuré : elle marque une limite à ne pas dépasser, à ne pas outrepasser d’ailleurs : on ne doit pas la franchir car on se mettrait hors la loi, ou simplement on contreviendrait au règlement ! Au départ il s’agit simplement d’une clôture, et bien vite c’est une frontière : on parlait, autour de Paris des barrières de l’octroi. Et dans un sens dérivé, on pense par exemple à ce qu’on appelle la barrière de la langue : la difficulté de communication entre des personnes qui ne parlent pas la même langue. La plupart du temps, la barrière est donc là pour empêcher ! Mais pourtant, elle peut être associée au mouvement inverse ; il suffit qu’on l’ouvre : la Victoire en chantant nous ouvre la barrière. Ou qu’on la lève. Et là, on pensera très naturellement à celles des passages à niveau qui garantit que les trains ne rouleront pas sur le tout-venant : quand elle est baissée, on s’arrête en attendant que passe le convoi. Quand il est passé, la barrière se lève, et on peut y aller. Mais attention : un train peut en cacher un autre.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias