Ghislaine et Claude à la conférence de presse du ministre de l’Administration territoriale, Moussa Sinko Coulibaly, le 30 juillet 2013.
Ghislaine et Claude à la conférence de presse du ministre de l’Administration territoriale, Moussa Sinko Coulibaly, le 30 juillet 2013.
Pierre René-Worms / RFI
Article

Ghislaine et Claude: Deux professionnels passionnés du terrain

Très expérimentés, les deux reporters de RFI enlevés et assassinés, le 2 novembre 2013, à Kidal, dans l'extrême nord du Mali, étaient tout sauf des têtes brûlées.
Par Sébastien Nemeth, Laurent Correau -

Ghislaine Dupont et Claude Verlon connaissaient particulièrement bien l'Afrique et venaient d'interviewer un représentant la rébellion touarègue quand ils ont été capturés par des hommes armés et exécutés à la sortie de la ville.

Ghislaine. Une image. Celle d’une journaliste éclairée par sa lampe, enfoncée dans son fauteuil de bureau, toujours à la rédaction à une heure tardive de la soirée. Pendue au téléphone pour vérifier les informations. Sa main griffonne un dessin. Ou feuillette un vieux carnet d’adresses qui tombe en lambeaux. Ghislaine, journaliste sans concession.

Née en janvier 1956, Ghislaine Dupont a passé plusieurs années de son enfance en Afrique. À la fin de ses études, elle fait le choix du journalisme. Elle passe par Ouest-France et Témoignage Chrétien. Apprend le micro auprès des radios libres. Puis entre à Radio France Belfort.

Passionnée de l’Afrique

Son goût du voyage et du reportage l’incitent à aller vers RFI. Après un premier passage à la radio mondiale, Ghislaine signe son CDI en 1990. Elle commence par la présentation, puis part sur des terrains difficiles : elle se rend dans les maquis de l’UNITA, en Angola. Décrit le drame que traversent les Sierra-Léonais sous la coupe des rebelles du RUF. Au Rwanda, elle est menacée de mort par un policier en civil dans sa chambre d’hôtel. Jamais elle n’a reculé. La liste des pays dans lesquels elle a travaillé est longue. Entre autres, Djibouti, le Burundi ou encore l’Éthiopie en guerre avec l’Érythrée.

C’est la République démocratique du Congo qui aura été son dossier, sa passion. Un pays auquel elle aura consacré plus de dix ans de sa vie. Sa pugnacité finira même par fâcher les autorités qui décident de l’expulser de Kinshasa avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2006. « C’était une journaliste têtue, acharnée, qui ne lâchait jamais », se souvient Sophia Bouderbala, ancienne responsable du bureau de l’AFP à Kinshasa de 2004 à 2008. Je me souviens d’un soir où elle est allée frapper au domicile du gouverneur d’une province parce qu’il était impliqué dans une affaire de corruption. Elle creusait sans cesse pour avoir des sources, donc effectivement elle s’était fait un certain nombre d’ennemis au cœur du pouvoir ou des pouvoirs ».

« J’ai perdu ma sœur »

Ghislaine était appelée très régulièrement sur son portable personnel, se souvient cette consœur, par de nombreuses personnes qui savaient qu’elle s’échinerait à faire sortir une information. « Son plus grand talent, c’était l’investigation. Ghislaine persévérait dans ses enquêtes, ne cessait de creuser et ne se contentait pas de ce que les premières sources disaient », se souvient Laurent Chaffard, rédacteur en chef au service Afrique de RFI. Qu’il s’agisse de la Côte d’Ivoire ou du Mali, Ghislaine Dupont a toujours souhaité donner la parole à toutes les parties. C’est ce qui l’avait déjà poussée à choisir le nord du Mali et plus particulièrement Kidal, pour la couverture du premier tour de la présidentielle malienne. Une mission qu’elle avait déjà effectuée avec Claude Verlon.

« J’ai perdu ma sœur, a écrit l’homme politique malien Tiébilé Dramé, aussitôt après avoir appris la mort de Ghislaine. Elle est venue mourir, ici, chez moi, au Mali, en Afrique où les morts ne meurent pas. Elle restera donc avec nous, dans le désert, au Sahel, dans la steppe, la savane. Le fleuve. Tu dormiras en paix, Gigi, du sommeil des justes ». Gigi, c’est le nom que lui donnaient affectueusement ses confrères du service Afrique, comme ses amis. Sa passion, comme sa rigueur, elle cherchait à les transmettre. Que ce soit aux autres journalistes de la rédaction de RFI ou à ceux qu’elle a formés, entre autres, à Radio Okapi.

Un pilier de RFI

Claude. Une image. Dakar au tout petit matin. Abdoulaye Wade a reconnu la veille sa défaite face à Macky Sall. Édition spéciale mise en place tout au long de la nuit. Bien que l’agitation des journalistes pendant la nuit l’ait empêché de fermer l’œil, Claude s’installe derrière la console pour gérer l’émission. Imperturbable. « Claude Verlon était un pilier sur lequel on pouvait s’appuyer », disent ses collègues, unanimes. Très rigoureux, très efficace, tout le monde savait qu’on pouvait compter sur lui en cas de problème. Né en juillet 1958, Claude Verlon entre à RFI en avril 1982. Dès les premières années, il s’impose comme un homme de terrain. Il participe à la création du premier véritable service reportage de la station.

Au fil des années, il accompagne les journalistes aux quatre coins du monde : Afghanistan, Liban, Irak, et bien sûr l’Afrique, quel que soit le pays. « Il était passionné par l’actualité. Où il était possible d’aller, il allait », explique un de ses collègues. En parallèle, il suit une formation plus académique et passe un diplôme d’ingénierie acoustique. Mais jamais Claude Verlon ne perd le terrain de vue. « Il était tout le temps volontaire pour partir en mission, notamment sur les zones de conflit, mais il n’était pas casse-cou. Il était prudent et préparait toujours minutieusement ses déplacements », indique un ami, chef opérateur du son comme lui.

Une compétence reconnue par tous

Préparation minutieuse, mais aussi sens de l’improvisation. En 2005, à Bamako, pour le 23e sommet Afrique-France, Claude réalise des prouesses techniques. Face aux contraintes, il appelle un de ses contacts au Burkina Faso. L’homme traverse les frontières et vient jusque dans la capitale malienne à bord d’un camion rempli de matériel. Ensemble, ils construisent un studio sous une paillotte, en extérieur, devant le Palais des Congrès où se tient l’événement. « D’autres grandes radios sont venues utiliser cet équipement tellement il fonctionnait bien », raconte un technicien de RFI.

L’année suivante, il monte à nouveau, dans des conditions difficiles, un studio au sommet de la francophonie organisé à Bucarest, en Roumanie. « On était les seuls à avoir un studio collé au Palais du Parlement », se souvient encore un confrère.

Cette compétence reconnue par tous, Claude ne la mettait jamais en avant. « Il ne faisait pas de bruit, dit l’un de ses amis. Il était discret, mais très efficace ». « Ses qualités humaines et son savoir-faire lui ont très vite valu le respect des journalistes de la radio. C’était la Rolls-Royce des techniciens”, conclut un reporter.

Publié le 28/09/2017 - Modifié le 24/04/2019

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