Dolly, la brebis génétiquement clonée, âgée de sept mois, le 25 février 1997 à Édimbourg en Écosse.
Dolly, la brebis génétiquement clonée, âgée de sept mois, le 25 février 1997 à Édimbourg en Écosse.
Paul Clements/AP Photo
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Vingt ans de clonage, et toujours beaucoup de questions

Le 23 février 1997, une équipe scientifique écossaise annonce une nouvelle qui fait l’effet d’une bombe : elle a réussi à cloner une brebis. « Dolly », née quelques mois auparavant, a atteint l’âge adulte en même temps qu’elle est rentrée dans l’histoire. Depuis, les manipulations génétiques se sont multipliées, mais la technique de clonage reste très coûteuse et assez incertaine.
Par Fabien Leboucq -

« Quand l’annonce a été faite, cela a suscité un véritable engouement autour du clonage », se souvient Jean-Louis Peyraud, directeur scientifique adjoint au département agriculture de l’Inra. Un an plus tard, en février 1998, l’Institut national de la recherche agronomique français a fait naître le premier clone de bovin, Marguerite, en utilisant la même technique que pour Dolly.

Mais le soufflé est vite retombé. L’un des objectifs initiaux était à terme d’utiliser le clonage pour les espèces d’élevage qui avaient des cycles de production lent, comme les vaches, ou les moutons. « Produire » plus vite et en plus grande quantité de meilleures bêtes que la nature, pour qu’elles ou leur lait terminent dans nos assiettes. Mais le clonage n’a pas rempli toutes ses promesses.

Cloner n’est pas gagner 

Cloner coûte cher, mais au départ, les entreprises espèrent que le prix de la technique diminuera à mesure de son développement. « A la fin des années 1990, le clonage est à moitié maîtrisé, mais aujourd’hui c’est encore un peu la même chose. Les taux de succès ont bien augmenté, mais n’ont jamais dépassé les 20% ou 25%, explique Jean-Louis Peyraud. Pour les scientifiques, c’est intéressant, mais pour les industriels beaucoup moins. »

D'autant que d’autres méthodes pour améliorer la rentabilité de l’élevage se développent à partir de la même époque. « Le clonage a été complètement balayé par la sélection génomique, affirme le chercheur de l’Inra. On effectue une prise de sang à la naissance de l’individu, on observe ses gènes, et on détermine sa valeur. » Aujourd’hui, cette opération ne coûte qu’une centaine d’euros (contre plusieurs milliers pour un clonage), et permet de sélectionner les espèces qui produiront le plus de lait, qui se reproduiront le plus facilement, ou qui auront la meilleure viande.

Qui plus est, les équipes scientifiques en charge de cloner des animaux sont confrontées à des problèmes éthiques. Beaucoup de bêtes clonées naissent avec des malformations et souffrent. La brebis Dolly n’a par exemple vécu que 6 ans : moitié moins que la moyenne de ses congénères. Elle est euthanasiée en 2003 à cause d’une maladie du poumon et d’une arthrose au genou, signes de son vieillissement prématuré. A noter toutefois : selon l’université de Nottingham, ses « descendantes », clonées comme elle, se portent bien à l’approche de leur dixième anniversaire.

A partir des années 2000, le clonage soulève plus de questions qu’il n’apporte de solutions. Progressivement, il est interdit à des fins d’élevage dans plusieurs pays d’Europe. Certains, comme la France, en viennent même à légiférer contre le recours à cette pratique dans le cadre scientifique. L’intérêt pour les chercheurs de cloner des animaux ? « Observer le processus de vieillissement, répond le chercheur de l’Inra Jean-Louis Peyraud, et tout ce qui a trait à l’épigénétique. » Autrement dit, essayer de comprendre pourquoi des individus qui ont un patrimoine génétique identique, comme c’est par exemple le cas de vrais jumeaux, ne se développent pas de la même manière.

Du clone de chien à la résurrection des mammouths

Des pays comme la Chine, les Etats-Unis ou la Corée du Sud restent toutefois des grands pratiquants du clonage. Plusieurs milliers de vaches seraient ainsi des clones ou des descendantes de clones aux Etats-Unis – difficile d’obtenir un chiffre précis en l’absence de traçabilité des produits. Il est d’ailleurs avéré que les consommateurs européens ont déjà mangé, sans le savoir, de la viande issue d’animaux clonés. Une viande a priori identique à celle de « vrais » animaux.

En Chine, une usine à clone est déjà en fonctionnement. Elle a commencé par produire des chiens renifleurs pour les douanes, et envisage à termes de cloner des vaches – un million par an à en croire le directeur de cette entreprise située près de Pékin. En Corée du Sud, un institut s’est aussi spécialisé dans le clonage de chiens. De riches clients y dépensent une dizaine de milliers d’euros pour obtenir une copie conforme de leur ami canin.

Déjà, quand l’Inra annonçait sa réussite dans les premières opérations de clonage, Jean-Louis Peyraud se rappelle : « On a reçu des coups de fil de particuliers, qui voulaient qu’on clone leur chien, ou leur chat. Bien sûr, on a refusé, c’était la porte ouverte au clonage humain. » Selon le chercheur, ce grand fantasme de la génétique est techniquement envisageable. Du point de vue de l’éthique et de la morale cependant, il est peu probable de voir un jour des clones se promener parmi nous.

Pour Jean-Louis Peyraud comme pour beaucoup de scientifiques, un autre intérêt du clonage réside dans la possibilité d’éviter la disparition d’espèces menacées. Ses équipes ont ainsi sauvé une espèce bovine, la Bleue de Bazougers. Si la dernière vache qu’ils avaient clonée est morte, ils conservent toutefois des échantillons de son génome à l’Inra. Par ailleurs, une équipe de Harvard a récemment affirmé être en capacité de pouvoir faire revivre le mammouth, sous une forme hybride, d’ici deux ans. Outre la prouesse scientifique que cela constituerait, Jean-Louis Peyraud salue aussi le progrès humain : « Notre mode de vie détruit la biodiversité, mais ce serait un beau symbole que la science permette de ramener des espèces disparues. »

Publié le 12/02/2021 - Modifié le 23/02/2021

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