Molybdène
Molybdène.
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Nos ancêtres les martiens ?

Et si la vie n’était pas apparue d’abord sur Terre, mais plutôt sur sa voisine rouge ? C’est une vieille hypothèse de travail des exobiologistes, ces scientifiques qui travaillent sur la possibilité de trouver la vie ailleurs que sur notre planète. Un nouvel élément vient accréditer cette piste, et tout part d’un morceau de métal.
Par Simon Rozé -

Le molybdène. Son nom n’est pas très connu, mais ce métal est très fréquent dans notre quotidien, puisqu’on le trouve dans certains outils de bricolage et les couronnes dentaires. Pourtant, sans lui, il n’y aurait pas de dents, de mâchoires, d’être humains, ni tout simplement, de vie. Il a, en effet, été essentiel à l’apparition de la vie sur Terre.

Retour en arrière, il y a très longtemps, soit près de 3,8 milliards d’années. À cette époque, la Terre est encore toute jeune, elle vient de fêter son 700 millionième anniversaire. C’est une époque terrible. Le système solaire est lui aussi tout jeunot, et des météorites ont la fâcheuse habitude de bombarder ses planètes.

Du molybdène, oui, mais avec de l'oxygène

C’est dans ces conditions qu’au fin fond des océans les premières cellules, nos ancêtres, sont apparues. Pour cela, elles avaient notamment besoin d’un élément essentiel à tout être vivant : le carbone. Problème, le carbone, avec le temps, à tendance à se transformer en goudron, guère utile pour jouer au petit chimiste du vivant.

Il y a cependant un moyen pour éviter cela : c’est de faire interagir ce carbone avec notre molybdène, à condition que ce dernier soit oxydé. Il doit ainsi auparavant avoir été au contact de très grandes doses d’oxygène, au point que les deux se mêlent - d’où le nom de molybdène oxydé.

Le souci, c’est qu’à cette époque dantesque, s’il y a bien du molybdène sur Terre, ce n’est pas vraiment le cas de l’oxygène. Comment la vie a-t-elle donc fait pour se développer à ce moment là ? C’est une question qui a provoqué de nombreuses pertes de cheveux chez les biologistes, tant ils se la posent depuis longtemps.

Un métal martien

La solution se trouverait dans le ciel, du côté de Mars. Notre voisine rouge a, en effet, le même âge que la Terre, mais a aussi la particularité de s’être développée beaucoup plus rapidement. Elle possédait du molybdène, de l’oxygène, et donc du molybdène oxydé bien avant nous. Il ne restait plus qu’à emmener tout ça sur Terre.

Rien de plus simple. On l’a vu, dans ces temps immémoriaux, l’activité météorique était beaucoup plus intense que maintenant dans le système solaire. La théorie est donc que Mars ait été frappée à plusieurs reprises, que des morceaux de son écorce se soient détachés et aient fini leur course chez nous. Cela semble effectivement s’être passé ainsi, puisqu’une analyse récente sur une météorite martienne échouée sur Terre vient d’y déceler du molybdène.

Un coup de chance, car si ce caillou et ses homologues n’avaient pas fait tout ce chemin, on ne serait sans doute pas là pour en parler. Cette découverte ne répond pas forcément à la grande question, car la vie terrienne aurait très bien pu se développer sans molybdène martien. Pour les auteurs de ces recherches, c’est en tout cas une preuve de plus allant dans ce sens.

La panspermie ou théorie de la fertilisation spatiale

Il existe également une autre piste de travail poussant les choses encore plus loin. Du joli nom de panspermie, elle suppose que la vie est d’abord apparue sur Mars, puis s’est embarquée à bord d’astéroïdes pour ensuite venir ensemencer la Terre.

Et pour le coup, il existe un moyen relativement simple de vérifier cette hypothèse, et c’est d’ailleurs l’un des objectifs de Curiosity, le robot ultra-perfectionné que la Nasa a envoyé sur Mars l’an dernier.

Pour comprendre, il faut aller faire un tour du côté de nos cellules. Dans leur noyau, les gènes de l’ADN contiennent les recettes nécessaires pour fabriquer les protéines. Celles-ci sont essentielles pour vivre et ont énormément de fonctions différentes : l’insuline servira à régler le taux de sucre dans le sang, par exemple.

Acides aminés de gauche ou de droite

Elles ont cependant toutes la même particularité, elles sont constituées de molécules appelées acides aminés. Ces derniers ont eux aussi une particularité : ils ont une forme bien spéciale – une sorte de pyramide – et surtout, ils ont un sens, gauche ou droite. Mais, dans un organisme vivant, il ne peut y avoir qu’un seul type d’acide aminé. Puisque tout ce qui vit sur Terre descend d’un ancêtre commun, tous les organismes vivants ont le même type d’acide aminé, en l’occurrence de type gauche.

Revenons maintenant à nos robots martiens. La mission première de Curiosity est de trouver des traces de vie passée sur la planète rouge. Si effectivement, il en trouve, il ne lui restera plus qu’à examiner dans quels sens sont orientés les acides aminés. Si, comme sur Terre, ils sont de type gauche, la théorie panspermie y trouvera en conséquence beaucoup de crédit. Si, par contre, ils sont de type droit, ce sera également une bonne nouvelle. Cela voudra simplement dire que deux types de vie différents sont apparus spontanément dans notre système solaire, et donc que la vie est très répandue dans l’univers.

Publié le 11/09/2015 - Modifié le 29/10/2015

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