Un tigre de Sibérie.
Un tigre de Sibérie.
Joe McDonald / Getty
Article

Les Premiers ministres russe et chinois interpellés au secours du tigre

Des mesures drastiques doivent être prises pour mettre fin au braconnage du tigre de l’Amour -encouragé par les Chinois jusque dans l’Extrême-Orient russe, où vivent la plupart des tigres de cette sous-espèce. Le sommet du tigre du 21 novembre 2010 dans l'ex-capitale impériale russe avait pour objectif de sauver une espèce menacée, en parvenant au doublement d'ici 2022 du nombre de spécimens dans le monde. Figurant parmi les représentants des treize pays abritant le tigre, les Premiers ministres russe et chinois, Vladimir Poutine et Wen Jiabao ont participé au sommet le 23 novembre 2010.
Par RFI -

Théoriquement, le tigre est protégé par la Cites : la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction interdit l'exploitation internationale des parties et produits de tigre à des fins commerciales. Mais les croyances qui attribuent des vertus médicinales exceptionnelles aux extraits de tigre sont très ancrées dans les mentalités. Le site de l’Ifaw le rappelle : cet animal est traditionnellement vénéré dans la culture orientale et « les os de tigre étaient historiquement utilisés pour soigner les rhumatismes dans la Médecine traditionnelle chinoise (MTC).» Selon une étude conduite dans sept villes chinoises en 2007, 43% des personnes interrogées ont consommé des produits contenant des parties du félin, dont des pansements et du vin à base d'os de tigre.

« Le développement à l'échelle mondiale de la MTC a engendré, pour sa part, une pression non durable sur les tigres déjà vulnérables. De ce fait, les communautés de la MTC basées tant en Chine qu'à l'étranger ont embrassé le concept de l'harmonie avec la nature ; elles prônent désormais des pratiques médicinales susceptibles de ne pas mettre en péril la survie d'espèces menacées telles que le tigre », souligne le Fonds international pour la protection des animaux. Mais la demande populaire reste très forte et encourage le braconnage dans l'Extrême-Orient russe où vivent la plupart des tigres de cette sous-espèce et, malgré leur interdiction et leur retrait officiel en 1993 de la pharmacopée locale : selon une enquête publiée dans un rapport avant le sommet, 88% des personnes interrogées savaient que la médecine traditionnelle à laquelle ils avaient recours était devenue illégale.

Éduquer, lutter contre la corruption aux frontières et stabiliser les populations

Il convient donc selon Grace Ge Gabriel, directrice régionale de la zone Asie du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), fer-de-lance de la campagne de sensibilisation des Chinois, de mener une lutte sur deux tableaux : d’une part, en éduquant les jeunes générations sur des croyances erronées et en les sensibilisant à la nécessité de protéger une espèce en voie de disparition croit qu'il faut surtout travailler avec les jeunes générations, d’autre part en renforçant le contrôle des frontières russo-chinoises principalement du côté de l'Extrême-Orient russe où vivent la plupart des 450-500 tigres de l'Amour alors que la Chine ne compte que 40-50 spécimens à l'état sauvage de ce tigre qui porte le nom du fleuve transfrontalier qui arrose la région. Grace Ge Gabriel souligne que : « La plupart des braconniers sont Russes, ils le font pour le commerce. Si on arrête le commerce, on arrête le braconnage », poursuit-elle.

Les deux pays ont des accords de coopération dans ce domaine, des douaniers russes ont été spécialement formés à Vladivostok pour faire face à ce problème. Il n’en demeure pas moins, remarque Alexeï Vaïsman, coordinateur du programme Traffic du Fonds mondial pour la nature (WWF) en Russie qu’il existe une « corruption à la frontière (russo-chinoise) » et qu’il n’y a pas, en Chine, « de contrôle adéquat sur le trafic intérieur ».

La Russie et la Chine sont « en train de créer des zones transfrontalières pour stabiliser la population du tigre en Russie et l'augmenter en Chine », a souligné le ministre russe des Ressources naturelles Iouri Troutnev. La coopération russo-chinoise va, à ce titre, tenter de « relier les zones d'habitat parce que les tigres ne voyagent pas avec un passeport », souligne Grade Ge Gabriel : « Un tigre a besoin d'au moins 250 km² pour survivre et se nourrir. Les régions frontalières doivent créer des couloirs pour les tigres », ajoute-t-elle.

Publié le 28/07/2017 - Modifié le 28/07/2017

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias