La centrale nucléaire de Fessenheim située en Alsace, dans l'est de la France.
La centrale nucléaire de Fessenheim située en Alsace, dans l'est de la France.
Vincent Kessler / REUTERS
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France: l'arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim en quatre questions

L'extinction du premier réacteur de Fessenheim, samedi 22 février, marque une première étape dans le processus d'arrêt total de la doyenne des centrales nucléaires françaises.
Par Romain Philips -

C’est le début de la fin pour Fessenheim. Après des années de débats et de reports, le premier réacteur de la doyenne des centrales nucléaires françaises sera mis à l’arrêt samedi 22 février, le second suivra le 30 juin. Une première étape avant le démantèlement total de l’infrastructure nucléaire. Mise en service en 1977, la centrale a connu de nombreuses manifestations et critiques de la part de ses opposants français, mais aussi allemands.

■ La centrale de Fessenheim, c'est quoi ?

Constituée de deux réacteurs de 900 Mégawatts (MW), dits de seconde génération, qui fonctionnent à eau pressurisée, cette centrale a été le premier élément du second plus grand parc nucléaire mondial, derrière les États-Unis. Le premier en termes de nombre de réacteurs (58 au total) par habitant. Située le long du Rhin, au bord de la frontière allemande et à quelques kilomètres de la Suisse, elle est sur la sellette depuis 2011, année durant laquelle François Hollande a promis son arrêt.

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Depuis sa création, la centrale de Fessenheim a produit « près de 430 milliards de kWh, soit environ la consommation électrique annuelle de la France », selon l'exploitant. Sur cette production, 17,5 % revient à la Suisse et 15 % à l’Allemagne, car les deux pays détiennent une participation équivalente dans la structure.

Les réacteurs de Fessenheim fonctionnent à l’eau pressurisée, une technologie américaine, différente de la technologie « graphite-gaz », abandonnée en France après l’incident de 1980 dans la centrale nucléaire de Saint-Laurent. Dans les réacteurs de Fessenheim, c’est donc de l’eau qui est utilisée comme « modérateur » et qui permet de réfrigérer le cœur du réacteur nucléaire.

■ Pourquoi ferme-t-elle ?

C’est « une première étape dans la stratégie énergétique de la France », a salué Matignon lors de la signature du décret officialisant l’arrêt de Fessenheim, mercredi 19 février. L’arrêt des réacteurs s’inscrit dans la volonté du gouvernement français de passer de 75 % à 50 % la part de nucléaire dans la production d’électricité française. Douze réacteurs doivent suivre Fessenheim, sans toutefois provoquer d’arrêt total de nouvelles centrales, d’ici 2035.

L’Autorité de sûreté nucléaire recommandait également dès le mois d’octobre l’arrêt des deux réacteurs en 2020 et 2022. EDF souhaitait l'exploiter plus longtemps. C’est à ce titre que l'entreprise sera indemnisée d’une somme « proche de 400 millions d’euros » pour « l’anticipation des dépenses liées à la fermeture de la centrale ». Des versements supplémentaires pouvant également être versés ultérieurement « correspondant à un éventuel manque à gagner », explique le groupe.

Fessenheim est aussi la cible de nombreuses critiques qui ont été de plus en plus virulentes depuis la catastrophe de Fukushima en 2011. Pour Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, la centrale « cumule plusieurs problèmes ». Au-delà du vieillissement, sa position en zone sismique avérée et en contrebas du grand canal d’Alsace, rendant possible le risque « d’inondation et de submersion en cas de rupture du canal », inquiètent toujours les groupes antinucléaires.

■ Comment l'arrêt de la centrale va-t-il se dérouler ?

Ce vendredi 21 février, à 20h30, les techniciens présents dans la centrale lancent l’arrêt progressif du réacteur. S’en suivra une baisse progressive de la température et de la pression, qui atteignent respectivement 306,5°C et 155 bars à plein régime. La fin de la procédure est estimée aux alentours de 2h du matin le lendemain. « Lorsque le réacteur sera redescendu jusqu'à 8% de sa puissance, il pourra être "découplé", c'est-à-dire déconnecté du réseau électrique national », détaille EDF.

Tandis que le second réacteur sera mis à l’arrêt en juin prochain, le démantèlement s’étendra jusqu’en 2040, au minimum. La priorité pour EDF sera d’évacuer « l’ensemble du combustible avant 2023 », selon l’Autorité de sureté du nucléaire (ASN). Une partie des déchets sera conservée dans des piscines de décontamination. Un projet qui inquiète l’association Sortir du nucléaire, car les piscines, non-bunkérisées, sont sensibles aux mêmes risques que la centrale. Les déchets nucléaires seront ensuite répartis en fonction de leur radioactivité dans différents centres comme celui de retraitement de La Hague ou ceux de l’Andra (l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs).

Une fois la majeure partie des substances les plus dangereuses évacuées suivra le démontage des bâtiments et des différents équipements, établi selon un plan de démantèlement présenté par EDF. Toutefois, le plan, dans sa version actuelle, est « insuffisant » selon l’ASN qui demande « des compléments » concernant notamment « l’état des équipements qui seront employés pour les opérations de démantèlement, ainsi que la gestion des déchets ». C’est la première fois, en France, qu’un projet de démantèlement d’une centrale aussi grande est mené.

■ Quels impacts pour la région ?

La fermeture de la centrale est « un traumatisme pour le territoire », se désole Claude Brender, le maire de Fessenheim, qui estime au micro de RFI que cette fermeture se fait « de façon électoraliste ». Dans cette région, EDF est « l’employeur principal ». Lorsque la centrale tournait à plein régime, « 2000 emplois directs, indirects et induits » étaient liés à son activité, selon l'Insee. Une industrie qui permettait également à plusieurs commerces de vivre grâce à l'attractivité du lieu et les nombreux travailleurs qui gravitaient autour de l’installation.

Pour tenter de rassurer les élus de cette région peu dotée en termes d’industries, la ministre de la Transition écologique, qui avait déjà promis qu’il n’y aurait aucune perte d’emploi après la fermeture de Fessenheim, s’est rendue à Colmar ce vendredi. Elle a tenu à réaffirmer le soutien du gouvernement au projet de Technocentre qui doit voir le jour dans la région. « Nous avons (...) réaffirmé la volonté de l'État de créer à Fessenheim un centre d'excellence du démantèlement nucléaire, s'appuyant sur un Technocentre pour le recyclage des matériaux métalliques. » De son côté, Claude Brender est rassuré sur ce point, mais reste sceptique puisque ce projet consacré au recyclage des matériaux métalliques apportera « 150 emplois mais au mieux dans 10 ans ». D’autres projets sont en réflexion en partenariat avec des acteurs allemands.

Plusieurs mobilisations sont prévues samedi 22 aux alentours de Fessenheim. Les élus locaux se rassembleront pour rappeler au gouvernement l’importance de ne pas abandonner ce territoire. En parallèle, les organisations antinucléaires ont également prévu des évènements pour montrer leur détermination à voir les projets de démantèlement aboutir. « Fessenheim ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt », estime Charlotte Mijeon. « Il reste 56 réacteurs nucléaires en France et dans les cinq ans à venir, une trentaine de réacteurs auront dépassé les 40 ans de fonctionnement. »

Publié le 24/02/2020 - Modifié le 24/02/2020

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