VIH-Sida: les outils sont là, leur implémentation reste difficile
La 10e conférence de l'International AIDS Society (IAS), à Mexico le 22 juillet 2019.
Rodrigo Arangua/AFP
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VIH-Sida: les outils sont là, leur implémentation reste difficile

La 10e conférence scientifique internationale sur le Sida se tient cette semaine à Mexico. Cinq mille chercheurs et scientifiques du monde entier sont réunis pour présenter les derniers résultats dans la lutte contre la maladie.
Par Simon Rozé -

De notre envoyé spécial à Mexico,

En 2018, le VIH/Sida a tué 770 000 personnes et en a contaminé 1,7 million d’autres, selon le dernier rapport de l’Onusida. Si ces chiffres restent élevés, ils diminuent d’année en année.

Les progrès sont cependant de plus en plus lents, à tel point que les objectifs fixés par la communauté en 2020 semblent très compromis. Le passage du laboratoire au terrain est en effet compliqué.

« Nous avons de très bons outils », explique le Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses, et grande figure de la recherche contre la maladie.

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« Si l’on traite aujourd’hui une personne avec le VIH, on peut rendre le virus indétectable dans son organisme. Non seulement on lui sauve la vie, mais en plus, cette personne ne pourra plus transmettre le virus à quelqu’un d’autre. »

En effet, si ce qu’on appelle la charge virale est indétectable, une personne séropositive n’est plus contagieuse, même en cas de rapport non protégé. En termes d’épidémiologie, c’est ce qu’on appelle le « traitement comme prévention ».

Malgré les outils, la lutte contre l’épidémie patine

Du côté de la prévention justement, la boîte à outils à disposition de la communauté s’est également enrichie ces dernières années : « Nous avons ce qu’on appelle la prophylaxie pré-exposition, la Prep », poursuit Anthony Fauci.

« Si quelqu’un qui a un risque élevé de contracter le VIH prend une pilule par jour, alors le risque qu’elle tombe malade diminue de 95% ! »

Malgré ces deux outils très puissants, la lutte contre l’épidémie patine : « Si on les utilisait à 100% de leurs capacités, alors théoriquement, on mettrait fin à l’épidémie demain. Malheureusement, le monde réel n’est pas la théorie », juge le chercheur.

Quelques chiffres permettent de se rendre compte de ce décalage : il y a aujourd’hui 23 millions de personnes sous traitement, mais 14 millions d’autres ne sont pas touchées. Quelque 400 000 personnes sont sous Prep quand il en faudrait 3 millions.

« La disparité entre pays, entre populations et entre programmes se creuse de plus en plus », analyse François Dabis, le patron de l’ANRS, l’Agence nationale de recherche sur le Sida.

Parvenir à un véritable changement de paradigme

Il apparaît en effet que le plus compliqué dans la riposte est d’aller chercher les malades, sur le terrain, dans toute leur diversité. Il faut parvenir à un véritable changement de paradigme, estime François Dabis.

« Il faut faire du sur-mesure avec notre boîte à outils, mais ça va à l’encontre de ce qu’on a appelé l’approche de santé publique pendant des années », explique-t-il. Il s’agissait en effet d’apporter une réponse unique pour favoriser une application à grande échelle.

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Or, on s’aperçoit aujourd’hui que cette approche montre ses limites. « Il faut conserver une direction, dans chaque pays, mais sur le terrain, il faut affiner le plus possible. Mais c’est très compliqué. Il faut s’adapter à autant de populations, autant de contextes, autant de solutions qu’il faut savoir combiner », estime-t-il.

D'autant plus qu’à ces considérations de santé publique s’ajoute celle de la discrimination et de la stigmatisation, qui entraînent la sortie de pans entiers de la population des parcours de soin.

Simplifier l’accès à la prévention et aux traitements

Ainsi, dans un pays où l’homosexualité est criminalisée, une personne gay malade n’aura que très difficilement accès au traitement, puisqu’elle ne prendra pas la risque de pousser la porte de l’hôpital.

Cette stigmatisation fait que celles que l’on appelle les populations clés - les homosexuels, les usagers de drogues, les prisonniers, les travailleuses du sexe - constituent un réservoir important de l’épidémie. Pour la première fois en 2018, ces catégories ont représenté plus de la moitié des nouvelles contaminations.

Pour remédier à ces difficultés, tout un pan des recherches actuelles vise à simplifier l’accès à la prévention et aux traitements, pour favoriser leur déploiement sur le terrain. « Une des grandes barrières de la Prep, c’est que les gens ont du mal à être rigoureux dans sa prise », explique Anthony Fauci.

« Une étude a été réalisée, ajoute-t-il, avec des jeunes femmes en Afrique du Sud à qui on a proposé la prise de la Prep. Elles étaient 85% à la prendre dans les premiers mois. Un an plus tard, elles n’étaient plus que 9%, c’est terrible. »

Réduire le risque de stigmatisation pour les patients

Pour remédier à ce problème, des recherches sont par exemple menées pour rendre son administration plus souple. Les résultats préliminaires de l’étude MK-8591 ont ainsi été présentés à l’occasion de cette conférence sur le Sida à Mexico.

Elle consiste à développer un implant qui diffuserait la Prep dans l’organisme pendant une durée d’un an, et les premières données sont encourageantes. « Si on peut avoir un système où on n’a pas à se préoccuper de la Prep pendant 12 mois, ce serait une avancée majeure pour la prévention », estime le Dr Fauci.

►Infographie : Sida, histoire d’une épidémie

Cette solution a également l’avantage de réduire le risque de stigmatisation, cet implant étant invisible, et permet d’éviter les rendez-vous trop fréquents à la clinique pour se faire prescrire la Prep.

Il reste enfin le nerf de la guerre pour que de réelles avancées puissent avoir lieu sur le terrain : l’argent. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que les financements internationaux ne sont pas à la hauteur des efforts qu’il reste à fournir.

Ce sera justement le sujet d’une autre conférence, celle de reconstitution du Fonds mondial contre le Sida. Elle aura lieu à l’automne, à Grenoble en France.

Publié le 25/07/2019 - Modifié le 25/07/2019

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