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Selon une étude, manger plus sainement diminue le risque de cancer.
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Quelque 30% des cancers pourraient être évités

Un grand rapport national, réalisé sous la coprésidence du professeur Maurice Tubiana (Académie de médecine) et de Peter Boyle (Centre international de recherche sur le cancer (Circ/Irac-OMS, Lyon, France), réaffirme que près de 30% de la mortalité par cancer pourrait être évitée si les personnes adoptaient une meilleure hygiène de vie. Comment expliquer les cas de cancers observés chez des personnes ayant toujours eu une bonne hygiène de vie ? Et, comment justifier, par exemple, l'augmentation des cas de cancer du poumon tandis que la consommation de tabac et d'alcool recule ? Le rapport suscite la polémique.
Par Dominique Raizon -

La moitié des cancers reste-t-elle inexpliquée ? « Pensez aux chevaux de course et aux chiens de chasse, si on ne les fait pas courir tous les jours, ils meurent jeunes ! », a déclaré le professeur Tubiana en présentant les conclusions du rapport sur les causes possibles de cancer. L'Académie de médecine, celle des Sciences, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), en association avec la Fédération des centres de lutte contre le cancer, l'Institut de veille sanitaire et l'Institut national du cancer ont collaboré pendant deux ans pour parvenir à ces conclusions. « L'homme n'est pas fait pour rester assis dans son fauteuil », a insisté le président honoraire de l’Académie des sciences,  insistant sur le fait qu’il est possible de préserver sa santé en agissant sur les facteurs de risques connus  -tels que l’alcool et le tabac- ou moins connus -comme l'excès de poids ou le manque d'exercice.

Selon ce rapport, les principales causes du cancer seraient donc liées à notre mode de vie, bien plus qu’à la qualité de l'environnement. « Si toutes les personnes qui fument en France s'arrêtaient, on gagnerait, disons dans les dix à quinze ans qui suivent, deux ans et demi d'espérance de vie », a estimé le Dr Peter Boyle. Et, le professeur Tubiana de préconiser une alimentation variée, riche en fruits et en légumes, mais modérée en calories, tout en admettant que « Nous [le corps médical] sommes tous convaincus que l’alimentation joue un  rôle très important, mais nous ne savons pas trop comment ».

Quid des études de toxicologie et de biologie moléculaire ?

Le recours aux traitements hormonaux de la ménopause et leur durée s’avèrent, pour 2% environ, la cause de décès par cancer, essentiellement du sein et de l'ovaire, selon le rapport. Dans la balance, la pilule (œstroprogestatifs combinés ou séquentiels) « n'est pas associée à un risque global accru de cancer » et pourrait même entraîner « un bénéfice net en terme de santé publique », selon une étude parue le 12 septembre 2007 dans le British Medical Journal (BMJ).

« Les expositions professionnelles à des substances cancérogènes – ou suspectées de l'être – expliquent un peu moins de 4% des cancers chez l'homme et de 0,5% chez la femme », selon le rapport. Au final, seuls 0,5% des décès seraient dus à la pollution, soit un pourcentage encore inférieur à celui de 1% que préconisait déjà en 1981 les deux épidémiologistes Doll et Peto. Si personne ne conteste qu’une mauvaise hygiène de vie est un facteur qui favorise le risque de développer un cancer, une partie du corps médical estime que les facteurs environnementaux ont été sinon sous-estimés, du moins mal interprétés.

Les limites de l’épidémiologie

L’Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse (Artac) explique que les raisons de cette aberration tiennent à la méthodologie utilisée : il s’agit d’un rapport purement fondé sur des données épidémiologiques, analysant les facteurs de risque classiques plutôt que les  effets des agents cancérigènes eux-mêmes. Ainsi, le rapport ne tient pas compte des études de toxicologie et de biologie moléculaire. Il a, par principe, occulté de très nombreuses substances CMR (cancérigènes, mutagènes et/ou reprotoxiques) reconnues internationalement comme telles. Les dioxines et les pesticides ne sont par exemple pas pris en compte, ni même les effets de la radioactivité.

Ce rapport démontre, une fois de plus, les limites de l’épidémiologie lorsqu’elle est utilisée sans le recours à la toxicologie et la biologie, ce qui conduit à ne trouver aucune cause précise pour plus de 50% des cancers. Il n’apporte pas d’explication claire en termes de santé publique, sur l’augmentation de fréquence des cancers observée depuis ces 25 dernières années, malgré une réduction du tabagisme et de l'alcoolisme. « Si les progrès réalisés en matière de dépistage permettent de diagnostiquer les cancers plus tôt et d’en améliorer le pronostic, ils n’expliquent pas à eux seuls l’augmentation de l’incidence des cancers », s'insurge le professeur Belpomme, initiateur de l'Appel de Paris sur les dangers sanitaire de la pollution, chimique en 2004.

Professeur Belpomme (01:08)

Artac, une association à but non lucratif agréée par le Ministère de la Recherche, unit dans un même combat des cancérologues, des malades et des représentants de la société civile. Les recherches de l’association portent aussi bien sur le développement de nouveaux traitements pour améliorer les chances de guérison des malades que sur l’identification des causes de la maladie (notamment la pollution chimique, physique et biologique) pour protéger les bien-portants et les générations futures.

Cette association souligne pour sa part que, contre toute attente, le rapport ne fait que confirmer indirectement le rôle majeur de l’environnement dans la genèse des cancers, et donc les travaux scientifiques de l’Artac, puisqu’il se heurte à l’incapacité d’expliquer plus d’un cancer sur deux par des causes liées à notre mode de vie.

Publié le 26/01/2016 - Modifié le 26/01/2016

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