Audio

Pourquoi le coronavirus attise le patriotisme économique ?

Le président américain Donald Trump répond aux questions des journalistes lors d'un point-presse sur le coronavirus, le 27 avril 2020 à la Maison Blanche.
Le président américain Donald Trump répond aux questions des journalistes lors d'un point-presse sur le coronavirus, le 27 avril 2020 à la Maison Blanche.
Mandel Ngan / AFP
Comme beaucoup d’autres économies avancées ou émergentes, la France renforce la surveillance des investissements étrangers. C’est ce qu’a annoncé hier Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des Finances. Cette vague de mesures défensives est en partie étayée par le coronavirus.

04'04'' - Première diffusion le 30/04/2020

Dès la fin du mois de mars, Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence, met en garde les Vingt-Sept contre les prédateurs étrangers qui pourraient rafler les pépites du continent, affaibli par la crise économique. Donald Trump a ainsi tenté de mettre la main sur CureVac, une biotech allemande prometteuse travaillant sur un projet de vaccin anti-coronavirus. Cette affaire a stupéfié toute l’Europe.

Dorénavant, un acteur étranger convoitant une prise de participation de 10% dans une entreprise française devra obtenir le feu vert de l’État. Ce seuil était de 25% depuis le premier janvier, de 33% auparavant. La France, comme l’Allemagne, le Japon, l’Australie et bien d’autres encore, relève donc les barrières pour défendre les entreprises. Et cela dans un nombre grandissant de secteur.

Jusqu’à maintenant; les États, et surtout les États-Unis, étaient très sourcilleux sur les questions de propriété intellectuelle et sur les industries de défense. Mais avec la pénurie de masques, de gants ou de médicaments, les pays dit avancés réalisent qu’il peut être utile de protéger aussi son outil de production pour conserver la maîtrise de son approvisionnement. La liste des secteurs considérés comme sensibles s’allonge dans de nombreux pays, la santé y est désormais en bonne place dans la plupart d’entre eux.

La Chine est le principal pays visé par ces nouvelles barrières ?

C’est le pays le plus redouté et le plus offensif. L’Allemagne en a pris conscience en 2016 quand le chinois Midea a mis la main sur son fabricant de robot Kuka. Étant donné que la cible de cette surveillance accrue ne peut pas être nommée, l’Inde vient d’adopter un curieux dispositif de surveillance des investissements étrangers visant tous ceux en provenance des pays frontaliers, dont la Chine, mais aussi le Bouthan et le Népal, deux pays pas vraiment connus pour leurs investissements à l’étranger.

Et l’on découvre que Hong Kong, l’archipel, et donc pas tout à fait un voisin de l’Inde, est pourtant inclus dans ce décret aux contours a priori géographiques : et pour cause, c’est par ce territoire que transite la majorité des investissements chinois réalisés en Inde. Les pays européens cherchent eux aussi à se protéger de la Chine. En revanche, ils n’appliquent pas cette surveillance renforcée aux pays tiers, à l’exception de l’Italie. Le gouvernement de Giuseppe Conte a décidé de scruter tous les investisseurs étrangers, quel que soit leur nationalité et sur une gamme d’activités très étendue. Une méfiance compréhensible, plusieurs des fleurons industriels italiens sont passés sous le contrôle de grandes entreprises françaises, chinoises ou américaines.

Cette vigilance accrue pourrait réduire les flux d’investissement étrangers ?

C’est d’abord la récession qui va assécher ces flux. Selon la Cnuced, la Conférence des nations unies sur le commerce et le développement, les investissements directs étrangers pourraient chuter de 30% à 40% cette année. Une baisse comparable à celle qui a suivi la crise financière de 2008 -les investissements directs étrangers avaient reculé de 37%. Les mesures prises par les États pour protéger leur patrimoine économique vont sans doute accentuer cette tendance, mais aucun pays n’a intérêt à tarir cette source de financement. Les investissements étrangers sont un accélérateur de croissance, ils seront bienvenus pour participer à la relance mondiale de l’économie. En France, ils représentent deux millions d’emplois.

Publié le 07/07/2020 - Modifié le 07/07/2020 - Par Dominique Baillard

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias