Lutte contre le cancer : l’Afrique francophone à la traîne
Cellules cancéreuses.
Institut Curie
Article

Lutte contre le cancer: l’Afrique francophone à la traîne

S’il y a une maladie dont on parle peu, c’est bien le cancer. Pourtant, en Afrique, il fait chaque année plus de victimes que le sida et la tuberculose réunis. Or, en ce qui concerne l’accès à la radiothérapie, outil aujourd’hui le plus commun et le plus efficace dans le monde, pour diagnostiquer ou soigner un cancer, l’Afrique francophone a pris un retard alarmant face à ses voisins anglophones.
Par Blaise Gauquelin -

Les Africains ne sont plus égaux face au cancer. Ces quinze dernières années, tous les pays anglophones du continent se sont en effet dotés de centres de radiothérapie, alors que la population des pays francophones n’a, pour le moment, toujours aucune chance d’avoir accès à cette technologie de pointe. Aujourd’hui, on meurt donc plus du cancer en Mauritanie ou au Mali qu’au Kenya et en Zambie.

Ce constat alarmant est fait en décortiquant les statistiques disponibles à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). C’est auprès de cet organe de l’ONU, basé à Vienne, en Autriche, que les pays en développement peuvent obtenir de l’assistance s’ils veulent mettre en place un programme de médecine nucléaire.

Les causes du retard sont multiples et complexes

Or, si tous les pays anglophones d’Afrique possèdent au moins un centre médical spécialisé en radiothérapie, en Afrique de l’Ouest, seul le Sénégal est depuis peu doté d’une unité. Madagascar travaille à l’inauguration d’un tout premier pôle, qui pourrait ouvrir dans les années à venir. Dans les autres pays francophones, les patients n’ont quasiment aucune chance d’obtenir un diagnostic pour certains cancers et pour d’autres, d’avoir accès à une thérapie utilisée dans 60% des traitements en Europe.

Coûts prohibitifs des installations, généralisation de l’anglais dans les offres de formation, marginalisation du français dans les outils d’information des organisations internationales, fuite des cerveaux : les causes de ce retard des pays francophones sur les anglophones sont multiples et complexes. Mais cette année, l’AIEA et son Programme d’Action pour la Thérapie du Cancer (PACT) ont multiplié les démarches innovantes afin de mettre en place des partenariats inédits.

Investir un milliard de dollar sur vingt ans

Le but du PACT est d’aider les pays en développement à mettre sur pied un programme de lutte contre la maladie adapté à leurs besoins, alors que désormais 70% des nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués dans leur zone géographique. Ce chiffre devrait augmenter dans les années à venir en raison de la pollution croissante et du développement de cancers spécifiquement liés au VIH.

Un congrès régional va avoir lieu fin novembre ou début décembre à Dakar. Pour la première fois, des spécialistes du cancer venant de pays d’Afrique anglophone et francophone vont se réunir et discuter d’une approche globale. Nul doute qu’ils appelleront à une généralisation de l’accès à la radiothérapie sur le continent. Il faudrait alors investir un milliard de dollar sur vingt ans. Une somme que les experts jugent modique face aux enjeux.

À consulter :

Publié le 25/01/2016 - Modifié le 25/01/2016

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias