Les dirigeants européens discutent d'un plan de relance massif destiné à soutenir l'économie européenne sinistrée par la pandémie Covid-19.
Les dirigeants européens discutent d'un plan de relance massif destiné à soutenir l'économie européenne sinistrée par la pandémie Covid-19.
Ute Grabowsky/Photothek/Getty Images
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Fonds de relance européen: «Cette crise réclame une réaction la plus rapide possible»

Les chefs d’États membres de l'UE se sont réunis le 19 juin 2020, lors d'un Conseil européen par visio-conférence, du fonds de relance de 750 milliards d’euros. Ce dernier est destiné à relancer l’économie européenne après la crise provoquée par le coronavirus. Il sera alimenté par des emprunts de la Commission européenne au nom de l'UE. Un accord sur ce mode de financement est peu probable lors du sommet car des pays dits « frugaux » maintiennent leur refus. Il faudra probablement attendre le Conseil européen du mois de juillet. Entretien avec Jérôme Creel, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
Par Altin Lazaj -

RFI : Pourquoi est-il urgent de trouver un accord avant cet été ?

Jérôme Creel : Il est urgent de trouver un accord car la récession économique en Europe est inédite et profonde. Cette crise réclame une réaction la plus rapide possible. Les gouvernements des différents États membres ont réagi nationalement, mais un certain nombre de pays ne disposent pas de marges de manœuvres budgétaires suffisantes pour faire face à cette crise, pour investir dans la santé, investir dans une économie bas carbone, investir dans la digitalisation. Donc, tous les défis à long terme que nous avons impliquent des investissements rapidement, c'est pourquoi ce fonds de relance doit être décidé au plus vite.

Pourquoi il est si difficile de conclure un accord ?

La proposition franco-allemande et celle de la Commission propose aux États membres de s'endetter collectivement pour financer les dépenses afin de sortir de la crise économique provoquée par le Covid-19. L'enjeu est donc très important. Il ne s'agit pas simplement que les États membres de l'UE s'accordent sur des dépenses mais de s'accorder aussi sur les modes de financement de ces dépenses. Les pays dit frugaux, les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède et le Danemark restent sur leur position. Ces pays ne souhaitent pas partager le fardeau d'une dette avec des pays comme l’Italie ou l’Espagne. Ils sont très inquiets de l'absence d'une discipline budgétaire de différents États membres. Les risques que ces pays frugaux voient dans une dette mutualisée, c'est qu'on laisse certains pays du sud continuer de s'endetter sans se soucier de rembourser les dettes contractées. C'est pourquoi il faudra du temps pour trouver un accord , la mutualisation de la dette est une décision un peu inédite.

Est-ce que l’Allemagne peut jouer un rôle important dans la prise de décision ?

Oui, car l’Allemagne c'est le plus grand pays de la zone euro en termes de richesses produites par année et de population. Elle est donc un leader naturel de l'UE. Il y a un élément très important à rappeler; l’Allemagne a changé de camp. Avant, elle était réticente à l'idée de mutualiser les dettes avec les autres États membres pour créer ce fond de relance. L'Allemagne ne souhaitait pas émettre des dettes publiques communes dont elle partagerait les responsabilités avec tous les pays membres y compromis avec les pays du sud de l’Europe. L’Allemagne a donc changé et s’est rapprochée de la position française.

 

►À écouter Dacian Ciolos : à crise européenne, solution européenne !

Publié le 22/06/2020 - Modifié le 29/07/2020

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