Un homme dépose une gerbe commémorative pour les 20 ans de la «révolution roumaine», sur la place de l’Université, à Bucarest, le 21 décembre 2009.
Un homme dépose une gerbe commémorative pour les 20 ans de la «révolution roumaine», sur la place de l’Université, à Bucarest, le 21 décembre 2009.
Reuters / Radu Sigheti
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Roumanie 1989 : une révolution dans le sang

En décembre 1989, un mois après la chute du Mur de Berlin, une série d’émeutes et de protestations – d’abord à Timisoara la quatrième ville du pays, puis à Bucarest, la capitale – aboutissent au renversement du régime de Ceausescu puis à l’exécution du dictateur et de son épouse le jour de Noël.
Par Dominique de Courcelles -

De tous les pays de l’Est qui ont renversé des régimes communistes dans la foulée de la chute du Mur de Berlin, en 1989-1990, la Roumanie est le seul pays où cela se soit passé dans le sang : plus de mille morts.  

Le terreau du mécontentement, on le connaît, c’est le même dans tous les pays de l’Est : pauvreté, mécontentement, manque de liberté, le tout sous la férule de la terrible police secrète la Securitate.

En mars 1989, six anciens membres du parti communiste critiquent la politique économique de Nicolae Ceausescu dans une lettre ouverte. Mais son image se rétablit quelque peu, quand il décide de rembourser toute la dette extérieure du pays.

Le 16 décembre cependant, tout bascule à Timisoara à partir d’une manifestation de soutien contre l’évacuation d’un pasteur hongrois que la Securitate voulait expulser. Des chants anti-communistes se font entendre, la police politique répond avec gaz lacrymogènes et canons à eau.

Des drapeaux troués   

Dès le lendemain, nouvelle manifestation. Les premiers drapeaux apparaissent, avec un trou au milieu, à la place des insignes communistes. L’armée envoie les blindés. La répression fait des dizaines de morts. Devant l’Opéra, 100 000 personnes demandent la démission du chef de l’État et la tenue d’élections libres. Des militaires les rejoignent, un Front démocratique roumain est constitué le 20 décembre et proclame Timisoara première ville libre de Roumanie.

Le 21 décembre, c’est au tour des ouvriers de manifester contre le gouvernement, « nous sommes le peuple », clament-ils, pendant qu’à Bucarest, le même jour, tout bascule aussi.

Ceausescu revient d’Iran et constate la situation dégradée dans le pays .Les Roumains sont au courant des évènements de Timisoara. Le « Génie des Carpates » décide alors d’organiser un rassemblement de masse en soutien à son régime. Diffusé en direct à la télévision, il tourne en protestation massive contre le régime. Sous les huées, et dépassé par la foule, le chef de l’État est obligé d’interrompre son discours. De plus en plus de gens envahissent les rues, érigent des barricades et l’armée commence à réprimer le mouvement, dans la capitale aussi.

Exécutés le jour de Noël   
 
Le lendemain, 22 décembre, le dictateur et sa femme Elena fuient le palais présidentiel d’abord par hélicoptère puis en voiture. Ils sont interpellés à 60 kilomètres au nord de la capitale, à Targoviste. Le 25 décembre, à l’issue d’un procès sommaire à huis clos, ils sont condamnés à mort par un tribunal militaire puis exécutés.

Entre-temps, un Conseil du Front du Salut a été créé à Bucarest, présidé par un ancien apparatchik communiste, Ion Iliescu. La plus grande confusion règne dans les rues et des centaines de victimes continuent de tomber dans les rues, sans que l’on sache bien, encore aujourd’hui, qui sont les tireurs et s’il y avait manipulation. Des terroristes étrangers évoqués par certains, dont le Front de salut national ? L’armée ? Des membres de la Securitate ? Au total, 1 104 personnes auront trouvé la mort durant ces événements.

Le 26 décembre, le calme revient, et le professeur Petre Roman est nommé Premier ministre.

Le 31 décembre, le pluralisme politique est officiellement instauré dans le pays.

20 ans après, cette révolution est toujours entourée de nombreuses zones d’ombres, sur le caractère spontané ou organisé des manifestations, l’identité des tireurs, les manipulations politiques, l’improvisation réelle ou feinte du procès puis de l’exécution du dictateur, le rôle de Moscou, autant d’éléments troubles dont le premier reste le rôle déterminant joué par les  communistes pendant et après ces jours noirs.   

Publié le 10/12/2019 - Modifié le 06/01/2020

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