Pourquoi nos témoins ont-ils été déportés au Goulag ?
Funérailles au Goulag, Kazakhstan.
CERCEC
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Pourquoi nos témoins ont-ils été déportés au Goulag ?

Véra, Antanas, Klara, Silva, Iaroslav, Andrej, Elena, Josas ont tous fait l’expérience du Goulag stalinien, soit en étant incarcérés dans des camps de travail forcé, soit en suivant leurs parents dans des villages lointains de Sibérie. Ils appartiennent tous à des cibles bien précises visées par la répression stalinienne*.
Par Marta Craveri -

Article publié en 2010

Le père de Silva ainsi que toute sa famille sont persécutés dans le cadre des répressions d’avant guerre, suite à la signature du pacte entre Hitler et Staline. En effet, en septembre 1939, l’Union soviétique annexe les territoires orientaux de la Pologne (l’Ukraine et la Biélorussie occidentales) et les Pays baltes ; les élites politiques, économiques et militaires de ces pays sont arrêtées, condamnées et déportées au Goulag.

En 1943, avec la défaite de la Wehrmacht (l’armée allemande) et la reconquête de ces territoires par l’Armée rouge, des unités spéciales de la police politique soviétique déclenchent une nouvelle vague de répression qui se traduit par la déportation ou l’arrestation et la condamnation aux travaux forcés de centaines de milliers de personnes vivant en Pologne, en Estonie, en Lituanie, en Lettonie et en Ukraine occidentale.
 

Dans les Pays baltes, sont arrêtés ceux qui sont accusés d’avoir collaboré avec les nazis, mais aussi ceux qui avaient été forcés de partir travailler en Allemagne ou encore ceux qui s’y étaient rendus volontairement. Sans oublier les résistants des formations qui combattaient contre l’Armée rouge, les soldats baltes qui avaient rejoint soit la Wehrmacht soit les SS. Antanas fait partie de ceux qui ont soutenu activement les « frères des bois » (les résistants lituaniens) et pour cette raison, malgré qu’il soit encore mineur, il est condamné à 10 ans de travaux forcés.
 
Les paysans baltes se sont systématiquement opposés à la collectivisation forcée des terres et ont aidé les résistants. C’est pourquoi les Soviétiques lancent une nouvelle opération de déportation au printemps 1949, qui touche environ 95 000 paysans, dont les parents de Elena et Josas.
 
En Ukraine occidentale, les activistes et les sympathisants de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) sont réprimés ainsi que les officiers et soldats de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), comme Véra et comme le père de Iaroslav. Les collaborateurs et les soldats de la Division Galicia, une armée volontaire de la Waffen SS sont également condamnés à de lourdes peines de travaux forcés. Pour priver l’UPA du soutien des paysans,  le NKVD, la police politique, brûle et déporte des villages entiers.
 
En Pologne, à partir du mois de février 1942, une armée de résistance s’organise contre l’occupant. Elle se nomme Armia Krajowa et opère sur tout le territoire polonais d’avant 1939. Les officiers et les soldats de l’Armia Krajowa, arrêtés pendant l’avance de l’Armée rouge, à partir de la fin de 1943 en Ukraine et Biélorussie occidentales, furent condamnés aux travaux forcés dans les camps du Goulag. Andrej est accusé d’avoir soutenu cette armée.
 
Dans l’après-guerre, la Hongrie et la Tchécoslovaquie sont également touchées par la répression systématique de toutes les personnes pouvant constituer un obstacle à l’instauration d’un régime communiste dans ces pays, tandis que dans leurs territoires frontaliers avec l’Ukraine, d’importants transferts forcés de population sont entrepris par les Soviétiques. Des camps provisoires sont organisés sur les territoires hongrois et tchécoslovaques d’où les prisonniers ont été ensuite acheminés dans les camps du Goulag en Union soviétique.  A 14 ans, Klara est condamnée, son crime:  être la fille d’un gendarme.
 
Marta Craveri, coordinatrice du projet des archives sonores du Goulag, CERCEC (Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen)

 
* Staline meurt le 5 mars 1953, son successeur, Nikita Khrouchtchev, dénonce ses crimes, c'est la «déstalinisation».

Publié le 01/02/2016 - Modifié le 01/02/2016

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