Statue du Général De Gaulle sur les Champs Élysées à Paris.
Statue du Général De Gaulle sur les Champs Élysées à Paris.
Jacques Demarthon/AFP Photo
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Le gaullisme quitte la politique et rejoint l'Histoire

La France a célébré, le 9 novembre 2000, le trentième anniversaire de la mort du général de Gaulle. Les hommages montrent qu'en acquérant sa dimension historique, l'homme du 18 juin a perdu peu à peu son influence sur la vie politique française.
Par Philippe Quillerier-Lesieur -

La première statue du général de Gaulle à Paris devait être inaugurée ce 9 novembre 2000 place Clémenceau, dans le VIIIe arrondissement, à l'angle symbolique des Champs-Élysées, de l'avenue Winston Churchill et de l'avenue du général Eisenhower. Jacques Chirac, président de la République et gaulliste déclaré, devait y prononcer un discours en hommage au chef de la France libre.

En cette fin de XXe siècle, l'inauguration de ce monument figeant de Gaulle dans l'éternité marque un tournant dans la vie politique française. L'œuvre du général étant désormais gravée dans l'Histoire, ses héritiers se détournent de la référence incontournable qu'il représentait jusqu'ici. Pour preuve, l'abandon cette année du pèlerinage rituel de Colombey-les-Deux-Eglises, ce village de l'est de la France où l'ancien chef d'État trouva la mort : les parlementaires du RPR ne s'y sont pas rendus, et ne s'y rendront plus.

Certains verront dans cette rupture le signe que le RPR était ouvertement devenu, au fil des années, de plus en plus chiraquien et de moins en moins gaulliste. Au point que le porte-parole du mouvement, Patrick Devedjan, s'interroge ouvertement aujourd'hui sur l'utilité, pour son parti, de continuer à se référer au gaullisme. Cependant, même les fidèles d'entre les fidèles, les Compagnons de la Libération, ont effectué cette année leur dernière visite à Colombey, « parce qu'il aurait bien fallu arrêter un jour ou l'autre », explique leur secrétaire général.

Aujourd'hui, de Gaulle représente un véritable phénomène d'édition

Ainsi, au moment où la droite française veut être moderne et évoque l'idée de créer un grand parti unifiant toutes les formations qui la composent, le gaullisme n'est plus guère représenté dans la vie politique française. Hormis le RPF de Charles Pasqua, qui s'est érigé en gardien du temple mais n'a qu'une influence électorale modeste, aucune formation ne revendique la filiation directe.

À gauche, toutefois, Jean-Pierre Chevènement déclare fréquemment se sentir proche des idées du fondateur de la Ve République. Aujourd'hui, l'ancien ministre de l'Intérieur déplore qu'« en dehors de l'inspiration », il ne reste que « des ruines de l'œuvre accomplie par le général de Gaulle », ajoutant qu'en matière d'institutions, de politique étrangère, ou de patriotisme, « on ne peut être que confondu par la manière dont les héritiers du général de Gaulle ont piétiné son héritage ».

Si les politiques se détournent du gaullisme, les Français, en revanche, semblent considérer que la page n'est pas totalement tournée. Un sondage Sofres - Le Figaro Magazine indique que pour 58% d'entre eux, l'action du général de Gaulle « a encore pour le pays des conséquences importantes ». Parallèlement, on ne compte plus les centaines de livres qui, depuis des années, sont consacrés à de Gaulle. Constituant un véritable phénomène d'édition, mais rangés sur les rayons «histoire» et non plus « politique », ils remportent un énorme succès.

Publié le 24/09/2015 - Modifié le 12/01/2018

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