États-Unis: le débat sur le racisme touche désormais les Pères fondateurs
Des manifestants tentent de mettre à bas la statue du 7e président américain Andrew Jackson, près de la Maison Blanche à Washington, le 22 juin 2020.
Drew Angerer / Getty North America / Getty Images via AFP
Article

États-Unis : le débat sur le racisme touche désormais les Pères fondateurs

Des manifestants à Washington ont tenté le lundi 22 juin 2020 de mettre à terre une statue d'Andrew Jackson, située devant la Maison Blanche. Cet ancien président américain soutenait ouvertement l'esclavage. Mais désormais, le débat soulevé par le mouvement antiraciste va jusqu'à remettre en cause des icônes de l'histoire politique du pays, longtemps jugées intouchables.
Par Joris Zylberman -

En fin de journée ce lundi, des manifestants ont franchi le périmètre de sécurité renforcé autour de la Maison Blanche depuis le début de la vague de manifestations contre le racisme qui secoue le pays. Ils ont accroché de longues cordes à la statue du septième et controversé président américain pour tenter de la faire tomber, sans y parvenir, selon des images circulant sur les réseaux sociaux. Sur un côté de la statue d'Andrew Jackson, située sur Lafayette Square, le mot « assassin » (« killer ») a été écrit en lettres noires.

Andrew Jackson, qui occupa la Maison Blanche de 1829 à 1837, est un personnage controversé notamment pour son passé esclavagiste et parce qu'il est également resté dans l'histoire pour avoir massivement fait déporter les tribus indiennes. L'un de ses admirateurs n'est autre que Donald Trump, qui a accroché son portrait dès son arrivée dans le bureau ovale, saluant Jackson comme le premier président « populiste ». Le locataire de la Maison Blanche a vivement critiqué ces manifestants, signalant sur Twitter l'arrestation de plusieurs personnes « pour le vandalisme honteux, à Lafayette Park, de la magnifique statue d'Andrew Jackson ».

Au-delà des renversements de statues de thuriféraires de l'esclavage ou de généraux sudistes, le mouvement antiraciste, né de l'indignation après la mort de George Floyd asphyxié par un policier blanc, déplace désormais le curseur vers une zone de l'histoire jusque-là protégée : les vénérés Pères fondateurs des États-Unis.

Thomas Jefferson et ses 600 esclaves noirs

Parmi eux, Thomas Jefferson, le troisième président américain, est devenu la cible de manifestants, qui ont attaqué nombre de ses statues. Même s'il fait partie des auteurs de la Déclaration d'Indépendance en 1776, il lui est reproché ajourd'hui d'avoir possédé plus de 600 esclaves et d'avoir considéré les noirs comme inférieurs aux blancs, selon le site Internet du musée construit sur son ancienne plantation de coton à Monticello en Virginie.

« De nombreuses statues de lui devraient être renversées », a lancé le présentateur de télévision Shannon LaNier, dans une tribune parue la semaine dernière dans Newsweek. LaNier est un descendant de Sally Hemings, l'une des esclaves de Thomas Jefferson avec qui il a eu plusieurs enfants. Pour beaucoup d'Afro-Américains, écrit le présentateur, voir les statues « du maître de leurs ancêtres esclaves, un assassin ou un suprémaciste blanc » cause « des blessures irréparables ».

George Washington pointé du doigt

Même le père de la nation et premier président George Washington n'est pas épargné. Il possédait une centaine d'esclaves dans sa plantation du Mont Vernon, au sud de la capitale fédérale qui porte son nom.

« Ériger une statue dans un espace public est une forme de vénération et beaucoup demandent maintenant pourquoi nous vénérons des gens qui ont possédé des esclaves », souligne Carolyn Gallaher, professeur à l'American University de Washington, interviewée par l'AFP.

À ses yeux, les différences sont certes claires entre les Pères fondateurs et le général Lee, chef des confédérés sudistes, défenseurs de l'esclavage durant la guerre de Sécession (1861-1865). Mais « ils ont tous possédé des esclaves et c'est ce qui dérange tellement les gens », d'autant plus que d'autres Pères fondateurs ont remis en question l'esclavage, insiste-t-elle.

La statue de Theodore Roosevelt enlevée par le Muséum d'histoire naturelle

Selon Daniel Domingues, professeur associé d'histoire à la Rice University de Houston, tous les monuments de Jefferson « devraient être remis en contexte avec une plaque ou des inscriptions supplémentaires ».

La ville de New York est allée plus loin. La statue du 26e président américain Theodore Roosevelt, située à l'entrée du Museum d'histoire naturelle, a été enlevée. Cette décision, dénoncée par Donald Trump, a été prise en considérant que la statue glorifiait le colonialisme et le racisme : elle représentait Roosevelt à cheval avec un homme noir et un Amérindien marchant à ses côtés. Une façon de « représenter explicitement les noirs et les autochtones comme soumis et racialement inférieurs », a justifié le Muséum dans un communiqué.

« Où placez-vous la limite, de Gandhi directement jusqu'à George Washington ? », s'est insurgée Kayleigh McEnany, la porte-parole de la Maison Blanche, interrogée ce lundi par des journalistes.

Donald Trump, qui a défendu les monuments des chefs confédérés, crie à la destruction de l'histoire et de la culture américaines. Mais pour Daniel Domingues, « effacer les statues ne revient pas à effacer le passé », d'autant que l'histoire américaine est « préservée dans les livres d'histoire et les musées ».

(Avec AFP)

À écouter : Faire tomber les statues pour en finir avec le racisme ?

Publié le 23/06/2020 - Modifié le 03/07/2020

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias