Une affiche de l'exposition « Les Affiches de mai 68 ou l'Imagination graphique »
Une affiche de l'exposition « Les Affiches de mai 68 ou l'Imagination graphique »
Charles Perussaux/BnF
Article

Des slogans pour l'avenir...

Je refuse d’entrer dans l’ordre…Consumons la société de consommation…Réinventons le rouge…On voulait créer un Parti Socialiste de Gauche, le PSG a protesté…Poètes, à vos luths de classe… Plutôt que de se livrer à une commémoration - au parfum fatalement funèbre -, Denis Langlois préfère croire en des lendemains qui chante(ro)nt… « Slogans pour les prochaines révolutions » est l’intitulé du livre qu’il publie aux éditions du Seuil et qui, comme son titre le promet, propose une kyrielle de slogans pour les printemps (et autres saisons) libertaires à venir. C’est donc en regardant devant soi, et non pas dans le rétroviseur, que nous célèbrerons durant tout ce mois de mai 2008, le quarantième anniversaire de Mai 68, en dégainant quelques-uns des bons mots imaginés par l’ancien avocat au Barreau de Paris.
Par Elisabeth Bouvet -

« Je n’ai pas de nostalgie larmoyante », prévient-il même s’il reconnait « avoir une nostalgie du futur, quand à l’époque on pensait que la société pouvait changer fondamentalement ». Et comme il se déclare persuadé qu’« un jour, une révolution réussira »,  plutôt que de se voir en ancien combattant (impossible posture, du reste, pour ce pacifiste convaincu), il s’est donc imaginé en artificier. Objectif, égayer nos ternes horizons dans l’esprit de 68 : « J’ai eu envie de faire rire et espérer », lance-t-il pour décrire l’esprit dans lequel il a conçu ce recueil de slogans. Ses ingrédients ? « De l’ironie, de l’impertinence, de l’humour, de la poésie pourquoi pas, de l’érotisme aussi car tout cela était présent en Mai 68 ».

 

Pour faire sourire… Peut-être, il n’empêche Denis Langlois avoue avoir écrit ces slogans « certes pour amener une réflexion et pourquoi pas une action ». « N’ajoutez jamais un S à mai », peut-on lire, une de ces « injonctions » qui semblent parfaitement illustrer la démarche de l’auteur, tout comme ce slogan en forme de constat, « Abolissez l’ennui », son « préféré », reconnait-il. En feuilletant Slogans pour les prochaines révolutions, le lecteur peut aussi y lire un instantané de notre société telle qu’elle est devenue, quarante ans après le printemps révolutionnaire. Entre internet, les grandes surfaces, le football, le viagra, la télévision (et ses « chaînes »), les sans-papiers, les cartes bleues, Denis Langlois s’est évidemment adapté. Ainsi de « Métro, Boulot, Windows, Dodo », entre autres. Mais fidèle à ses convictions, il refuse d’abdiquer. S’il ne devait retenir qu’un seul slogan de Mai 68, ce serait d’ailleurs « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». A 28 ans comme à 68 (« Faisons confiance au hasard », écrit-il !), Denis Langlois est le même utopiste assumé : « Je persiste et je signe : je veux construire une société plus juste, plus libre, plus égalitaire, plus solidaire ». Une seule conclusion possible, dès lors. Elle figure en bonne place entre « Vite un crayon que je croque la révolution » et « L’usage immodéré de la révolte est excellent pour la santé » soit sous la forme d'un slogan mi interrogatif-mi pressant : « Une seule question : quand fait-on la révolution ? »

 

Publié le 09/12/2015 - Modifié le 09/02/2018

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