Les habitants de Kisangani traversent le pont de Tshopo en juillet 2000, sous le regard attentif des responsables de l'ONU.
Les habitants de Kisangani traversent le pont de Tshopo en juillet 2000, sous le regard attentif des responsables de l'ONU.
Malcolm Linton / Getty
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Ballet diplomatique et catastrophe humanitaire

La guerre se poursuit sur fond de catastrophe humanitaire, malgré les efforts de la communauté internationale et les récents chassés-croisés diplomatiques africains qui n'ont toujours pas réussi à mettre fin aux combats. Chacun poursuivant ses propres intérêts.
Par Christophe Champin -

Plus de 1,5 millions de personnes sont déplacées dans le nord et l'est du pays, selon des responsables des Nations Unies (Onu), dont 630 000 nouveaux venus, la moitié d'entre eux dans l'est de la province du Kivu, en raison de luttes entre rebelles mais aussi des attaques des milices ralliées à Kinshasa dont les extrémistes hutus rwandais. L'Afrique du Sud, avec l'aide du Mozambique et d'autres pays d'Afrique australe, a multiplié des réunions qui n'ont rien donné. La dernière en date, prévue le 14 novembre à Maputo, a été reportée sous le prétexte de rassembler le plus de chefs d'État possibles, alors que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi est revenu dans la partie en organisant, début novembre, un sommet à Tripoli sur la question. « Le problème est que chacun y cherche ses intérêts propres qui ne coïncident pas avec ceux des autres », souligne un observateur diplomatique désabusé.

Les trois alliés du président congolais Laurent-Désiré Kabila qui ont envoyé des troupes sur le terrain, l'Angola, la Namibie et le Zimbabwe, n'ont pas les mêmes priorités. Luanda, qui cherche avant tout à protéger ses frontières de toute incursion hostile, en particulier de l'opposition armée angolaise de l'Unita de Jonas Savimbi, a eu de nombreux contacts avec tous les protagonistes, y compris l'Ouganda qui, avec le Rwanda, soutient activement les rebelles congolais, et avec l'Afrique du Sud qu'elle considère comme hostile à sa cause. Ainsi, le ministre angolais des Affaires étrangères, Joao Miranda, a même rencontré secrètement à Paris, fin septembre dernier, Jean-Pierre Bemba, chef du Mouvement de libération congolais (MLC), une des factions de la rébellion, soutenu par Kampala. Cette rencontre s'est faite à l'initiative notamment du président du Congo Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, qui redoute l'extension des combats sur son territoire.

Des mises en gardes angolaises

L'Angola, qui ne manque pas une occasion pour faire la démonstration de sa puissance régionale basée sur ses forces armées et son pétrole, se déclare ouvert aux négociations, mais a mis en garde aussi bien Bemba que les Ougandais contre une offensive vers Kinshasa pour renverser Kabila, toujours considéré à Luanda comme un allié encombrant et agaçant mais nécessaire. Jusqu'à présent toutefois, les Angolais ont refusé tout véritable dialogue avec le Rwanda qu'ils soupçonnent toujours d'entretenir des relations avec l'Unita. En fait, Luanda joue sur deux tableaux, estime un observateur diplomatique dans la région : sa place en Afrique australe au sein de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), mais aussi ses liens étroits avec les pays d'Afrique centrale.

La Namibie, pour sa part, voudrait bien sortir du guêpier congolais ; mais elle soutient toujours le maître de Kinshasa ainsi que l'Angola qui l'a aidé pendant sa lutte pour l'indépendance. Le Zimbabwe, dont le président Robert Mugabe a été affaibli par les désordres et les contestations internes ainsi que la crise économique qui frappe son pays, subit les pressions de l'opposition pour un retrait complet de RDC. L'aventure militaire congolaise a coûté très cher en hommes et en argent à Harare, malgré les bénéfices recueillis dans l'exploitation des richesses minières de la RDC qui ne profitent qu'à un petit nombre de responsables.

Quand Mugabe sollicite Mbeki

Le Fonds monétaire international (FMI) fait également pression pour la fin de l'intervention zimbabwéenne en RDC afin de permettre la remise en ordre de l'économie. Mugabe, qui s'était farouchement opposé au président sud-africain Thabo Mbeki, s'est « calmé » ces derniers temps, d'autant que ce dernier l'a ménagé dans toutes les enceintes régionales quand il a été question de sa politique contestée d'occupation par la force des fermes blanches par d'anciens combattants noirs.

Selon certaines sources informées, c'est le président zimbabwéen qui a demandé à son homologue sud-africain, artisan des accords de paix de Lusaka de juillet-août 1999, de relancer les discussions sur les modalités de sortie de la crise en RDC. Les protagonistes s'étaient déjà retrouvés en octobre à Maputo, sous la présidence de Mbeki, et s'étaient mis formellement d'accord sur un recul partiel de leurs troupes de leurs positions en RDC, qui ne s'est jamais matérialisé. Le président sud-africain veut « réussir son coup », afin de se poser en architecte de la paix dans cette région et renforcer sa position diplomatique internationale.

Kampala, de son côté, s'efforce de rassurer ses bailleurs de fonds internationaux en se déclarant prêt à examiner toute proposition, sans pour autant abandonner ses poulains congolais. Le président Yoweri Museveni s'est toujours montré habile pour justifier la présence de ses troupes en RDC : il avait invoqué dans le temps la présence en territoire congolais de son opposition armée. L'Ouganda constitue par ailleurs aux yeux des Etats-Unis un verrou contre la poussée de l'intégrisme islamique provenant du Soudan, ce dont s'est servi Museveni.

La « force africaine neutre » de Kadhafi

Pour le Rwanda, les enjeux sont plus importants et plus directs : la destruction des extrémistes hutus Interahamwe, responsables du génocide de 1994, et la protection de leurs frontières. Ils ont toujours réfuté les accusations de complicité avec l'Unita et les accusations de profiter des richesses minières de l'est de la RDC. Le colonel Kadhafi, dont l'image de « sage panafricain » a été quelque peu ternie par les exactions contre les Noirs africains en Libye, est revenu sur la scène pour sans doute, selon certains observateurs, redorer son image. Il a réussi à organiser, les 7 et 8 novembre derniers à Tripoli, un sommet africain qui a décidé le déploiement immédiat d'une « force africaine neutre » en RDC afin de « garantir la sécurité des frontières du Rwanda et de l'Ouganda », ces deux pays devant retirer leurs troupes du pays avant un départ de « toutes les autres forces étrangères » du territoire congolais.

Kabila a toujours réclamé le retrait des militaires rwandais et ougandais, soulignant que ses alliés étaient intervenus à la demande d'un gouvernement légal. Les observateurs voient cependant mal comment les Africains pourront envoyer des troupes en RDC alors que l'Onu n'a toujours pas pu, faute de cessez-le-feu, déployer ses 5 500 hommes prévus par le Conseil de sécurité.

Publié le 13/02/2019 - Modifié le 18/04/2019

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