Le logo du réseau social GAB avec son site web en arrière-plan (illustration).
Le logo du réseau social GAB avec son site web en arrière-plan (illustration).
Olivier Douliery / AFP
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Avec «GAB», la fachosphère a son propre réseau social pour éviter la censure

Les réseaux sociaux refusent de plus en plus d’accepter les messages qui reflètent des opinions extrémistes, qui incitent à la haine, ou qui sont de nature pornographique, ou dégradante pour certaines catégories d’individus. Certains voient dans ce refus une forme de censure et une atteinte à la liberté d’expression. C’est le cas des tenants de la mouvance d’extrême droite Alt-right, qui a maintenant un nouveau réseau sur lequel s’exprimer.
Par Jean-Louis Pourtet -

Le réseau intitulé GAB, qui en anglais veut dire « bavardage », a vu le jour cet été à Austin au Texas. Sa devise : « Bienvenus pour s’exprimer librement ». Mais tout le monde est-il bienvenu ? Les fondateurs l’affirment, mais lorsqu’on regarde la liste des utilisateurs, on y retrouve tout le gotha de l’extrême droite, ceux que Twitter a chassés.

C’est le cas de Richard Spencer, le chef d’une organisation, qui lors de son récent congrès à Washington, a fait le salut nazi en criant « Hail Trump ! ». C’est le cas encore de l’un des éditorialistes de Breitbart News, le Britannique Milo Yiannopoulos, ou encore de Tila Tequila, une vedette de télé-réalité interdite de Twitter après avoir placé des insultes raciales et des commentaires pronazis.

Quid des messages ?

Les messages sont tout d’abord plus longs que ceux de twitter : GAB autorise 300 caractères contre 140 pour Twitter. Certains sont innocents, comme celui de cette nouvelle abonnée : « Salut les amis, je suis une mère de famille de l’Ohio et ceci est mon premier message. Merci pour le site. »

Mais d’autres sont beaucoup moins cordiaux. Un journaliste du New York Times qui a pu visiter le site le mois dernier a été frappé par leur antisémitisme. Même si GAB prétend que ses membres peuvent tout dire, il exerce lui aussi une certaine censure quand il juge que le message va un peu trop loin. Il prohibe « la violence de toute sorte », l’apologie du terrorisme et les menaces.

Ainsi, le site avait refusé de publier certains détails de la biographie d’un abonné qui avait fait l’apologie du viol, de la torture et du meurtre des juifs. Et lorsqu’un autre utilisateur lui a conseillé d’éviter ce genre de langage qui enfreint la loi, il a été accusé par une tierce personne d’être juif.

GAB, un réseau ouvert aux opinions d’extrême droite, mais pas que…

Pour le moment, la vaste majorité des abonnées vient de l’extrême droite expliquent les trois fondateurs du site qui font valoir pour preuve leurs origines. L’un est un Canadien hindou, un autre un musulman kurde et le troisième, Andrew Torba, 25 ans et actuel PDG du site, est un chrétien conservateur. Nos abonnés « se sentent opprimés par les réseaux traditionnels qui refusent leurs messages trop radicaux », poursuit l’un des dirigeants.

GAB vient d’essuyer le refus d’Apple de placer son site sur sa plate-forme de façon à être accessible sur les téléphones portables et les tablettes. La raison : la présence de pornographie sur le site. Mais GAB offre, comme les autres réseaux, des filtres qui permettent de bloquer ce que les visiteurs ne veulent pas voir. Il entend donc faire procès à Apple pour être accepté.

Qui finance GAB ?

Peu de détails filtrent sur son modèle économique. Pour le moment, il est autofinancé par les trois fondateurs et par des dons, et il n’a pas de publicité. Il gagne en tout cas en popularité, même s’il est bien loin des 3,5 milliards d’utilisateurs de Twitter, il a tout de même une longue liste d’attente.

Publié le 19/01/2021 - Modifié le 20/01/2021

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