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Allemagne: vers une limitation de l'accès aux archives de la Stasi?

Une employée traverse les archives de l'ancienne police secrète est-allemande connue sous le nom de Stasi, le 30 juillet 2013 à Berlin en Allemagne.
Une employée traverse les archives de l'ancienne police secrète est-allemande connue sous le nom de Stasi, le 30 juillet 2013 à Berlin en Allemagne.
Thomas Trutschel / Photothek via Getty Images
Tous les anciens pays communistes d'Europe de l'Est disposaient d'une police politique des plus efficaces. La Stasi en Allemagne de l'Est avec ses 90 000 salariés avant la chute du Mur, il y a trente ans, et ses 180 000 mouchards en était un parfait exemple. Mais après la réunification, le pays a été le plus loin en termes de transparence en ouvrant ces archives parfois explosives. Trente ans plus tard, une réforme en profondeur vient d'être votée et une nouvelle loi a été adoptée le 26 septembre 2019 par le Bundestag.

4'11" - Première diffusion le 28/09/2019

De notre correspondant à Berlin,

Le texte prévoit le transfert de l’héritage de la police secrète est-allemande aux archives fédérales soit 111 kilomètres de documents écrits auxquels s’ajoutent 1,7 million de photos et 34 000 enregistrements sonores ou vidéos.

Depuis la réunification, ces archives (en allemand) étaient gérées directement par une institution ad hoc créée à l’époque qui était aussi un produit de la révolution est-allemande. Durant les semaines qui avaient suivi la chute du Mur, divers sites de la Stasi avaient été occupés par des citoyens en colère craignant que la police secrète ne fasse disparaître un peu vite les traces de ses méfaits. Avant la signature du traité de réunification, des protestations et des grèves de la faim avaient imposé que ces archives restent ouvertes, que les victimes de la Stasi puissent consulter leur dossier, que des journalistes et des historiens puissent consulter leurs dossiers. 3,3 millions d’Allemands ont demandé depuis à savoir ce que la Stasi avait récolté sur leur cas apprenant parfois qu’un mari, un proche ou un collègue de travail les avaient trahis. La plupart des autres pays communistes en Europe n’ont pas permis une telle transparence.

La loi a été critiquée par d’anciens dissidents est-allemands

Ils craignent que la supervision des archives fédérales ne permette au gouvernement plus de contrôle politique sur des dossiers gênants. Actuellement, l’office qui gère ces dossiers est indépendant et est supervisé par le Parlement directement.

Ceux qui ont voulu cette réforme soulignent en revanche que la préservation des archives se fera dans de meilleures conditions et permettra leur numérisation. Les personnes individuelles pourront toujours consulter leur dossier.

Un héritage qui suscite encore aujourd'hui beaucoup d'émotion

Avec ses 90 000 collaborateurs et ses nombreux informateurs, la Stasi constituait un État dans l’État et a permis au régime est-allemand de durer. La police secrète était omniprésente en RDA et efficace à l’extérieur. Rappelons l’espion placé dans l’entourage immédiat du chancelier ouest-allemand Willy Brandt. Il faut aussi relativiser : la RDA ne se réduit pas à la Stasi. Si vous meniez une petite vie tranquille, et c’était le cas de la majorité des Est-Allemands, la police secrète restait absente de votre vie.

Ces émotions s’expliquent par le fait que la Stasi est devenue le symbole de l’action courageuse des opposants au régime au moment de la chute du Mur qui se sont littéralement approprié ce passé nauséabond. Mais d’autres pensent qu’il faudrait tourner la page. Depuis, ces dossiers ont souvent défrayé la chronique avec des révélations sur des personnalités contraintes à la démission. Le délai permettant de vérifier pour des personnes occupant des postes importants dans la sphère publique s’ils ont collaboré avec la Stasi vient d’être prolongé jusqu’à 2030. Le délai précédent était fixé à la fin de cette année.

Publié le 05/11/2019 - Modifié le 25/11/2019 - Par Pascal Thibaut

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