Jean Moulin en octobre 1940.
Jean Moulin en octobre 1940.
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27 mai 1943 : création du Conseil national de la Résistance

Sous l’égide de Jean Moulin, des mouvements de résistants se sont réunis le 27 mai 1943 à Paris alors sous occupation allemande, pour tenir la première réunion clandestine du Conseil. Cette instance réunifiera toutes les mouvances intérieures de la Résistance jusque-là isolées et coordonnera les actions à mener pour libérer la France.
Par Aram Mbengue -

En mars dernier, le Senat a instauré, quasiment à l’unanimité, le 27 mai, journée nationale de la Résistance. Pourquoi ce choix ? Parce que c'est une date charnière dans l'histoire de la Résistance française vue le contexte de l’époque.

Nous sommes en pleine Deuxième Guerre mondiale. Paris est assiégée par les Allemands. La Résistance se met en place. Cependant, elle est sans coordination, isolée et marquée par de fortes divergences quant aux moyens et méthodes de lutte contre les occupants allemands. Bien qu’existant un peu partout, au nord comme au sud de la France, les mouvements de résistance intérieure ne sont pas assez efficaces pour réussir à libérer le pays.

Ce 27 mai 1943, à quelques encablures du siège du renseignement allemand à Paris, huit mouvements de résistance sont là avec Jean Moulin pour tenir la première réunion du Conseil national de la Résistance.

Cette date symbolise donc l'unification de la résistance intérieure, une mission que le Général de Gaulle confie depuis Londres à son délégué général, Jean Moulin. Celui-ci réussit le tour de force d’organiser et de coordonner la résistance intérieure, la rendant ainsi plus efficace.

Daniel Cordier, témoin de l’époque

Pendant prés d’un an, Daniel Cordier est secrétaire de celui qui a mis en place le Conseil national de la Résistance. Il se souvient en ces termes de Jean Moulin : « La présence de Jean Moulin a traversé toute ma vie, m’a accompagné toute la vie. Pendant un an, je me rends compte que cet homme qui était un homme libre, un homme drôle mais un homme travailleur, était remarquable par ses dons de négociateurs qui lui ont permis de réussir la mission qui lui est confiée par le Général De Gaulle : l’union de la Résistance. Une mission très difficile, mais qu’il a réussi à mener à bien. »

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Ce compagnon de lutte de Jean Moulin était monarchiste et antisémite en 1940. Sa rencontre avec son mentor l’a profondément changé. Il est devenu un homme de gauche et un républicain convaincu. « Alias Caracalla » raconte l’histoire de sa métamorphose qui vient d'être adaptée à la télévision française. Agé de 92 ans, Daniel Cordier continue à raviver la mémoire de Jean Moulin dans des témoignages, notamment dans les établissements scolaires, pour que les jeunes générations se souviennent de cette grande figure de la Résistance qu’est Jean Moulin.

Qui était Jean Moulin ?

Jean Moulin est né le 20 juin 1899 à Béziers. Au moment où la guerre éclate, il est haut fonctionnaire, préfet en poste en Eure-et-Loir à Chartres. Profondément marqué à gauche, ce résistant de la première heure rejoint, en septembre 1941, la France libre à Londres, un mouvement de résistance extérieur initié par le Général de Gaulle. En 1943, Jean Moulin revient en France pour y mener une mission que lui confie de Gaulle : l’unification des mouvements de résistance.

Il accomplit cette mission avec succès le 27 mai 1943 en mettant en place le Conseil national de la Résistance. Le 21 juin 1943, moins d’un mois après cet événement historique, Jean Moulin est arrêté à Caluire prés de Lyon par Klaus Barbie chef de la section lyonnaise de la Gestapo. Torturé par les Allemands, il ne céda à aucun moment. Le 8 juin 1943, il meurt dans le train qui le transfert en Allemagne. Il avait juste 44 ans. Les cendres de Jean Moulin reposent depuis décembre 1964 au Panthéon où sont enterrées les grandes figures de la République.

Ce qui s’est passé ce 27 mai 1943

Le 27 mai 1943 s’est réuni pour la première fois le Conseil de la Résistance (CNR) qu’on appellera ensuite le Conseil national de la Résistance. C’est une instance qui a réuni pour la première fois les représentants de toute la Résistance française : mouvements de résistance, partis politiques, syndicats. Cette réunion clandestine a eu lieu non loin du siège du renseignement allemand à Paris, alors sous occupation, sous la présidence de Jean Moulin. Celle-ci est essentielle car elle signe le tour de force de Jean Moulin, qui en fin négociateur, réussit à unifier, coordonner et à organiser les mouvements de la résistance intérieure qui allaient de l’extrême droite jusqu’au parti communiste.

Cela n’allait pas de soi, car les forces politiques, syndicales, idéologiques et spirituelles françaises étaient très divisées en 1940. Un bras de fer entre le général de Gaulle et le général Girod pour être chef de file de la Résistance est alors en cours. Selon l’historien Laurent Dousou, de Gaulle est désigné finalement comme représentant de la Résistance en partie grâce à l’appui du Conseil national de la Résistance intérieure qui vote une motion appuyant totalement le général.

Les idéaux du CNR

Le message que l’on peut retenir de Jean Moulin et du Conseil national de la Résistance est un message d’espoir toujours actuel : quand tout est perdu, on peut, grâce à une action courageuse, reconstruire quelque chose et essayer d’unir des gens très différents. Générosité, ouverture et partage sont les idéaux de Jean Moulin et de ses compagnons. Quelques mois après sa mise sur pied, le Conseil national de la Résistance propose dans son programme le projet d’une sécurité sociale.

Publié le 26/05/2020 - Modifié le 17/06/2020

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