Affrontements entre forces de sécurité israéliennes et Palestiniens à Jérusalem-Est, le 9 mai 2021.
Affrontements entre forces de sécurité israéliennes et Palestiniens à Jérusalem-Est, le 9 mai 2021.
Ariel Schalit / AP
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Violences à Jérusalem-Est : la démographie « est un facteur déterminant »

Dans la nuit du 11 au 12 mai 2021, le Hamas a multiplié les tirs de roquettes vers des villes israéliennes, tuant cinq personnes, tandis que l'armée israélienne a riposté par des frappes à Gaza où le bilan fait état d'au moins 35 morts. Les violences ont démarré à Jérusalem en plein ramadan et alors que des colons israéliens ont tenté de faire expulser des familles palestiniennes d'un quartier de Jérusalem-Est occupé. Pour l'historien spécialiste de Jérusalem Vincent Lemire, la question de la démographie entre populations juive et arabe est primordiale dans ces événements.
Par Murielle Paradon -

RFI : Pouvez-vous nous expliquer en quoi la démographie est un point important dans les affrontements qui ont lieu en ce moment à Jérusalem-Est ?

Vincent Lemire : C’est un facteur déterminant dans ce qui est en train d’arriver. Il faut savoir qu’en 1967, après la Guerre des Six jours, 75% de la population de Jérusalem était juive et israélienne. Et aujourd’hui, cette part est ramenée à 60% seulement. La population palestinienne de Jérusalem, qui représentait 25% de la population totale de Jérusalem en 1967, représente aujourd’hui 40% de cette population. Donc il y a effectivement une inquiétude, notamment dans l’extrême droite nationaliste israélienne, face à cette résistance démographique de la population palestinienne de Jérusalem qui est plus qu’une résistance puisque qu’on voit que cette proportion a tendance plutôt à s’accentuer avec les années.

Et c'est ce qui pousse les nationalistes juifs à essayer d'occuper de plus en plus Jérusalem-Est ?

Effectivement, il y a un schéma cadre qui vise à essayer de réduire la population palestinienne de Jérusalem à 30% maximum de la population totale. On est à 40% aujourd'hui, donc l'objectif, c'est 30%. Pour ça, effectivement, l'expulsion de familles palestiniennes de Jérusalem-Est est l'un des outils, le deuxième outil, c'est le retrait du droit de résidence pour les Palestiniens qui quittent la ville et la région pendant plus de cinq ans. Mais ce deuxième levier ne donne que très peu de résultats parce que les Palestiniens de Jérusalem, comme toute population migrante, si elle sait qu'on bout de cinq ans, elle ne pourra plus jamais rentrer au pays, elle rentre au bout de cinq ans. Ce qui fait que finalement cette mesure, elle a plutôt contribué à fixer démographiquement la population palestinienne à Jérusalem-Est qu'autre chose. Et ce qui est très frappant, c’est que la population palestinienne de Jérusalem a été multipliée par quatre depuis 1967 alors qu’à Jérusalem-Ouest, la population juive israélienne n’a été multipliée que par 2,5.

Est-ce qu'il y a quelque chose de nouveau dans ces affrontements, d'abord à Jérusalem et puis qui se déplacent à Gaza, ou est-ce que c'est toujours la même histoire qui revient régulièrement ?

Clairement pour moi, cette séquence est radicalement nouvelle. La séquence Gaza avec les roquettes et la riposte israélienne est très classique. Par contre, ce qui s'est passé dans les jours et les semaines précédentes à Jérusalem, c'est nouveau. C’est les jeunes Palestiniens qui se mobilisent de façon spontanée pour la défense d’un espace public, commun, accessible, sur lequel ils puissent se réunir librement. Et on a eu la « crise des portiques » en juillet 2017 [décision israélienne d’installer des détecteurs de métaux à l’entrée de ce lieu saint de l’islam, NDLR] autour de l’esplanade des Mosquées. Puis, il y a une quinzaine de jours, ce qui s’est passé autour de la porte de Damas : la police israélienne avait installé des barrières métalliques qui empêchaient les jeunes Palestiniens et leur famille de se réunir après la rupture du jeûne pendant le ramadan. En fait, cette jeunesse palestinienne a choisi ce terrain d’affrontements et a réussi à faire reculer à nouveau la police israélienne qui a retiré ces barrières de sécurité. Et ensuite, on a eu ces derniers jours des jeunes Palestiniens qui se sont littéralement barricadés à l’intérieur de l’esplanade des Mosquées, à l’intérieur des mosquées elles-mêmes, et ont réussi à faire reculer les services de sécurité israéliens. Ils ne veulent pas forcément la victoire finale, ils veulent gagner une bataille après l’autre. Et ça, ça me semble très frappant et je crois que c’est une tactique qui est plutôt réussie jusqu’ici.

►À écouter : [Grand Reportage]. Le tramway de Jérusalem et les frontières invisibles de la ville

Publié le 18/05/2021 - Modifié le 07/06/2021

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