Le président iranien Hassan Rohani lors de la réunion de son cabinet, à Téhéran, le 8 mai 2019.
Le président iranien Hassan Rohani lors de la réunion de son cabinet, à Téhéran, le 8 mai 2019.
HO / Iranian Presidency / AFP
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Nucléaire iranien: Téhéran suspend certains engagements, les réactions affluent

Un an jour pour jour après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien (le 8 mai 2018), la République islamique annonce à son tour suspendre certains de ses engagements. Cet accord conclu par Téhéran et les grandes puissances en 2015 avait permis la levée des sanctions économiques internationales imposées à l’Iran, et en contrepartie ce pays avait accepté de limiter drastiquement son programme nucléaire. Sans surprise, la décision iranienne a entraîné une vague de réactions internationales.
Par RFI -

Il y a ceux qui avertissent l’Iran, comme la France qui brandit la menace de sanctions européennes, l'Allemagne qui a appelé le pays au respect de la totalité de l'accord sur le nucléaire, ou le Royaume-Uni qui estime « inopportune » la décision de l'Iran et ceux qui au contraire tentent de calmer le jeu. La Chine, notamment prône l’apaisement. « Il faut rester dans le cadre de l’accord sur le nucléaire iranien », explique Pékin. Ce message s’adresse aussi bien aux Iraniens qu’aux autres pays membres de cet accord.

Il ne faut pas oublier que l’Iran a été un bon élève jusqu’à présent. Son programme nucléaire a été scruté à la loupe par les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Énergie atomique et les rapports de l’AIEA sont sans appel : la République islamique respecte ses engagements à la lettre.

C’est le retrait américain de l’accord en mai 2018 et le rétablissement de sanctions économiques par le président Donald Trump qui chamboulent la situation.

Face à ces sanctions américaines, les autres signataires ont été incapables de garantir à l’Iran les retombées économiques qu'il escomptait.

La République islamique perd patience. Plus question de limiter l’enrichissement d’uranium. Cela ouvre la porte à un programme nucléaire militaire. Réaction immédiate du Premier ministre Benyamin Netanyahu : Israël ne permettra pas à l’Iran de se doter de l’arme atomique.

Moscou exhorte les Européens à tout faire pour sauver l’accord de Vienne

Le chef de la diplomatie russe s’est rangé du côté de Téhéran, en affirmant « comprendre » ses raisons, à l’issue de pourparlers à Moscou avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif. La Russie a accusé mercredi 8 mai les États-Unis d’être les seuls responsables de la crise actuelle. Le Kremlin avait dénoncé un peu plus tôt la « pression déraisonnable » subie par l'Iran et avancé les « mesures irréfléchies » prises par Washington.

La Russie s’en prend également aux Européens, jugés trop timorés face à Washington, nous rapporte notre correspondant à Moscou, Daniel Vallot.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a d’ailleurs demandé aux pays européens de tout faire pour sauver l’accord de Vienne. « Nous allons avant tout chercher à convaincre nos partenaires européens de respecter leurs promesses », a déclaré Sergueï Lavrov, citant le mécanisme européen qui permettrait à Téhéran d’exporter son pétrole sans « dépendre du système américain ». « Pour l'Iran, il est important que ce mécanisme lui permette d'exporter son pétrole. Nous soutenons cela, mais ce mécanisme qui a été créé par les Européens n'a toujours pas été mis en route », a-t-il ajouté.

De son côté, Mohammad Javad Zarif a accusé les Européens de « n’avoir rempli aucune de leurs obligations » : « Ils ont publié de beaux communiqués, mais dans la pratique, il ne s’est rien passé », a-t-il notamment déclaré.

Tout sourire aux côtés de Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie iranienne n’a pas manqué de remercier la Russie pour le soutien qu’elle continue de lui apporter

Pris à la gorge économiquement, Téhéran a donné « 60 jours » à ses partenaires pour « rendre opérationnels leurs engagements en particulier dans les secteurs pétrolier et bancaire » sous peine de ne plus respecter d'autres clauses de l'accord.

Les États-Unis jugent «intentionnellement ambiguës» les annonces de l'Iran

En visite à Londres, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a jugé « intentionnellement ambiguës » les annonces de Téhéran. « Il faut que nous attendions de voir quelles seront vraiment les actions de l'Iran » avant de décider d'une réponse américaine, a-t-il souligné.

De son côté, ministre des Affaires étrangères britannique Jeremy Hunt a qualifié d'« inopportune » la démarche iranienne et prévenu qu'il y aurait des « conséquences » si l'Iran cessait de respecter ses engagements.

Donald Trump annonce de nouvelles sanctions contre « les secteurs iraniens du fer, l'acier, l'aluminium et du cuivre »

Le président américain a de son côté imposé mercredi 8 mai de nouvelles sanctions pour renforcer la pression sur le régime de Téhéran. Selon un communiqué, il annonce ces mesures contre « les secteurs iraniens du fer, de l'acier, de l'aluminium et du cuivre » et a également menacé de prendre de nouvelles mesures si l'Iran ne « change pas radicalement d'attitude ».

Le président des États-Unis a toutefois réaffirmé son espoir de « rencontrer un jour les dirigeants de l'Iran pour négocier un accord ».

Paris se dit « préoccupé » et appelle à éviter toute « escalade »

« La France note avec préoccupation ces déclarations », a réagi mercredi en fin de journée un porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué. « Elle appelle fermement l'Iran à continuer de respecter l'ensemble de ses obligations nucléaires ». « Il importe d'éviter toute action qui empêcherait la mise en oeuvre de leurs obligations par les parties aujourd'hui engagées dans l'accord ou qui alimenterait une escalade », a-t-il ajouté sans plus de précisions.

La ministre française des Armées Florence Parly n'a pas exclu que les Européens prennent des sanctions contre l'Iran si ce pays ne respectait plus ses engagements. « Cela fait partie des choses qui seront examinées », a-t-elle déclaré sur la chaîne de télévision BFM TV et à la radio RMC.

Nous la France, nous souhaitons absolument continuer à faire vivre cet accord... Rien ne serait pire que de mettre à bas l'économie iranienne !»

signe plus

 Florence Parly, la ministre française des Armées (00'47")

Que peuvent faire les Européens ?

Analyse de Benjamin Hautecouverture, spécialiste des questions de sécurité internationale et de prolifération des armes de destruction massive à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Publié le 09/05/2019 - Modifié le 09/05/2019

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