Le Premier ministre indien Manmohan Singh et son homologue Shinzo Abe  à Tokyo
Le Premier ministre indien Manmohan Singh (D) et son homologue Shinzo Abe, lors de discussions bilatérales à Tokyo, le 29 mai 2013.
Kimimasa Mayama / Pool / Reuters
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L'Inde et le Japon se rapprochent

Le Premier ministre indien, Manmohan Singh, a entamé le 13 décembre 2006 une visite officielle de quatre jours au Japon. Cette visite revêt un caractère hautement symbolique, au moment où le Japon cherche à développer ses relations avec l’Inde, superpuissance régionale, pour contrer l’influence de la Chine. Pour sa part, l’Inde cherche à obtenir le soutien du Japon à l'accord de coopération nucléaire controversé signé avec les États-Unis. Au-delà de ces questions stratégiques, les deux pays doivent lancer des négociations pour un accord de libre-échange et pour développer leurs liaisons aériennes.
Par Elisa Drago -

Le Japon a déroulé le tapis rouge pour recevoir le Premier ministre indien Manmohan Singh qui a entamé le 13 décembre 2006 une visite historique de quatre jours à Tokyo, la première d’un chef de gouvernement indien dans ce pays depuis cinq ans. En effet, depuis sa nomination le 26 septembre 2006, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a défini comme prioritaire et stratégique un rapprochement avec l’Inde pour contrebalancer la puissance de son voisin chinois.

Le Premier ministre indien et son homologue japonais doivent lancer les négociations pour la signature d’un accord de libre-échange et pour développer les liaisons aériennes entre les deux pays. Le premier signe de ce rapprochement entre Tokyo et New Delhi avait été donné fin septembre avec la tournée d’une importante délégation d’hommes d’affaires japonais en Inde. Pendant onze jours une quarantaine de patrons japonais avaient visité l’Inde et conclu un accord très symbolique pour le développement entre les deux pays.

Pour se dégager d’une dépendance vis-à-vis du géant chinois, avec lequel les relations se sont détériorées depuis 2004, Tokyo a choisi un rapprochement avec l’Inde, l’autre superpuissance régionale qui, à l’instar de la Chine, est appelée à devenir une des grandes puissances du XXIe siècle. Avec plus d’un milliard d’habitants, l’Inde est le deuxième pays le plus peuplé au monde, après la Chine. Les deux poids lourds représentent près d’un tiers de la population mondiale. L’Inde a conforté sa place de deuxième économie après la Chine avec 9,2% de progression de son PIB sur un an, au deuxième trimestre 2006.

Les investissements japonais en Inde n’ont représenté, en 2005, que 170 millions de dollars, soit 40 fois moins qu’en Chine. En effet, le Japon et la Chine ont été, jusque-là, dans une interdépendance économique. Ainsi, en 2004, la Chine avait dépassé les États-Unis comme premier partenaire commercial du Japon. Le montant des échanges entre les deux pays a atteint en 2005 quelques 189 milliards contre seulement 120 milliards en 2003. Et en 2005, les investissements japonais en Chine ont augmenté de 20%. Néanmoins ces dernières années, les relations diplomatiques entre les deux pays s’étaient détériorées, en raison notamment d’une rivalité géopolitique sur le leadership en Asie, de la course aux ressources énergétiques mais aussi le refus de la Chine de voir le Japon occuper un siège permanent dans un futur Conseil de sécurité de l’ONU.

Le commerce mais aussi la politique

Pour sa part, l’Inde est, elle aussi, candidate à un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Les deux pays avec l’Allemagne et le Brésil se sont réunis au sein du G4. Si la décision du Japon en janvier 2006 de ne pas co-parrainer le nouveau projet de résolution déposé par les trois autres membres du groupe fragilise la démarche engagée, la candidature indienne reste toutefois une priorité pour New Delhi.

Lors de cette visite du Premier ministre indien à Tokyo, Manmohan Singh espère pouvoir obtenir le soutien du Japon à l'accord de coopération nucléaire controversé voté par le Congrès américain la semaine précédente et paraphé le lundi par le président américain George Bush. Cet accord permet l'exportation de technologie et de combustible nucléaire civils vers l'Inde, tandis que New Delhi accepte de placer ses centrales nucléaires civiles sous contrôle international. Néanmoins les activités nucléaires militaires indiennes ne tombent pas sous le coup de cet accord qui a trouvé de fortes oppositions, étant donné que l'Inde, qui s’était déclarée puissance nucléaire en 1998 n'a pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire. Or, cet accord américano-indien doit être approuvé par le Groupe des fournisseurs nucléaires dont fait partie le Japon.

En effet, le Groupe des fournisseurs nucléaires (NSG) est né après l’essai nucléaire indien de 1974. Ce groupe doit accepter de modifier ses règles de fonctionnement s’il veut donner son aval à l'accord. L’Inde, n’ayant pas signé le traité de non prolifération nucléaire, ne peut pas avoir de coopération avec les membres du Groupe des fournisseurs nucléaires.

D’autre part, pendant que le Japon reçoit avec pompe le Premier ministre Manmohan Singh, à New Delhi, la discrétion semble de mise. Selon les observateurs, même si les autorités indiennes sont intéressées par les investissements japonais, elles ne souhaiteraient pas alarmer la Chine. « Le monde est suffisamment spacieux pour s'accommoder de deux grandes puissances en voie de développement » malgré une « compétition inévitable » a déclaré le Premier ministre indien avant son départ au Japon, cherchant visiblement à rassurer Pékin.

Publié le 27/02/2017 - Modifié le 18/04/2017

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